Un militant luttant pour la liberté religieuse

Vietnam: Arrestation du Père Nguyên Van Ly, un prêtre dissident vietnamien

Huê, 21 février 2007 (Apic) Le Père Nguyên Van Ly, un prêtre vietnamien qui a déjà passé dix ans en prison – de 1977 à 1978 et de 1983 à 1992 – pour «opposition à la révolution», vient à nouveau d’être arrêté à Huê, au Vietnam, C’est qu’ont indiqué mercredi des sources policières citées par l’Agence France Presse. Il avait été emprisonné pour «activités de sabotage du régime». Cette fois-ci, aucun détail sur les motifs ni la durée de détention du prêtre bien connu pour sa lutte pour la liberté religieuse n’ont été donnés.

Selon des sources proches du Père Ly, dimanche 19 février, le deuxième jour du Têt, un grand nombre de véhicules de police se sont garés à proximité d’un bâtiment appartenant au complexe de l’archevêché de Huê, où résident l’archevêque et un certain nombre de prêtres, dont le Père Nguyên Van Ly.

Aux alentours de 20 heures, le bâtiment a été cerné par une soixantaine de policiers et les communications téléphoniques neutralisées. Un groupe de policiers, conduit par un colonel spécialiste des affaires religieuses, s’est introduit alors dans la chambre du Père Ly et en a entrepris la fouille. Six ordinateurs portables, six téléphones mobiles appartenant au Père Ly et à ses collaborateurs ainsi que de nombreux documents ont été confisqués. Le Père a déclaré alors qu’il entamait une grève de la faim.

Dans la nuit qui a précédé le jour de l’an (nuit du 16 au 17 février), des fouilles avaient déjà été accomplies chez des collaborateurs proches du Père Ly, membres du parti Dang Vietnam Thang Tiên (Parti pour le progrès du Vietnam), qui ont été amenés par la police. Dans la journée du lundi 19 février, la police a également fait irruption chez la secrétaire de ce parti à Huê. D’autres membres du mouvement démocratique ont également été inquiétés, selon «Eglises d’Asie», l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris. La résidence du Père Pham Van Loi, proche du Père Ly, a été soumise à une surveillance policière pendant les trois premiers jours du Nouvel An.

Le Père Nguyên Van Ly – qui a déjà fait de longs séjours en prison – est l’un des animateurs du mouvement démocratique appelé «Bloc 8406», fondé au mois d’août de l’année dernière. Le mouvement a publié un certain nombre de manifestes et fait paraître régulièrement une revue non autorisée dont le titre est Tu do Ngôn Luân (»Liberté d’expression»). Le même groupe démocratique est à l’origine de la création du parti, lui aussi non autorisé, le Parti pour le Progrès du Vietnam (Dang Vietnam Thang Tiên). Sa création a été annoncée le 8 septembre dernier. Dans sa déclaration, il affirmait suivre les valeurs universelles des droits de l’homme, les valeurs culturelles et morales vietnamiennes et les idéaux énoncés dans les manifestes du Bloc 8406. C’est ce parti qui semble visé dans l’opération policière du premier jour de l’an vietnamien.

«La liberté religieuse ou la mort !»

Le Père Nguyên Van Ly avait lancé une campagne pour la liberté religieuse à la fin de l’année 2000. Commencée au mois de novembre 2000, dans le cadre de revendications locales – des terrains paroissiaux confisqués par l’Etat -, la campagne du Père Ly avait vite pris une dimension interreligieuse, nationale et même internationale. Elle a été tout de suite marquée par le ton sans concession adopté par le prêtre et une volonté de non compromission avec le régime, que symbolisait le calicot qu’il avait accroché au clocher de son église où était inscrit: «La liberté religieuse ou la mort !».

Le religieux dissident a diffusé sur internet de nombreuses déclarations où il revendiquait liberté et totale indépendance pour les diverses religions du Vietnam ainsi que des procès-verbaux où il détaillait concrètement les violations de la liberté religieuse commises par les autorités locales et nationales.

A la demande de la Commission sur la liberté religieuse dans le monde du Congrès américain, il fit parvenir à celle-ci deux rapports sur la liberté religieuse au Vietnam. Le 27 février 2001, le Père Ly avait été assigné à résidence dans la paroisse de An Truyên. Le 10 mai, les autorités civiles lui interdisaient de dire la messe. Le 17 mai 2001, 600 agents de la Sûreté vinrent arrêter le prêtre dans son presbytère alors qu’il se préparait à célébrer la messe. Le procès n’eut lieu que cinq mois plus tard en octobre 2001, à Huê. Il fut condamné à quinze ans de prison ferme pour n’avoir pas accompli sa peine de mise en résidence surveillée et avoir saboté la politique de l’unité nationale. Il fut ensuite envoyé dans le nord du Vietnam pour y purger sa peine, une peine qui avait été réduite à dix ans en 2003 et à cinq ans en juin 2004. Il avait été libéré au début du mois de février 2005. (apic/eda/be)

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