Rome: Prédication du Père Cantalamessa lors de la Passion du Christ
Rome, 9 avril 2007 (Apic) « Vous êtes l’espérance d’un monde plus humain », a déclaré le prédicateur de la Maison pontificale, le Père Raniero Cantalamessa, en s’adressant aux femmes. Le capucin italien s’exprimait, le Vendredi saint 6 avril, à l’occasion de la célébration de la Passion du Seigneur, présidée par Benoît XVI dans la basilique Saint-Pierre.
Lançant aux femmes qu’elles sont « l’espérance d’un monde plus humain », le Père Cantalamessa a ainsi souligné l’importance que s’ouvre, « pour l’humanité, une ère de la femme » qui soit « une ère du coeur, de la compassion ». Le capucin italien a ainsi souligné « l’exigence de faire plus de place à la femme », car « l’expérience quotidienne démontre que la femme peut nous élever vers le haut ». Admettant qu’elle « peut aussi nous précipiter vers le bas », il a toutefois estimé qu’elle « pouvait contribuer à sauver notre société de quelques maux invétérés qui la menacent », mentionnant notamment la « violence, la volonté de pouvoir, l’aridité spirituelle » ou la « dépréciation de la vie ».
Le Père Cantalamessa a expliqué qu’il fallait « éviter de répéter l’ancienne erreur gnostique selon laquelle la femme, pour se sauver, doit cesser d’être une femme et se transformer en homme », en regrettant que « les femmes aient fini par succomber » à cette erreur. « Pour affirmer leur dignité, elles ont parfois cru nécessaire d’assumer des attitudes masculines, ou de minimiser la différence des sexes, la réduisant à un produit de la culture », a-t-il argumenté.
« Notre civilisation, dominée par la technique, a besoin d’un coeur afin que l’homme puisse y survivre sans se déshumaniser », a alors lancé le prédicateur de la Maison pontificale. Pour lui, « nous devons donner plus d’espace aux ’raisons du coeur’, si nous voulons éviter que notre planète, alors qu’elle se réchauffe physiquement, ne retombe spirituellement dans une ère de glace ».
Pour cela, « la technique nous aide bien peu », a estimé Raniero Cantalamessa, soulignant que si l’on travaillait depuis longtemps « sur un type d’ordinateur qui pense », personne n’avait encore « émis la possibilité de créer un ordinateur qui aime, qui s’attendrisse, qui aille à la rencontre de l’homme sur le plan affectif, lui facilitant le fait d’aimer, comme il lui facilite le calcul des distances entre les étoiles ».
Seul l’amour délivre et sauve
Le capucin a aussi souligné qu’il « n’était pas difficile de comprendre pourquoi nous étions si anxieux d’accroître nos connaissances et si peu de notre capacité à aimer: la connaissance se traduit automatiquement en pouvoir, l’amour en service ». « Seul l’amour délivre et sauve, alors que la science et la soif de connaissance, à elles seules, peuvent mener à la damnation », a-t-il alors mis en garde.
Rappelant que nombreuses furent les femmes à être témoins de la mort et de la résurrection du Christ, le prédicateur de la Maison pontificale a également estimé qu’aucune femme n’était impliquée, « même indirectement, dans sa condamnation ». Les femmes pieuses des Evangiles ont « suivi les raisons du coeur ». « Celles-ci ne les ont pas trompées ».
Ces femmes pieuses ne sont pas seulement « à admirer et à honorer », elles sont aussi à « imiter », a-t-il souligné, remerciant « les nombreuses femmes, religieuses et laïques, qui sont aujourd’hui aux côtés des pauvres, des malades du Sida, des prisonniers, des rejetés de chaque catégorie de la société ». « Elles sont héritières des pieuses femmes », a-t-il conclu.
Traditionnellement, le prédicateur de la Maison pontificale prononce l’homélie de la célébration de la Passion du Vendredi saint. L’an dernier, il s’en était violemment pris aux écrits ’pseudo historiques’ sur Jésus-Christ, fustigeant le film tiré du roman à succès Da Vinci code qui s’apprêtait alors à sortir en salles, ou encore le texte de L’Evangile de Judas qui avait récemment été présenté aux Etats-Unis.
La pape se défait de ses insignes
Le pape, les épaules recouvertes d’une chasuble rouge – couleur de la Passion – a présidé la célébration, entouré de très nombreux cardinaux et évêques. En arrivant dans la basilique Saint-Pierre, il s’est allongé un long moment en silence, au pied de l’autel majeur, devant une croix en bois. Benoît XVI a enfin introduit le rite de vénération de la croix du Christ. Après avoir montré la croix à trois reprises aux fidèles, il a quitté les insignes de son pontificat: ses chaussures rouges, sa calotte blanche et sa chasuble. Il a alors embrassé les pieds de la croix, suivi des cardinaux, évêques, prêtres et de quelques fidèles. Après la communion, le pape a quitté la basilique en silence. Dans la soirée, Benoît XVI s’est rendu au Colisée pour présider le Chemin de croix.
Le bibliste italien Gianfranco Ravasi, choisi par Benoît XVI pour rédiger les méditations de ce Chemin de croix, a lui aussi mis les femmes au coeur de sa réflexion sur les derniers instants de la vie du Christ. « Autour de Jésus, souligne-t-il, jusqu’à sa dernière heure, se serrait une foule de mères, de filles et de soeurs. A côté de lui, nous imaginons désormais aussi toutes les femmes humiliées et violées, les femmes marginalisées et soumises à des pratiques tribales indignes, les femmes en crise et seules face à leur maternité, les mères juives et palestiniennes et celles de toutes les terres en guerre, les veuves et les vieilles oubliées par leurs enfants. C’est un long cortège de femmes qui témoignent à un monde aride et impitoyable du don de la tendresse et de l’émotion », écrit-il. (apic/imedia/ms/bb)
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