Vers une éventuelle normalisation des relations avec Pékin ?

Rome: Le pape devrait convoquer prochainement une réunion de consultation sur la Chine

Rome, 16 janvier 2007 (Apic) Le pape devrait convoquer prochainement au Vatican une réunion de travail sur la Chine. Cette rencontre sur le délicat sujet de l’Eglise en Chine serait effectivement à l’ordre du jour, selon le cardinal Joseph Zen Ze-Kiun, évêque d’Hong Kong, qui a révélé l’information au « South China Morning Post », journal édité à Hong Kong. L’information a été confirmée à l’agence I.MEDIA, mardi de source vaticane.

Selon un article du « South China Morning Post » du 9 janvier dernier, le cardinal Zen Ze-kiun, évêque de Hongkong, se rendra d’ici la fin janvier à Rome, pour prendre part à une réunion de haut niveau. Cette réunion, présidée par le Secrétaire d’Etat, le cardinal Tarcisio Bertone, a pour but de définir la conduite que le Saint-Siège doit tenir dans les négociations avec la Chine au sujet d’une éventuelle normalisation des relations avec Pékin.

Les responsables de l’Eglise devront faire le point après une année 2006 marquée par trois ordinations épiscopales illicites, c’est-à-dire sans l’accord du pape, et deux autres avec l’accord commun de Benoît XVI et des autorités chinoises.

Toujours des problèmes pour les nominations épiscopales

Selon le cardinal Zen, les responsables du Saint-Siège vont devoir réfléchir à la manière de poursuivre les contacts avec Pékin. Ces contacts paraissent à chaque fois prometteurs mais ne se traduisent pas par une amélioration des questions importantes pour l’Eglise, notamment le processus de sélection et de nomination des évêques.

Pour le cardinal, qui a souligné que le pape connaissait sa position sur le sujet, il est inévitable que le Saint-Siège adopte une ligne plus dure lors de ses prochains contacts avec Pékin. « Il n’y a pas le choix, a-t-il déclaré. Ce que [la Chine] a fait rend difficile pour nous de ne pas durcir le ton. Ne pas le faire équivaudrait à se soumettre ». Il est probable que la question des nominations épiscopales revienne très bientôt sur le devant de la scène, les instances de l’Eglise « officielle » se préparant à désigner des évêques pour trois diocèses, ceux de Canton, du Guizhou et de Yichang , dans la province du Hubei.

Le cardinal Joseph Zen Ze-Kiun est d’avis que tout compromis vaut pour un temps et n’a pas vocation à durer éternellement. « Etre en communion avec le Saint-Père et rester dans une Eglise qui se déclare indépendante présente une contradiction dans les termes. Le Saint-Siège tolère cela avec magnanimité. Nous l’acceptons dans l’humiliation. Il est aujourd’hui grand temps que nous nous défassions de cette contradiction et que chacun sache que nous, catholiques, voulons être catholiques, en communion avec tous les catholiques de par le monde, sous la direction de l’évêque de Rome ».

Les relations entre la Chine et le Saint-Siège sont arrivées à un « tournant »

Pour Anthony Lam Sui-ki, du Centre d’études du Saint Esprit, du diocèse de Hongkong, c’est un fait que les relations entre la Chine et le Saint-Siège sont arrivées à un « tournant ». Les deux parties saisissent toutes les occasions pour exprimer leurs bonnes dispositions respectives l’une envers l’autre, mais la nomination des évêques demeure une pierre d’achoppement ainsi que les interventions dans la vie de l’Eglise de l’Administration d’Etat pour les Affaires religieuses.

Pour le cardinal Zen, cette rencontre à Rome sera peut-être également l’occasion de voir son avenir se préciser. Agé de 75 ans depuis le 13 janvier dernier, il n’a pas fait mystère, ces derniers mois, de sa volonté d’être déchargé par le pape de ses responsabilités à la tête du diocèse de Hongkong pour se consacrer à l’Eglise de Chine.

Pékin, pour sa part, ne cache pas son souhait de voir le cardinal Zen quitter Hongkong, même pour être nommé à Rome, car cela éloignerait de la Chine une personnalité considérée par le régime chinois comme ne lui étant pas favorable.

Le pape souhaite lui aussi se pencher sur la question chinoise

Au Vatican, on reste discret sur cette réunion qui, soulignait-on le 16 janvier, n’a rien « d’extraordinaire ». L’indiscrétion du cardinal Zen semble ainsi avoir irrité les membres de la Secrétairerie d’Etat du Saint-Siège. Benoît XVI a déjà abordé, au cours d’autres réunions de différentes natures, des thèmes importants comme le célibat ecclésiastique, les traditionalistes lefebvristes ou le purgatoire.

Le pape souhaite ainsi se pencher sur la question chinoise, a-t-on expliqué au Vatican. Cette réunion aurait pour but d’informer le souverain pontife plus en détail sur la situation de l’Eglise en Chine – divisée entre une Eglise « officielle » reconnue par les autorités et une Eglise dite clandestine, souvent en butte à la répression – et de réfléchir à la stratégie à adopter à l’avenir. Les participants à cette rencontre parleront notamment des dernières ordinations illicites en Chine.

La dernière ordination épiscopale de ce type est celle de Mgr Jean Wang Renlei, qui a eu lieu le 30 novembre dernier. Le Saint-Siège ne peut accepter d’être mis devant des faits accomplis et espère que des incidents de ce genre ne se répèteront pas, avait alors déclaré le Saint-Siège. Il avait estimé que cette série d’actes « extrêmement graves qui offensent les sentiments religieux de tout catholique en Chine et dans le reste du monde, est le fruit et la conséquence d’une vision de l’Eglise qui ne correspond pas à la doctrine catholique et trouble les principes fondamentaux de la structure hiérarchique ». AR/EdA/JB

Encadré

La moitié des sièges épiscopaux des diocèses « officiels » de Chine sont vacants

Avec le récent décès de deux évêques âgés, la moitié des sièges épiscopaux des diocèses « officiels » de l’Eglise de Chine sont vacants, rapporte « Eglises d’Asie », l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris (MEP). Le 4 janvier dernier, Mgr Peter Paul Li Panshi, évêque « officiel » du diocèse de Jiangmen, dans la province du Guangdong, s’est éteint. Il était âgé de 95 ans et souffrait d’un cancer des poumons. Le 7 janvier dernier, au soir de l’Epiphanie, c’était au tour de Mgr Joseph Meng Ziwen (Jieren) de décéder. Il était l’évêque non officiel du diocèse de Nanning, dans la province du Guangxi. A 103 ans, il était certainement l’évêque le plus âgé du monde à être encore titulaire d’un siège épiscopal.

Après la mort de trois évêques chinois en décembre dernier (Mgr Su Changshan, évêque de Baoding, au Hebei, âgé de 89 ans, Mgr Li Hongguang, évêque de Yuncheng, au Shanxi, âgé de 85 ans, Mgr Zheng Changhseng, évêque de Fuzhou, au Fujian, âgé de 94 ans), ces nouveaux décès augmentent le nombre des diocèses sans évêque.

En 2006, ce sont au total dix évêques âgés qui sont morts (neuf évêques « officiels » et un évêque dit « clandestin »). Désormais, selon des statistiques de l’Association patriotique des catholiques de Chine (APCC), près de 45 des 97 diocèses « officiels » n’ont plus d’évêques et l’année qui vient apportera sans doute son lot de décès supplémentaires. En effet, 60 % des évêques ont plus de 75 ans, l’âge la retraite selon le droit canon, et 50 % ont plus de 80 ans. Au total, les évêques « officiels » sont un peu moins d’une soixantaine et les évêques dits « clandestins » un peu plus de trente-cinq.

Mgr Li Panshi administrait, depuis 1981, un diocèse situé dans le delta de la rivière des Perles, au coeur de cette région devenue en deux décennies un des moteurs de la croissance économique de la Chine. Pour servir environ 20’000 fidèles et travailler à l’évangélisation d’un pays en pleine transformation, l’évêque ne disposait que de huit prêtres, deux âgés et six jeunes.

Répartis sur une vingtaine de districts et des grandes villes comme Foshan, Jiangmen, Shunde et Zhongshan, ces prêtres doivent maîtriser plusieurs langues, dont le cantonais, le hakka et le mandarin, ainsi que d’autres dialectes, pour assurer leur ministère. Pour tenter de répondre à ce manque de personnel, Mgr Li Panshi insistait toujours sur la nécessité de former des séminaristes.

Ordonné prêtre en 1944, Mgr Li Panshi, après la prise du pouvoir par les communistes en 1949, est contraint à gagner sa vie en cultivant des bananes et en élevant des lapins. Envoyé à la campagne lors de la Révolution culturelle (1966-1976), il revient à la fin des années 1970 à Zhongshan, où il reprend une activité pastorale. Il accepte de prendre la tête du diocèse en 1981, devenant ainsi le premier évêque du lieu à être ordonné sans l’accord du pape. Son souci était de travailler à l’unité du clergé, des religieuses et des fidèles dans le diocèse, a témoigné un prêtre du diocèse.

Mgr Meng Ziwen, quant à lui, avait été ordonné clandestinement, en 1984, pour diriger le diocèse de Nanning, sa qualité de prêtre étant toutefois reconnue par les autorités chinoises. Ainsi qu’il le rappelait avec discrétion, il signait toujours ses courriers comme prêtre pour éviter les difficultés avec les autorités locales et il refusait avec obstination de s’affilier à l’Association patriotique. Les catholiques locaux s’adressaient à lui en l’appelant « Lao Shenfu » (’Vieux prêtre’). Ordonné prêtre en 1935, il remplaça en 1949 plusieurs missionnaires étrangers, d’abord empêchés d’exercer leur ministère, puis expulsés de Chine communiste. Mais, dès 1951, il fut lui-même arrêté et envoyé en « rééducation par le travail » dans les camps du « laogai », le goulag chinois.

Remis en liberté en 1957, il fut de nouveau arrêté et ne sera libéré qu’en 1970, considéré comme trop faible pour continuer à travailler. Il reprit peu à peu contact avec des chrétiens, et se remit à exercer son ministère, d’abord clandestinement, puis, à partir du début des années 1980, pratiquement de manière ouverte. En 1984, un évêque venu du nord du pays lui conféra l’ordination épiscopale. Evêque clandestin, mais prêtre officiel, avec l’aide des jeunes prêtres revenus du séminaire de Wuhan et des jeunes religieuses de la congrégation de la Sainte Famille, il employa les vingt années suivantes à reconstruire les communautés catholiques du diocèse. Le 19 mars 2003, les treize prêtres de la province étaient réunis à Nanning, capitale du Guangxi, pour fêter son 100e anniversaire. (apic/imedia/ar/eda/be)

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