Un « parler intelligent et stratégique » plus qu’un « silence »
Rome, 26 janvier 2007 (Apic) Pie XII doit être considéré « comme un juste », a déclaré le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’Etat du Saint-Siège. « Le numéro 2 » du Saint-Siège s’exprimait lors de la présentation du livre « Les Justes, les héros méconnus de la Shoah » (Editions Città Nuova), à Rome, dans la soirée du 24 janvier 2007.
Pour le cardinal Bertone, « il est clair que le silence du pape n’était pas un silence mais un « parler » intelligent et stratégique, comme le montre le message radio de Noël prononcé en 1942 qui mit Hitler en furie ». « On ne peut pas parler de silence, mais d’une série d’interventions mesurées et proportionnées à la situation en cours », a estimé le secrétaire d’Etat du Saint-Siège.
Il a aussi précisé « qu’il ne s’agissait pas seulement d’organiser bureaucratiquement la recherche des disparus et l’assistance aux prisonniers, mais d’avoir une attitude précise vis-à-vis de ces juifs poursuivis par les nazis ». « Il fallait les aider par n’importe quel moyen ».
« L’Eglise tient compte des milliers de juifs et des autorités juives qui, juste après la guerre, voulurent remercier personnellement Pie XII pour ses interventions et pour la stratégie qu’il mit en oeuvre pour le sauvetage des juifs », a encore déclaré le cardinal. « Les preuves se trouvent dans les Archives du Vatican », a poursuivi le Secrétaire d’Etat.
Sur l’étude des documents des Archives vaticanes remontant à l’époque de Pie XII, il a par ailleurs souligné qu’ »il est intéressant de ne pas oublier le matériel de ce qui était à l’époque le Saint Office, et surtout la déclaration très claire, très nette, de condamnation de l’antisémitisme faite par cette congrégation en 1928″. Cette déclaration « est souvent oubliée, comme si une condamnation explicite de l’antisémitisme remontait seulement au Concile Vatican II », a regretté l’ancien secrétaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi.
Cause retardée
L’auteur du livre « Les Justes, les héros méconnus de la Shoah », sir Martin Gilbert, est un historien britannique, considéré comme l’un des meilleurs experts au monde de la seconde guerre mondiale et de la Shoah. Agé de 70 ans, auteur de 72 ouvrages, Martin Gilbert enseigne l’histoire de la Shoah à l’University College de Londres.
Son ouvrage explique que les justes « sont ces hommes et ces femmes non juifs qui, partout en Europe, ont brisé les chaînes de l’indifférence, de l’égoïsme et de l’individualisme, pour sauver un grand nombre de juifs de l’extermination nazie, mettant leur vie et celle de leur famille en péril ».
« La cause de béatification de Pie XII est bien avancée », avait déclaré le postulateur de la cause du pape qui régna de 1939 à 1958, le père jésuite allemand Peter Gumpel, le 27 avril 2006. Intervenant à Rome lors d’un colloque sur la figure de Pie XII, le père jésuite allemand membre de la Congrégation pour la cause des saints avait lui aussi rejeté en bloc « les attaques continues des communistes, des francs-maçons et de tous les groupes qui sont contre l’Eglise » à l’égard d’Eugenio Pacelli.
La cause de béatification de Pie XII a été initiée en 1965 par Paul VI, en même temps que celle de Jean XXIII qui a été béatifié, pour sa part, en 2001. Le procès d’Eugenio Pacelli est retardé par de nombreuses accusations, plus souvent issues de milieux catholiques ultra-libéraux que du monde juif lui-même, sur son attitude devant la Shoah, sur le « silence » du Saint-Siège face à aux déportations et à l’extermination des juifs par le régime nazi. (apic/imedia/ar/pr)
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