Ils dénoncent la paralysie des institutions libanaises
Beyrouth, 5 avril 2007 (Apic) Les évêques maronites, réunis mercredi sous l’égide du patriarche Nasrallah Boutros Sfeir au siège patriarcal de Bkerké, près de Beyrouth, appuient dans leur communiqué final le Tribunal international de l’ONU devant juger les assassins présumés de l’ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri.
Les évêques maronites relèvent que la création de ce Tribunal est « une question de principe liée au droit, à la justice et à la morale ». Dans pratiquement tous les dossiers litigieux de l’heure, les prélats se rangent du côté de l’ »Alliance du 14 Mars », à savoir la coalition politique libanaise regroupant les personnalités et mouvements politiques qui ont pris part à la « Révolution du Cèdre » suite à l’assassinat, le 14 février 2005, de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri. A l’issue des élections législatives de 2005, l’Alliance du 14 Mars a remporté la majorité parlementaire avec 72 députés sur 128.
L’Eglise maronite réclame la cessation de toutes les entraves retardant la création dudit « Tribunal international ». Dénonçant la paralysie des institutions libanaises, qui augure de la chute du système démocratique et met en danger la stabilité du Liban et sa paix civile, les évêques demandent que le Parlement puisse se réunir, tout en exigeant l’arrêt des « agissements non démocratiques » de ceux qui l’entravent.
Répondant à l’argumentation du « camp du 8 Mars » (les pro-syriens, à savoir le Hezbollah, coalisé avec le général Aoun et le mouvement chiite Amal), les évêques maronites concèdent que le système libanais est consensuel, mais cela ne donne pas le droit à une secte religieuse ni à un parti de mettre son veto sur les décisions politiques.
Le Hezbollah chiite dans le collimateur
Exprimant leur vision des « raisons d’être du Liban », les évêques mettent en exergue son ouverture sur le monde et sa pluralité, rejoignant là aussi de façon claire le discours de l’ »Alliance du 14 Mars », dans la mesure où ils dénoncent en même temps le « fanatisme » et le repli sur soi. Ils expriment la crainte que soient mis en danger le message et le mode de vie du Liban dès lors qu’une fraction « tente, de l’intérieur ou de l’extérieur, d’imposer son point de vue sur les autres pour limiter son ouverture ou modifier son patrimoine, sa culture et ses traditions ».
De tels agissements provoquent une crise économique aiguë, favorisent l’émigration d’un nouveau lot de forces vives libanaises, à la recherche d’un gagne-pain, et paralysent l’activité industrielle, commerciale et touristique, écrivent-ils. Les évêques font ici une allusion claire notamment au Hezbollah chiite.
Ne pas transformer à nouveau le Liban en champ de bataille des voisins
« L’Eglise maronite, soucieuse de l’unité du Liban et de sa pérennité, ainsi que du rôle des chrétiens et des maronites dans ce pays, peut-on lire dans ce communiqué élaboré après cinq heures de délibérations, ne saurait se permettre de rester les bras croisés face aux graves développements au Liban et dans la région, eu égard aux périls qui menacent le pays et son unité tout comme ils menacent le rôle des chrétiens ».
Les évêques maronites réitèrent leur son refus de voir le Liban « entrer dans le cercle des tiraillements régionaux et internationaux et quitter sa neutralité face à ces tiraillements, renouant ainsi avec sa tragédie d’être une scène de bataille pour les Etats et leurs intérêts ». Ils veulent finalement que le parlement retrouve son rôle, pour éviter que la crise ne dégénère dans la rue. (apic/or/be)
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