4 ans de souffrance, « fruit de l’arrogance »
Genève, 19 mars 2007 (Apic) Le Conseil Oecuménique des Eglises (COE) à Genève, à la veille du quatrième anniversaire de l’invasion de l’Irak, dénonce l’occupation du pays. « L’arrogance du pouvoir a triomphé du bon sens. Aujourd’hui, l’Irak se retrouve en plein désarroi et semble fort se diriger vers un démembrement qui engendrera un chaos encore plus grand et d’énormes souffrances », écrit le pasteur Samuel Kobia, secrétaire général du COE.
Dans un message diffusé à l’occasion du quatrième anniversaire de la guerre en Irak, le pasteur Kobia analyse un conflit qui a fait des centaines de milliers de victimes. Ce nombre est situé entre 600’000, selon les estimations faites en 2006 par la John Hopkins Bloomberg School of Public Health, et 1 million selon le chercheur australien Gideon Polya, qui parle même de « génocide passif en Irak ».
Aujourd’hui, le pays compte quelque 4 millions de déplacés internes et de réfugiés hors des frontières. « Pendant le conflit en Irak, la communauté internationale a assisté à des violations persistantes des principes qu’elle avait fermement défendus au cours de ces 50 dernières années, notamment dans l’application de la loi, la protection des droits humains et la justice.
Le fait que les prisonniers des forces de la coalition subissent des traitements inhumains n’est un secret pour personne, alors que l’on estime qu’un quart d’entre eux sont innocents », poursuit Samuel Kobia. Le secrétaire général du COE souligne que les craintes de voir se développer une grave crise humanitaire, la mort et la destruction, exprimées par le COE lors du déclenchement de la guerre en 2003, se sont malheureusement réalisées. Les tensions et affrontements ethniques et sectaires sont en train d’amener l’Irak « au bord de la guerre civile ».
A l’époque, le Comité exécutif du COE avait qualifié cette guerre d’ »immorale, inopportune et contraire aux principes de la Charte des Nations Unies ». Il avait exprimé la crainte que le conflit n’engendre « une crise humanitaire de grande ampleur, causant des souffrances inouïes, notamment aux enfants irakiens, des morts, des pertes matérielles, la destruction de l’environnement et le gaspillage de précieuses ressources ». Le Comité avait également mis en garde contre les conséquences de la guerre au niveau régional, déclarant qu’elle allait renforcer et exacerber les dissensions et la haine entre les communautés, ce qui contribuerait à déstabiliser encore plus la région.
Les appels à la modération des Eglises ignorés
« La politique du risque maximum et la griserie du pouvoir ont triomphé de la raison et du bon sens » tandis que « les appels à la modération des Eglises, de la société civile et de la communauté internationale ont été ignorés, ne rencontrant que dédain », note encore le pasteur méthodiste du Kenya. Aujourd’hui, poursuit Samuel Kobia, « la stratégie militaire de Washington pour stabiliser l’Irak ne fonctionne pas malgré le déploiement de soldats supplémentaires »: on assiste chaque jour à de sanglants attentats, à la montée de tensions ethniques et sectaires, à la montée de la colère de la population face aux forces de la coalition qui, ajoutés à la faiblesse de l’Etat et des forces de sécurité laissent une place toujours plus grande à la violence et à la montée de l’extrémisme.
A moins que les principales communautés, chiites, sunnites et kurdes, ne « s’unissent dans l’intérêt du peuple et élaborent un système fédéral de gouvernance qui respecte les aspirations de chacun – dit encore le pasteur Kobia – l’Irak se dirigera vers un chaos, une confusion et des massacres qui risquent d’être encore plus graves que ceux auxquels on assiste aujourd’hui ».
Tout en appelant les Eglises à intervenir sans relâche en faveur de la paix auprès des gouvernements et des instances intergouvernementales, le secrétaire général du COE se dit encouragé par la multiplication des sentiments contre la guerre partout dans le monde et en particulier aux Etats-Unis. Le pasteur Kobia déplore la multiplication des carnages et des destructions due au fait que « les partisans de cette guerre tragique s’obstinent à vouloir atteindre leurs objectifs militaires ». Le secrétaire général du COE déclare qu’il faut mettre fin au désastre de la guerre en Irak et que les Eglises doivent défendre les victimes et leur venir en aide.
Le COE rassemble plus de 340 Eglises, dénominations et communautés d’Eglises d’une centaine de pays et territoires, représentant quelque 550 millions de chrétiens et comprenant la plupart des Eglises orthodoxes, un grand nombre de dénominations issues des traditions historiques de la Réforme protestante – anglicane, baptiste, luthérienne, méthodiste et réformée – ainsi que de nombreuses Eglises unies et indépendantes. Le COE représente pour elles un lieu de réflexion, de travail, d’échange et de soutien mutuel. COE/JB
Encadré
Un sondage très éclairant: en Irak, aujourd’hui est pire que hier
Un sentiment d’insécurité grandissant, des conditions de vie ayant empiré et un pessimisme de plus en plus répandu: voici ce que pensent la majorité des Irakiens, d’après un sondage commandé notamment par la BBC et la télévision américaine ABC News dont les résultats ont été diffusés lundi 19 mars, à la veille du 4ème anniversaire de la guerre en Irak. Quelque 35% des personnes sondées sur l’ensemble du territoire estiment que les choses vont aller mieux l’année prochaine et 26% disent se sentir en sécurité dans leur propre quartier. Mais 61% pensent que leur vie n’est pas en train de s’améliorer ni ne s’améliorera dans un futur proche. Réalisé sur un échantillon de 2’000 habitants dans 18 districts du pays, le sondage révèle une nette baisse du moral de la population par rapport à un sondage similaire réalisé en 2005 à la demande de la BBC.
Le pays semble coupé en deux, avec une légère montée de la critique envers le gouvernement, dont 53% des sondés sont mécontents; 56% pensent en revanche que l’Irak n’est pas en guerre civile et 58% se disent favorables au maintien d’un pays unifié. Une nette majorité – 82% – affirment avoir perdu confiance dans les troupes d’occupation étrangères, 78% sont hostiles à leur présence et 69% pensent qu’elles ont empiré la situation. Cela dit, 63% des interviewés se disent favorables à leur retrait « après l’amélioration de la sécurité dans le pays et le renforcement des institutions locales ».
Pour ce qui est de la vie quotidienne, 88% des Irakiens interrogés se plaignent de l’alimentation en électricité déficiente et 69% des difficultés d’approvisionnement en nourriture et en eau. (apic/misna/be)
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