« Nous ne savions rien de l’affaire »
Rome, 9 janvier 2007 (Apic) Le dossier sur le passé communiste de Mgr Stanislas Wielgus n’est jamais arrivé à la Congrégation pour les évêques, ont confié mardi des sources vaticanes à I.Media, partenaire romain de l’Apic à Rome. Le Saint-Siège a ainsi cru en la bonne foi de l’évêque polonais et l’a protégé jusqu’à ce qu’il ait des preuves concrètes de sa collaboration avec le régime communiste.
Le dossier sur le passé communiste de Mgr Stanislas Wielgus n’est jamais arrivé à la Congrégation pour les évêques, désormais en charge des nominations de l’épiscopat polonais. Ces sources confirment les propos du cardinal Giovanni Battista Re. « Lorsque Mgr Wielgus a été nommé (le 6 décembre 2006, ndlr), nous ne savions rien de sa collaboration avec les services secrets », a en effet déclaré le préfet de la Congrégation pour les évêques, le 8 janvier. Des propos confirmés à I.Media par le dicastère en charge des nominations d’évêques le 9 janvier: « Nous ne savions rien » de l’affaire.
La nonciature en Pologne n’aurait pas examiné les archives détenues par les services secrets communistes du pays pour son dossier constitué sur Mgr Wielgus et transmis par la suite au Vatican, a-t-on expliqué. Si le nonce à Varsovie, Mgr Jozef Kowaleczyk, a conduit un supplément d’enquête sur Mgr Wielgus, il n’a en effet pas demandé les documents conservés par l’institut polonais de la mémoire nationale, qui a la garde des dossiers de l’ancienne police communiste. Le nonce, lui-même Polonais et en poste depuis 1989, a aussi estimé que l’implication de Mgr Wielgus ne portait pas à préjudice, n’ayant dénoncé personne.
Le Saint-Siège a aussi eu confiance en « la bonne foi » de l’évêque polonais quand il a nié ses relations avec le régime communiste, justifie-t-on au Vatican. Tant qu’aucune preuve de la collaboration effective de Stanislas Wielgus n’était connue, le Saint-Siège l’a défendu dans le but de « protéger le candidat » à l’archevêché de Varsovie.
C’est en effet une fois que Mgr Wielgus a admis sa faute, que Benoît XVI a pu accepter sa démission, le 7 janvier. De sources vaticanes, l’évêque polonais n’aurait reconnu sa collaboration passée avec le régime communiste qu’une fois soumis à de fortes pressions médiatiques et gouvernementales en Pologne.
Désormais, les dossiers concernant la collaboration de membres du clergé polonais avec les services secrets communistes risquent d’être petit à petit rendus publics, d’autant plus qu’une loi favorisant la plus grande accessibilité aux dossiers entrera en vigueur en mars 2007. De sources polonaises, certains prêtres du clergé local craignent de devoir renoncer à leurs fonctions. 12 évêques pourraient déjà être mis en accusation.
Nommé le 6 décembre 2006 archevêque de Varsovie, Mgr Wielgus a été accusé de collaboration avec la police secrète par la presse polonaise le 20 décembre. Le lendemain, le Saint-Siège a souligné avoir « pris en compte toutes les circonstances de sa vie, parmi lesquelles celles concernant son passé » et que le pape avait « pleine confiance » envers Mgr Stanislaw Wielgus.
Mais le 5 janvier, une commission de l’Eglise elle-même a reconnu cette collaboration. L’évêque polonais a cependant publié, dans un premier temps, un long texte pour réfuter ces accusations. Après quoi, il a reconnu sa faute et a présenté sa démission au pape qui l’a accepté le 7 janvier, le jour de son intronisation.
Mgr Stanislaw Wielgus était « un important agent » de la police communiste, a affirmé le père Tadeusz Isakowicz-Zaleski, qui enquête sur les religieux collaborateurs des services secrets de son pays, au Corriere della Sera, le 9 janvier. D’après lui, il ressort des documents qu’il a collaboré non seulement avec les services de sécurité intérieure mais aussi avec les services d’espionnage à l’extérieur de la République polonaise.
« L’utilisation sauvage des archives » de l’ancienne police secrète « continuera longtemps, pendant des années peut-être, de faire de gros dégâts », a par ailleurs estimé Mgr Tadeusz Pieronek, ancien secrétaire de la Conférence épiscopale de Pologne. « Nous verrons sortir de nouveaux noms dans les prochains jours et nous risquons de donner au monde l’image d’une guerre de clans », a-t-il soutenu. (apic/imedia/ar/pr)
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