Salvador: Militante des droits de l’homme, Maria Julia Hernandez a été enterrée lundi
San Salvador, 3 avril 2007 (Apic) La militante catholique des droits de l’homme Maria Julia Hernandez, qui a dirigé pendant un quart de siècle le bureau de la «Tutela Legal» de l’archevêché de San Salvador, a été enterrée lundi. Elle repose dans la crypte de la cathédrale aux côtés de Mgr Oscar Arnulfo Romero, l’archevêque assassiné par les «escadrons de la mort» d’extrême-droite, le 24 mars 1980, pendant qu’il célébrait la messe dans la chapelle de l’Hôpital de la Divine Providence.
Décédée vendredi des suites de complications cardiaques après une intervention chirurgicale, Maria Julia Hernandez avait 68 ans. Cette figure de la lutte pour la justice pour les plus pauvres au Salvador était connue dans le monde entier. De nombreuses voix dans la société civile salvadorienne et dans les milieux politiques ont dit leur consternation en apprenant la nouvelle de la disparition de ce «pilier» de la défense des droits de l’homme dans ce petit pays d’Amérique centrale ravagé dans les années 80 par une guerre civile qui fit plus de 100’000 morts.
La messe d’enterrement, à laquelle une foule nombreuse a participé, a eu lieu lundi après-midi à la cathédrale métropolitaine. Elle a été enterrée tout près du mausolée de Mgr Oscar Arnulfo Romero.
Maria Julia Hernandez était directrice de la «Tutela Legal» de l’archevêché de San Salvador depuis mai 1982. C’est de son bureau qu’elle enquêtait, malgré les menaces d’attentat, sur les crimes à large échelle commis par les forces de sécurité salvadoriennes, soutenus par le gouvernement de Ronald Reagan, et les exactions de la guérilla.
La suspicion suggérée par l’ambassade américaine
Durant la guerre civile, des responsables de l’ambassade américaine à San Salvador avaient critiqué Maria Julia Hernandez parce qu’elle dénonçait les exactions et les massacres de civils commis par les militaires. Elle avait documenté l’assassinat des jésuites de l’UCA, l’Université centroaméricaine, commis par le Bataillon Atlacatl, entraîné par les Etats-Unis, et le massacre d’El Mozote, dans l’Est du pays. Un millier de personnes – surtout des enfants, des femmes et des vieillards – avaient été abattus par les mêmes «troupes d’élite» gouvernementales. L’ambassade américaine avait laissé entendre, pour discréditer son travail, qu’elle avait des sympathies pour la guérilla.
Elle a travaillé aux côtés de Mgr Arturo Rivera Damas et de Mgr Gregorio Rosa Chavez, pour faire s’asseoir à la table des négociations la guérilla et le gouvernement salvadorien durant les premières rondes du dialogue de paix, qui allait déboucher sur la fin de la guerre civile qui ensanglantait le pays.
Entre 1980 et 1992, durant la guerre civile, son bureau a présenté plus de 24’000 dénonciations de violations des droits humains, visant tout autant les forces armées gouvernementales que la guérilla du FMLN. La responsable de la «Tutela Legal» affirmait que la «loi d’amnistie» destinée à tirer un trait sur les violations des droits de l’homme durant la période de la guerre «ne peut pas s’appliquer à des cas de crimes contre l’humanité et dans les cas de grave violations des droits humains».
Rappelons que l’action de la «Tutela Legal» ne se limite pas aux droits politiques, mais s’étend aux droits économiques et sociaux. Elle prend ainsi la défense d’habitants expulsés de leur logement ou se bat pour les droits des travailleurs des «maquilas», ces usines étrangères qui se sont implantées au Salvador à la faveur des avantages accordés par le gouvernement, mais qui imposent aux travailleurs et surtout aux travailleuses une discipline de fer… pour un salaire de misère. (apic/uca/com/be)
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