Mettre des frontières à la proximité

Zurich: La Jubla prend au sérieux le thème de la violence chez les jeunes

Zurich, 12 janvier 2007 (Apic) A quel moment des tensions dégénèrent-elles en violence? Jusqu’où peut s’exprimer la tendresse? Ces questions ne datent pas d’aujourd’hui pour la «Jungwacht & Blauring» (Jubla), mais elles ont pris en importance à la lumière des récents événements – violences et agressions sexuelles – qui ont marqué la jeunesse en Suisse. En 2007, cette organisation scout alémanique fête ses 75 ans.

La nouvelle porte-parole de la Fédération nationale des Jubla à Lucerne, Denise Pfammatter, sait par sa propre expérience à quel point les relations peuvent être étroites dans les groupes locaux. Elle se rappelle d’enfants qui se montraient très affectueux et prenaient la main de l’animatrice à chaque occasion. «Nous savions de certains enfants qu’ils vivaient dans des conditions difficiles, et se trouvaient dans la rue car les parents n’étaient pas souvent à la maison», raconte cette ancienne cheffe de groupe. Ajoutant: «Mais la Jubla ne peut pas remplacer la famille».

Il est inévitable que certaines cheffes et certains chefs de groupes deviennent des personnes de confiance pour des enfants, qui leur racontent tout ce qu’ils ne peuvent pas dire dans leur propre famille. Ils cherchent à la Jubla de l’affection et une communauté. Mais des rapports violents ne sont jamais à exclure dans cette organisation, qui compte en Suisse alémanique plus de 32’000 enfants et jeunes âgée de 8 à 25 ans.

La direction nationale de la Jubla a récemment édité un document intitulé «Abus sexuel et violations de frontières» (Sexuelle Ausbeutung und Grenzverletzungen), dans laquelle elle donne des indications à l’intention des chefs de groupes. Les frontières psychiques et physiques y sont définies.

Les sentiments amicaux sont bienvenus. Et dans une certaine mesure, les contacts physiques également. Mais lors de dénonciations ou soupçons d’abus sexuels, les responsables d’équipes doivent les annoncer et proposer une aide appropriée. Les organisations d’enfants et de jeunes travaillent dans ce domaine avec l’organisation spécialisée «mira» basée à Zurich. Celle-ci est reconnue comme centre de compétence dans la prévention d’abus sexuels durant les temps de loisirs.

Touchés par le viol collectif de Seebach

Récemment les scènes de violence et d’abus sexuels ont fait la une des journaux en Suisse, notamment sur ce qui s’est passé dans le quartier de Seebach à Zurich, où une fille de 13 ans a été victime d’un viol collectif. Le groupe Jubla local a été très touché par cet événement. Mais une discussion explicite sur cette affaire n’a pas eu lieu, car l’équipe n’était pas directement concernée, explique le chargé d’information de la Jubla de Zurich, Gregor Jann. Mais l’organisation est confrontée à d’autres «situations difficiles». L’économiste âgé de 24 ans évoque des familles disloquées ou des situations de parents qui n’ont pas de temps à consacrer à leurs enfants. Dans de tels cas, l’équipe directrice du groupe local est mise à contribution.

Parfois, les chefs de groupes sont dépassés. Par exemple dans le cas d’enfants hyperactifs ou brutaux. Lorsque les frontières de l’acceptable sont outrepassées, il s’agit alors de clairement analyser les actes. Dans les cas plus graves, les parents sont également mis à contribution. Mais la plupart du temps, l’affaire peut être réglée à l’interne.

En cas de problèmes, les équipes ne sont pas livrées à elles mêmes. Selon Denise Pfammatter, la Jubla a mis au point un concept pour les cas de crise. Une intervention de spécialistes comme des psychologues ou des juristes est même prévue dans certaines situations.

Un autre document, en préparation, touche l’alcool, le tabac et les stupéfiants. Il définit certaines limites à observer dans les équipes. «Si l’équipe de direction ouvre une bonne bouteille de vin le soir, il n’y a pas de problème», précise Denise Pfammatter. Mais il existe des animateurs, ainsi que des jeunes, qui ont des problèmes d’alcool. La porte-parole de la Jubla rappelle cependant que chaque équipe est également sous la responsabilité d’un aumônier et d’un coach avec formation «Jeunesse et Sport». Et tous deux sont des personnes de référence dans ce domaine.

Groupes Jubla ouverts à tous

En lien avec les affaires d’abus sexuels et de violence qui se sont passées récemment à Steffisburg (Berne), Rhäzüns (Grisons) et Zurich, des jeunes étrangers étaient de la partie, ont rappelé les médias. Certains quartiers de Zurich connaissent une forte proportion d’étrangers, rappelle Gregor Jann. Et cela se ressent dans la composition des groupes Jubla locaux. «Mais qu’est ce qu’un Suisse et qu’est-ce qu’un étranger? Chez les enfants, ces frontières n’apparaissent pas».

La Jubla est une organisation ouverte à tous. L’intégration y est définie comme une priorité, et chaque enfant est bienvenu. Des questions font leur apparition lorsqu’un enfant ne veut pas consommer de la viande de porc ou ne fréquente pas un office chrétien en raison de son appartenance religieuse. L’intégration constitue pour la Jubla un défi pour les quatre prochaines années et un de ses objectifs principaux, selon Denise Pfammatter. C’est pourquoi un nouveau document de la direction à Lucerne a pour thème «Intégration d’enfants et de jeunes d’origine étrangère».

La Jubla a des origines dans les milieux ecclésiaux, elle est même considérée comme la plus grande organisation catholique pour enfants et jeunes de suisse allemande. Elle est cependant ouverte à tous les enfants, indépendamment de leur nationalité, culture et appartenance religieuse. Tous y sont accueillis et respectés dans tout ce qui constitue leur identité.

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