France: Les Français ne veulent pas qu’on «se moque» de la religion

Mgr di Falco réagit au sondage Sofres dans Le Pèlerin

Gap, 8 février 2007 (Apic) Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, évêque de Gap et président du Conseil pour la Communication de la Conférence des Evêques de France, commente les résultats surprenants du sondage Sofres paru dans l’hebdomadaire catholique Le Pèlerin, sur le blog de son diocèse.

Au moment du procès intenté par des organisations musulmanes au magazine satirique français Charlie Hebdo, les résultats d’un sondage surprennent. L’hebdomadaire catholique français Le Pèlerin publie cette semaine un sondage réalisé par la Sofres. 3/4 des Français n’acceptent pas que l’on « se moque » des religions et plus de la moitié trouvent « inacceptables » les critiques à leur égard.

Alors que les hommes politiques défilent au secours du magazine satirique au nom de la liberté de la presse (Ndlr. Le magazine avait publié il y a un an en France des caricatures de Mahomet contestées), les Français font part de leur désaccord.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, évêque de Gap et président du Conseil pour la Communication de la Conférence des Evêques de France, commente ce sondage sur le blog de son diocèse depuis le 7 février, sous le titre Peut-on critiquer les religions ? Réaction de Mgr di Falco au sondage réalisé par « Le Pèlerin » qui se demande « Les religions sont-elles intouchables ? ». Interviewé sur le résultat de l’enquête, d’où il ressort que 3 Français sur 4 jugent inacceptable de se moquer des religions, Mgr di Falco commente.

Quelques chiffres

– 79% des Français estiment inacceptable de se moquer publiquement d’une religion

– 76% estiment inacceptable de se moquer publiquement des représentants des religions,

– 78% de ses croyants,

– 78% de son fondateur

(Extrait du sondage Sofres paru dans l’hebdomadaire catholique français Le Pèlerin du 7 février)

« Voici d’étonnants résultats. Ils viennent bousculer toutes les idées reçues. Certains, que ces chiffres vont déranger, crieront même à la manipulation ». Chacun sait que l’on accorde du crédit à un sondage lorsqu’il va dans le sens de ce que l’on pense et qu’on le met en cause s’il démontre le contraire, poursuit Mgr di Falco, qui s’interroge: « Que dire de ces résultats ? Que le prêt-à-penser majoritaire que les médias nous servent régulièrement ne correspond en réalité qu’à ce que pensent ceux qui ont accès au porte-voix médiatique ? A en croire ce sondage, la réponse est oui ! »

Nous vivons dans une société où les espaces de libre expression se réduisent comme peau de chagrin, continue le prélat français. Des lois balisent chaque jour davantage ce qu’il est permis de dire ou pas à propos de tel ou tel groupe, de telle ou telle communauté. En revanche tout est permis à propos des croyants, pas de tous les croyants. Surtout des chrétiens.

Robert Redecker (Ndlr. Le professeur de philosophie Robert Redeker, a bénéficié d’une protection policière en décembre 2006 après avoir été menacé de mort à la suite de la publication d’une tribune sur l’islam dans le Figaro en septembre de la même année), avouait lui-même récemment que, lorsqu’il critiquait les chrétiens, il avait les encouragements de ses collègues. Mais lorsqu’il a dit ce qu’il pensait à propos de l’islam, tous l’ont lâché ». Alors, deux poids deux mesures ? s’interroge Mgr di Falco, qui affirme que lorsque il a participé récemment à l’émission L’Arène de France sur FR2, sur le thème : Peut-on critiquer les religions, il a cité le Nouveau Testament.

Les grands défenseurs de la liberté d’expression lui ont intimé de se taire affirme-t-il. Les résultats de ce sondage sont d’autant plus étonnants qu’ils arrivent après ceux publiés récemment sur la foi et la pratique religieuse des Français, continue-t-il. « Le respect des religions et des croyants pour l’un, le doute et la désaffection pour l’autre ».

Critique de la logique même de ces sondages

Le prélat poursuit sa réflexion. « Puis-je avouer que j’aurais été dans l’embarras si j’avais dû répondre aux questions de ce sondage ». D’abord parce qu’il est impossible d’introduire la moindre nuance dans un sondage, rappelle-t-il à propos. Or le sujet est trop complexe pour que l’on puisse répondre à des questions avec trois réponses possibles et sans commentaire.

Reprenant la formulation de la question, il écrit « Se moquer. Mais pourquoi pas. Il y a la moquerie douce, teintée d’humour et la moquerie violente, agressive, destructive. Celle dont le but est d’humilier, de blesser. Celle qui s’en prend aux handicaps, à la maladie. Tout dépend de la capacité de chacun à encaisser la moquerie ».

Une saine critique est source de progrès

« Critiquer. » poursuit-il et il affirme que bien sûr, on peut critiquer. Une saine critique est source de progrès. Il n’y a que dans les Etats totalitaires que la critique n’est pas autorisée, et que ceux qui le font sont jugés et condamnés. Si des croyants ont souvent du mal à accepter moqueries et critiques c’est que celles-ci passent le plus souvent par la dérision, qu’elles reposent sur des clichés, dit-il encore. Que penser du recours aux tribunaux pour poursuivre en justice ceux qui les critiquent , se demande-t-il? Là encore, « De quoi s’agit-il ? De critiques ? De calomnies ? D’accusations mensongères ? Du détournement de symboles auxquels les croyants sont attachés ? » On le voit, tout n’est pas du même ordre, conclut-il. Mais, et il ajoute: « j’insiste, le recours aux tribunaux devrait être le moyen de défense vers lequel on se tourne lorsque tout a été tenté ».

Mgr di Falco dit inviter « ceux dont le fond de commerce est de prendre les croyants comme tête de turc » à méditer ce sondage. Avant de citer le Christ : « Heureux êtes-vous lorsqu’on vous insulte, que l’on vous persécute et que l’on dit faussement contre vous toute sorte de mal à cause de moi (Matthieu 5/11). Et il conclut: Entre indifférence, critique et moquerie, mon choix est fait. Le chrétien, à l’image du Christ, reste un « signe de contradiction » (Luc 2/34). » (apic/gap/vb)

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