Brésil: Agents pastoraux, prêtres et évêques sur une «liste noire» en région amazonienne

Conflits de la terre et corruption dénoncés

Sao Paolo, 10 avril 2007 (Apic) A un mois de la visite du pape Benoît XVI au Brésil, l’inquiétude se fait sentir dans certains milieux engagés de l’Eglise catholique brésilienne. En effet, on note une recrudescence des menaces de mort visant agents pastoraux, prêtres et évêques militant pour la justice sociale et la protection de l’environnement. Une « liste noire » portant dix noms circule en effet dans la région amazonienne, d’après des informations de la pastorale sociale et du Secrétariat national des droits de l’homme.

Trois des personnes visées sont des évêques: Dom Erwin Kräutler, évêque de la prélature territoriale de Xingu, dans le Parana (il est protégé par des agents de la sécurité), Dom Geraldo Verdier, évêque de Guajara-Mirim, dans l’Etat de Rondônia (pour avoir dénoncé l’accaparement des terres et la torture exercée par la police), et Dom Antonio Possamai, évêque de Ji-Parana, dans le Rondônia (pour avoir dénoncé des cas de corruption).

L’Etat du Para, où la religieuse américaine Dorothy Mae Stang a été assassinée en 2005, est l’Etat du Brésil où l’on enregistre le plus grand nombre de menaces: cinq personnes mentionnées sur la « liste noire » y résident. Rondônia apparaît à la seconde place, avec trois noms, tandis que deux personnes menacées habitent le Mato Grosso.

Dans le collimateur des latifundistes et des « grileiros »

Dans la prélature de Xingu, qui comprend la commune d’Anapu, où vivait Soeur Dorothy, Mgr Erwin Kräutler est obligé, lors de ses visites pastorales, de se faire accompagner par un agent de sécurité de la Police Militaire. Le Frère dominicain et avocat Henri Burin des Roziers, engagé dans l’Etat du Para au sein de la Commission Pastorale de la Terre (CPT), doit faire de même.

A Alta Floresta, dans le Mato Grosso, une autre religieuse menacée de mort, Leonora Brunetto, une Brésilienne d’une soixantaine d’années, travaille également pour la CPT. Elle n’a pas voulu de la protection policière offerte par les autorités fédérales brésiliennes, estimant que toutes les personnes engagées devraient être protégées, notamment les dirigeants du Mouvement des Sans-Terre (MST).

« Il ne serait pas juste de laisser ces personnes en danger et de se mettre soi-même de côté. Les tueurs ne sont pas pressés. De toute façon, cela peut arriver aujourd’hui ou demain, mais cela va arriver », lâche-t-elle fataliste.

A Anapu, le Père Amaro de Souza, qui travaillait avec Soeur Dorothy, la religieuse assassinée, a également refusé d’être escorté par deux membres de la Police Militaire, car il aurait fallu assurer leur entretien et leur transport. « Nous n’avons pas de moyens pour cela », a-t-il précisé. Mais le prêtre dispose de plusieurs chiens pour assurer sa protection, car il est sur ses gardes: les « grileiros » qui falsifient les titres de propriété pour s’emparer des terres et qui ont assassiné la missionnaire américaine, sont toujours actifs dans la région. (apic/adital/be)

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