Lausanne: Les oeuvres d’entraide qui militent pour l’Eglise persécutée à la cathédrale
Déo Negamiyimana
Lausanne, 15 décembre 2007 (Apic) La cathédrale de Lausanne accueille chaque mois une célébration oecuménique de la Parole. Dimanche 14 janvier, l’oeuvre d’entraide catholique «Aide à l’Eglise en détresse» (AED) et trois autres mouvements engagés dans le même combat ont mené la prière pour les chrétiens persécutés, sur le thème «Prisonniers pour le Christ: les chrétiens persécutés aujourd’hui».
Les oeuvres d’entraide qui soutiennent l’Eglise persécutée ont tiré la sonnette d’alarme. Devant les quelque 400 fidèles venus à la cathédrale de Lausanne pour assister à la première célébration oecuménique de l’année 2007, les différents célébrants ont dénoncé la répression que subissent les Eglises chrétiennes dans divers endroits de la planète. Voyage dans le monde où les lecteurs de la Bible sont persécutés au quotidien.
«Parlons. Parlons pour que d’autres retrouvent la vie». C’est un appel qui est revenu comme un leitmotiv dans la prédication de Pierre Tschanz, de l’oeuvre d’entraide évangélique «Portes Ouvertes». Il commentait le thème de la célébration du jour «Prisonniers pour Christ: chrétiens persécutés aujourd’hui». Le prédicateur s’était fait l’écho des témoignages accablants venant des différentes oeuvres d’entraide à l’Eglise persécutée, à savoir l’AED, l’Aide aux Eglises Martyres, Christian Solidarity International et Portes Ouvertes. Profitant de l’occasion la célébration de la parole, ces dernières ont décrit l’horrible situation que connaissent les chrétiens dans plusieurs pays.
Le Français Philippe Saehr, de l’Aide aux Eglises Martyres (Guebwiller), a ainsi révélé que deux pasteurs de la ville d’Akkiallur, dans l’Etat indien du Karnataka, ont été arrêtés le 3 septembre 2006. «Au moins 150 personnes dirigées par des extrémistes hindous du mouvement nationaliste RSS (Rashtriya Swayamsevak Sangh) se sont introduites dans une Eglise de maison rassemblée. Ils ont, indique-t-il, confisqué tout le matériel liturgique, notamment les Bibles, ce qui a servi de preuves que les pasteurs convertissaient de force les hindous des régions environnantes».
Un jeune Nigérian converti se fait amputer les mains
Pour sa part, «Christian Solidarity International» (CSI), une organisation chrétienne de défense des droits de l’homme qui soutient la liberté de religion et apporte une assistance aux victimes des persécutions religieuses, a apporté des témoignages similaires. Présente à la célébration, la directrice de CSI, Annette Walder-Stückelberger, a présenté le sort tragique de Nsikak Apkaidiok, un jeune Nigérian converti au christianisme pendant qu’il était aux études.
«Quand je suis rentré à la maison, raconte-t-il, j’ai parlé de mon expérience spirituelle à mon père. Celui-ci s’est bien sûr fâché. Il n’a rien voulu savoir du christianisme. Il m’a lié les mains derrière le dos, me privant dans le même temps de nourriture. Les dommages physiques sont par après apparus au grand jour. J’ai alors été conduit à l’hôpital. C’était trop tard. Les médecins ne pouvaient plus rien faire pour moi. Ils m’ont amputé mes deux mains».
L’Eglise catholique plus courageuse que jamais
Pour sa part, l’Aide à l’Eglise en détresse a expliqué la situation intenable qui prévaut en Erythrée, et qui est souvent passée sous silence. Des statistiques font état de 1918 citoyens érythréens emprisonnés et soumis à la torture pour des motifs religieux. 95% de ces prisonniers de conscience sont des chrétiens.
Comme on le voit, le pays ne connaît ni guerre ni paix depuis son indépendance conquise en 1993 sur l’Ethiopie. «Que de la faim et du désespoir», a expliqué Roberto Simona, responsable de l’antenne romande et suisse-italienne de l’AED. Pour cet ancien employé de la Croix Rouge, la presque totalité des organisations internationales dans ce petit pays de la Corne de l’Afrique ont fermé leurs portes pour des raisons politiques. On peut dire que l’Eglise catholique est la seule qui s’accroche aux côtés de la population, représentant ainsi l’ultime voix que le gouvernement n’a pas encore réussi à faire taire.
Afin d’éviter toute dépendance face à l’Etat, le clergé local a développé le projet «Maadi». Il consiste à mettre en place un fonds unique destiné à couvrir les besoins dans le domaine de la santé et de l’instruction. Ces dernières années, le projet a permis d’ouvrir 28 dispensaires et 51 écoles catholiques fréquentées par 22’000 enfants. L’AED compte récolter une somme de 200’000 francs suisses pour réussir ce projet. «Vu l’habituelle générosité des Suisses, nous espérons récolter cet argent et pouvoir porter un secours efficace à nos frères d’Erythrée», espère le responsable de l’AED à Fribourg.
La célébration, rythmée de gospels de la chorale des Compagnons du Jourdain, aura donc eu le mérite de rappeler aux fidèles que tous les chrétiens qui souffrent comptent sur la solidarité des Suisses. «Ces chrétiens persécutés sont des porteurs de vie malgré la mort qui les menacent. Ne les laissons pas sombrer dans les idéologies totalitaires», a conclu Pierre Tschanz, prédicateur du jour (apic/dng/be)
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