Le gouvernement polonais a envoyé samedi soir un fax de 80 pages
Rome, 8 janvier 2007 (Apic) Benoît XVI, qui porte seul la responsabilité de la nomination de Mgr Stanislaw Wielgus, n’aurait pas été informé du passé de «collaborateur» de l’évêque polonais avec le régime communiste. C’est ce qu’a affirmé le préfet de la Congrégation pour les évêques, le cardinal Giovanni Battista Re, dans le quotidien italien Corriere della sera, le 8 janvier 2007.
Mgr Wielgus, convaincu de collaboration avec l’ancienne police secrète communiste SB et nommé par le pape à la tête de l’archevêché de Varsovie début décembre 2006, a été contraint à démissionner dimanche 7 janvier.
«Lorsque Mgr Wielgus a été nommé, nous ne savions rien de sa collaboration avec les services secrets», a ainsi déclaré le cardinal Giovanni Battista Re, préfet de la Congrégation pour les évêques. En affirmant ne pas avoir eu connaissance de la collaboration du prélat durant le régime communiste, le cardinal Giovanni Battista Re reproche implicitement à l’intéressé de n’avoir pas tout dit de son passé lors de l’enquête habituelle précédant sa nomination.
La faute retombe aussi inévitablement sur le nonce apostolique à Varsovie, chargé de l’enquête, Mgr Jozef Kowalczyk. Fait exceptionnel, le diplomate du Saint-Siège nommé par Jean Paul II (1978-2005) est de nationalité polonaise et en poste depuis août 1989, soit depuis plus de 17 ans. De sources vaticanes recueillies par l’agence I.MEDIA, la nonciature en Pologne n’aurait pas suffisamment tenu compte du dossier sur le passé du prélat. Par ailleurs, Mgr Wielgus aurait aussi réagi seulement une fois soumis à de fortes pressions médiatiques et gouvernementales en Pologne.
Désormais, les dossiers concernant la collaboration de membres du clergé polonais avec les services secrets communistes risquent d’être petit à petit rendus publics, d’autant plus qu’une loi favorisant la plus grande accessibilité aux dossiers entrera en vigueur en mars prochain. De sources polonaises, certains prêtres du clergé local craignent de devoir renoncer à leurs fonctions.
Déjà, dans la matinée du 8 janvier, le curé de la cathédrale de Cracovie a présenté sa démission pour cause de collaboration passée avec le régime communiste. Au cours de la traditionnelle cérémonie des voeux aux membres du corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège, le 8 janvier, Benoît XVI n’a fait aucun commentaire concernant la démission de l’archevêque de Varsovie. Cependant, évoquant «les événements dramatiques du vingtième siècle qui incitent tous les Européens à construire un avenir libre de toute oppression et de tout conditionnement idéologique», le pape a appelé le vieux continent à «purifier les tensions du passé, en promouvant la réconciliation à tous les niveaux, car c’est elle seule qui permet de construire l’avenir et de consentir à l’espérance».
Lors de sa visite en Pologne, le 25 mai dernier, Benoît XVI avait invité les Polonais à se garder «d’arrogance à l’égard des générations précédentes qui ont vécu en d’autres temps et d’autres circonstances», dans une allusion évidente aux accusations lancées contre ceux qui sont soupçonnés d’avoir collaboré avec le pouvoir durant le régime communiste. «Il faut une humble sincérité pour ne pas nier les péchés du passé, et malgré tout ne pas permettre des accusations faciles dans l’absence de preuves réelles ou en ignorant les différents présupposés de l’époque», avait encore affirmé le pape devant les prêtres polonais réunis dans la cathédrale de Varsovie.
Nommé le 6 décembre archevêque de Varsovie, Mgr Wielgus avait été accusé de collaboration avec la police secrète par la presse polonaise le 20 décembre. Le lendemain, le Saint-Siège soulignait qu’il avait «pris en compte toutes les circonstances de sa vie, parmi lesquelles celles concernant son passé» et que le pape avait «pleine confiance» envers Mgr Stanislaw Wielgus.
Le 6 janvier, une commission de l’Eglise elle-même reconnaissait cette collaboration mais l’évêque publiait, dans un premier temps, un long texte pour réfuter ces accusations. Après quoi, au moment même de sa nomination canonique, il reconnaissait sa faute et présentait sa démission au pape. Selon le quotidien italien «La Repubblica», qui ne donne pas ses sources, le pape n’a reçu que dans la soirée du 6 janvier un fax de 80 pages du gouvernement polonais concernant les activités d’indicateur de Stanislaw Wielgus. Benoît XVI a officiellement accepté la démission de Mgr Wielgus le 7 janvier. (apic/imedia/ami/ar/be)
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