Apic interview
Ni progressiste ni réactionnaire, mais identitaire
Propos recueillis par Hervé Yannou, agence I.MEDIA
Paris, 14 mars 2007 (Apic) Philippe Levillain est membre du Comité pontifical des sciences historiques, de l’Institut universitaire de France et professeur à l’Université de Paris-X. Il a commenté pour I.MEDIA l’Exhortation Sacramentum Caritatis de Benoît XVI publiée le 13 mars.
Pour l’auteur du Dictionnaire historique de la papauté, ce texte rentre dans la logique du pontificat de Benoît XVI de recentrage de l’Eglise catholique sur son identité propre.
Apic: Quelle est la portée de l’Exhortation?
Philippe Levillain: Une Exhortation a deux directions. Elle s’adresse d’abord aux membres de l’Eglise, qu’ils soient clercs ou laïcs, et d’autre part à l’ensemble des hommes. En matière de discipline de l’Eglise, ce texte rappelle les conclusions du Synode d’octobre 2005 et les grands thèmes de la vie intérieure de l’Eglise. D’un autre côté, l’Exhortation touche à la question des moeurs de la société sécularisée et de ses dérives. Ce sont deux points différents mais complémentaires: la nature propre de l’Eglise gouverne la façon dont les fidèles doivent se comporter.
Apic: Comment faut-il recevoir ce document du magistère?
P.L: Les médias reprennent toujours le même thème en considérant que ces textes touchent à la liberté des hommes et à l’exercice d’une pleine et entière liberté dont l’Eglise doit prendre acte et s’accommoder. Depuis trente ans, les médias réclament et acclimatent l’idée qu’il pourrait y avoir une véritable révolution des positions du Saint-Siège. La révolution à laquelle on demande au Vatican de se plier reviendrait à cautionner les aspirations libertaires. On ne voit pas pourquoi elles auraient besoin de l’Eglise pour être mieux vécues.
Apic: Est-ce que l’on pouvait s’attendre à ce que ce texte donne d’autres orientations sur les questions de société?
P.L: Non, le cardinal Ratzinger a été élu en vingt-trois heures par les cardinaux pour accomplir cette mission. Ce qui peut gouverner une certaine impatience, voire de l’étonnement vis-à-vis des orientations du pontificat, c’est que Jean XXIII qui a été élu au même âge ait brusquement fait entrer l’inattendu dans l’histoire de l’Eglise en convoquant un concile. Il reste toujours la trace dans l’opinion qu’un pape élu à un certain âge pourrait brusquement basculer et bousculer la tradition de l’Eglise. Mais il ne faut pas confondre tradition et traditionalisme.
Apic: Il y a-t-il une rupture entre l’Eglise et la société contemporaine?
P.L: Oui, il y a une coupure qui est exprimée à travers des ’mots valises’ comme déchristianisation ou sécularisation. Cette coupure est vive, elle progresse. Mais la grande nouveauté, c’est que nous sommes, comme l’a expliqué Benoît XVI, dans une époque de post-sécularisation. La sécularisation a atteint un point maximal et en même temps, on note un retour du religieux qui n’est pas un retour vers l’Eglise catholique ou vers les Eglises, mais un retour vers le fait religieux dans le contexte d’un individualisme triomphant, des sectes et du communautarisme. C’est ce que le pape constate en réaffirmant l’authenticité du message de l’Eglise catholique et en refusant d’accepter les déviances réclamées.
Apic: Benoît XVI a-t-il mis la barre à gauche ou à droite?
P.L: Ni à gauche ni à droite. La distinction entre le progrès et la réaction est utile mais fallacieuse. L’Eglise romaine a toujours essayé de tenir une position face à une société qui s’interroge sur cette institution. Ce texte est un rappel aux exigences fortes de l’Eglise.
Apic: Est-ce un texte politique?
P.L: C’est un texte disciplinaire. Benoît XVI cherche une restauration de l’identité de l’Eglise dans le monde contemporain. Le terme de restauration est souvent synonyme de réaction. Ici, le pape cherche un renouvellement dans le monde contemporain. S’il y a moins de chrétiens, il faut qu’ils soient fervents. Il revient aux principes de l’Eglise à ses débuts, fondée sur la force de la conviction.
(apic/imedia/hy/bb)
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