Témoignage de réfugiés du camp d’Otash, dans le Sud-Darfour
Otash, 9 janvier 2007 (Apic) «Qui va nous protéger ?» demandent les déplacés du Darfour C’est un champ bien étrange: des cannes de bambou et des tiges recouvertes d’un assemblage de morceaux de plastique, de natte, de sacs et de tissus. Ces abris en demi-cercle et carrés, à peine assez grands pour y faire tenir quelques personnes, sont devenus des refuges pour des milliers de personnes.
Plus de 10’000 personnes sont arrivées au camp d’Otash fin 2006, fuyant les attaques sur leurs maisons, situées dans les localités de Tulus et Buram, dans la province soudanaise du Sud-Darfour.
Certains organismes onusiens considèrent que le conflit du Darfour est la pire crise humanitaire que connaît le monde, 200’000 personnes ayant été tuées et plus de 2,5 millions ayant été forcées à fuir leur maison au cours d’une guerre de trois ans entre le gouvernement, essentiellement arabe, et les rebelles noirs.
«A six heures du matin le 30 août, une centaine d’hommes en uniforme et armés, certains à dos de chameau et de cheval et d’autres conduisant des voitures chargées de grosses armes à feu, ont attaqué notre village,» affirme un homme que nous appellerons ici Sherif. «Les attaquants ont volé tout ce que nous possédions dans nos maisons.»
Son cousin ajoute: «Et s’ils trouvaient des hommes, il les fusillaient aussitôt.» Pendant trois jours, les villages d’El Amoud, El Akhdar et Buram ont été continuellement attaqués. Au cours de ces attaques, 49 villages ont été incendiés, 47 personnes ont été tuées, dont 15 enfants, et près de 2’000 personnes ont été blessées.
Impossible d’absorber plus de réfugiés
«Beaucoup de nos proches ont disparu, en particulier des anciens et des enfants, et nous ne savons pas ce qui leur est arrivé,» témoigne Sherif pour l’Agence oecuménique ENI. Les travailleurs humanitaires affirment que 400 personnes ont disparu.
Ceux qui ont pu s’enfuir ont pris leurs moutons, leurs vaches et leurs ânes avec eux, mais ils ont été attaqués de nouveau sur le chemin de «la sécurité» et ils ont tout perdu. «Ils ont pris même nos vêtements et nos chaussures,» affirme Sherif. «Nous sommes arrivés au camp d’Otash sans rien dans les mains.»
Les services existant dans le camp affirment qu’ils ne peuvent pas absorber une telle quantité de nouveaux arrivants.
Des centaines de personnes arrivées récemment ont passé plusieurs jours sous de grands baobabs avant de pouvoir rassembler suffisamment de matériaux pour fabriquer les minuscules abris qui recouvrent désormais le paysage poussiéreux. Certains de ceux qui sont arrivés en novembre ont reçu des abris plus solides qui ne sont malgré tout pas adéquats.
Immenses besoins humanitaires
Il n’y a pas de latrines pour les nouveaux arrivants, les gens attrapent des diarrhées et le paludisme, et les sources d’eau se tarissent avant 19h. Les articles ménagers de base comme les casseroles et le savon, ne se trouvent pas en quantités suffisantes.
Les agences évaluent maintenant les besoins humanitaires et les moyens d’y répondre. Parmi ces agences, Action by Churches Together International (ACT) et Caritas Internationalis (CI) collaborent pour offrir une réponse commune à l’urgence avec leur partenaire local, Sudanaid.
L’aide humanitaire n’est pas la seule chose dont les gens qui vivent au camp d’Otash ont besoin. «Nous voulons nous sentir en sécurité,» dit Sherif. «Nous avons décidé de venir au camp d’Otash parce que nous cherchons à être protégés».
Dérisoire protection
Otash est situé à quelques kilomètres de la ville de Nyala, où se trouvent des policiers, des militaires et des soldats de l’Union africaine (UA), mais les résidents affirment que la protection n’est pas suffisante.
«Si des femmes vont à l’extérieur du camp pour aller chercher du bois pour le feu, elles peuvent avoir des problèmes,» explique Sherif, «mais c’est mieux ici que dans les villages.»
«Quel est le rôle de l’Union africaine ? Est-elle là pour protéger ou simplement pour regarder ?», s’interroge Sherif. Il ajoute : «Si je ne suis pas pleinement protégé par le gouvernement soudanais, l’UA devrait assumer cette responsabilité de protection».
A l’heure actuelle, le Darfour est surveillé par une force de l’Union africaine sous-financée et sous-équipée, composée de 7’000 soldats qui ne sont pas dûment mandatés pour protéger ceux qui sont attaqués. Nombreux sont ceux qui affirment qu’ils ont peur que les gens qui s’en sont pris à des femmes à l’extérieur du camp attaquent à l’intérieur du camp, qui n’est pas délimité par une barrière physique. De plus, les hommes qui ont attaqué leurs maisons sont toujours armés.
Le nouveau secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, est entré en fonction en janvier en promettant d’accorder une attention immédiate à la crise du Darfour.
Le Soudan a rejeté une résolution des Nations Unies autorisant le déploiement de 22’500 casques bleus et policiers au Darfour, mais il aurait accepté en décembre d’autoriser un petit contingent des Nations Unis à soutenir les troupes de l’Union africaine.
Khartoum aurait par ailleurs annoncé auparavant qu’il lancerait un plan de désarmement des milices pro-gouvernementales dans les deux mois, dans le cadre d’une nouvelle commission nationale destinée à surveiller la mise en oeuvre de l’accord de paix au Darfour et dirigée par le président du Soudan. Toutefois, on ne sait pas clairement comment les autorités prévoient de désarmer les milices.
De nombreux observateurs estiment que, contrairement à son nom, l’accord de paix a en réalité conduit récemment à une intensification des combats et à une recrudescence des attaques sur les citoyens ordinaires, qui restent les grandes victimes de ce conflit qui dure depuis quatre ans. «Je ne sais pas pourquoi on s’en prend à nous,» déplore Sherif. «Nous sommes des citoyens ordinaires qui vivons dans nos villages depuis des années». (apic/eni/pr)
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