Plutôt que de rester plusieurs jours sans manger.

Congo RDC: Les prisonniers de Goma approvisionnés par leur famille

Kinshasa, 29 janvier 2007 (Apic) Faute de ration alimentaire régulière à la prison centrale de Goma, au Congo RDC, des prisonniers sont approvisionnés par les familles. Ils sont aussi autorisés à vendre la nourriture au sein même de l’établissement pénitencier.

Farine de manioc, poisson salé, pain, sucre, oeufs, cigarettes, savon, pétrole s’achètent dans la cour de la prison de Goma, dans le Nord-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo. Selon le journal Le Potentiel dans son édition du 23 janvier parue à Kinshasa, en République Démocratique du Congo (RDC).

Ce sont les familles qui approvisionnent les prisonniers et ceux-ci, à leur tour, se font vendeurs auprès des autres détenus. Ce système, toléré par la direction de la prison, pallie la fréquente absence de ration alimentaire fournie par les autorités.

Derrière son étal, monté dans sa geôle, le prisonnier Eugène Kamundu détaille les prix de ses marchandises : »Je vends le bol de farine de manioc à 150 francs congolais, (37 centimes) un poisson salé de petite taille au même prix.

« Ce sont les mêmes qu’à l’extérieur, pour ne pas pénaliser nos collègues, » indique-t-il. Arrivent ensuite deux prisonniers acheteurs. Ils sont satisfaits, affirment-ils, parce qu’ « avant, même avec de l’argent, il nous arrivait de passer deux jours sans manger ».

Face à la défaillance des autorités provinciales ne fournissent pas à la prison régulièrement de quoi manger, les prisonniers ont commencé à se cotiser pour confier l’argent soit à un visiteur, soit à l’un d’entre eux, autorisé à se rendre au marché, accompagné d’un gardien. « Ceci avec le risque qu’il ne revienne pas », explique Petro Ntwali, prisonnier responsable de ses pairs et portant le titre de ’général’ ’kapita’ de la prison.

« Une semaine sans ration suffisait pour qu’ils soient ingérables »

Selon le directeur de la prison centrale de Goma, Joseph Mirindi: « Nous ne sommes autorisés qu’à faire fonctionner une cantine au sein de la prison. Mais comme nous n’avons pas la possibilité d’en créer une et que la ration des prisonniers est irrégulière, nous les laissons vendre les différents produits qu’amènent leurs familles », déclare-t-il. Le directeur de la prison a précisé que ces ventes permettent de maintenir le calme parmi les prisonniers les jours où ils ne sont pas nourris. « Une semaine sans ration suffisait pour qu’ils soient ingérables, mais aujourd’hui, grâce à cette activité, ils se rebellent moins, alors que nous venons de passer un mois sans ration » précise-t-il.

Bagaza Kawaida, du territoire de Masisi, explique: « Ma famille est à des dizaines de kilomètres et elle ne peut donc pas m’amener à manger tous les jours. Une fois par mois, elle m’amène une grande quantité de farine de manioc. Je peux vendre cette farine progressivement, selon mes besoins ». Annie Sakina, dont le mari est en prison depuis neuf mois, constate que la vente des vivres au sein de la prison lui facilite la tache. « J’ai 3 enfants à nourrir seule ; si je dois venir chaque jour à la prison, c’est difficile. Désormais, comme la nourriture se vend dans la prison, je m’arrange pour lui amener ne serait-ce que 1.000 francs congolais (CHF 2.47) » dit cette femme. M. Banyanga, du territoire de Nyiragongo, devait auparavant vendre ses produits des champs pour ensuite payer de la nourriture non périssable à son frère détenu depuis deux ans. « Aujourd’hui, je peux lui apporter 50 kg de pommes de terre sans crainte qu’elles pourrissent, puisqu’il peut les revendre le jour même à ses collègues et garder l’argent, qu’il utilise ensuite selon ses besoins », souligne-t-il

Les sans famille sont assistés par les communautés religieuses

Bien que confinés dans un milieu difficile, les prisonniers ne se plaignent pas de violence, de racket ou de vols entre eux. Pour certains, c’est dû au fait que chacun étant commerçant à son tour évite le risque de représailles. Pour d’autres, les détenus seraient « suffisamment évangélisés au point d’être tous repentis ». Seuls les gardiens faussent le jeu, prélevant d’autorité une petite part des produits que les familles apportent. Mais celles-ci ne s’en plaignent pas, parce qu’on est loin des grandes quantités ponctionnées dans le passé, assurent certains visiteurs. Finalement, les seuls à se plaindre de ce système de vente intra-muros sont les prisonniers qui ne reçoivent pas de visite, et qui ne peuvent compter que sur l’aide des communautés religieuses qui assistent les détenus. (apic/dia/vb)

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