Entre 1,1 et 1,3 milliard de francs, selon une estimation prudente

Suisse: Une enquête chiffre les importants coûts économiques de l’illettrisme en Suisse

Jacques Berset, agence Apic

Berne, 12 avril 2007 (Apic) Pour la première fois, une enquête chiffre les coûts économiques de l’illettrisme en Suisse, et ils sont importants: entre 1,1 et 1,3 milliard de francs, selon une estimation prudente rendue publique à Berne jeudi 12 avril. Selon la Fédération suisse « Lire et Ecrire », qui présentait une étude sur ce phénomène qui devient aigu dans une économie de plus en plus sélective et globalisée, les faiblesses en lecture doublent le risque du chômage.

Ce problème touche environ 15 % de la population en Suisse, qui fait montre de faibles performances en littératie (capacités de l’individu à maîtriser l’écrit pour penser et communiquer). Tant la Confédération que les cantons sont interpellés!

Pour le socialiste vaudois Roger Nordmann, président de la Fédération suisse « Lire et Ecrire », à l’origine de l’enquête, l’illettrisme en Suisse n’est pas d’abord un simple problème économique: « c’est une question qui relève de la dignité humaine, et c’est également un problème d’intégration sociale! ».

Le conseiller national estime, suite à l’analyse commandée au bureau d’études bernois BASS (Büro für arbeits- und sozialpolitische Studien), que 600’000 actifs concernés en Suisse – soit un actif sur six – disposent de compétences très faibles en lecture et en compréhension écrite de textes schématiques. Cette catégorie de personnes est plus vulnérable, et il vaudrait la peine d’investir pour améliorer leur niveau de lecture pour leur permettre de mieux affronter les défis d’une société qui réclame toujours plus de compétences de ce type.

L’illettrisme n’est pas essentiellement un problème d’immigration

Le problème de l’illettrisme, comme l’a confié Roger Nordmann à l’Apic, n’est pas essentiellement un problème d’immigration: les trois quarts des personnes du groupe des 600’000 actifs concernés – qu’ils aient un travail ou qu’ils soient actuellement au chômage – ont suivi toute leur scolarité ou au moins la moitié de leur cursus scolaire en Suisse, indépendamment de savoir s’ils sont étrangers ou pas.

« Il ne s’agit pas d’abord d’un problème linguistique, insiste-t-il, c’est un problème dérivé du système de formation en Suisse et ensuite aussi de destins individuels qui a fait qu’ils n’ont pas acquis des compétences ou les ont perdues par la suite. Il n’y a que dans un quart des cas où les problèmes sont aggravés par le manque de connaissances linguistiques ».

L’étude montre clairement que le risque de tomber au chômage est deux fois plus élevé pour les faibles lecteurs par rapport à d’autres personnes qui ont les mêmes caractéristiques sociodémographiques, comme le niveau de formation, l’âge ou le sexe.

La Fédération suisse « Lire et Ecrire » réclame un engagement plus poussé dans ce secteur de la part des pouvoirs publics, interpellés pour en faire davantage dans la lutte contre l’illettrisme. Dans son étude sur l’ampleur et la nature des coûts économiques de l’illettrisme en Suisse, le bureau BASS, sur mandat de l’Office fédéral de la statistique, a étudié les données statistiques recueillies dans le cadre de l’enquête internationale « Adult Literacy & Life Skill Survey » (ALL). La démarche a été appuyée par la Fédération suisse « Lire et Ecrire » et co-financée par l’Office fédéral de la culture.

L’étude a principalement mis en évidence l’effet des faiblesses en lecture sur le risque de chômage des personnes actives professionnellement. Ce groupe inclut les personnes qui ont un emploi et celles qui sont inscrites au chômage, c’est à dire qui avaient récemment un emploi et en cherchent un nouveau. En 2003, le nombre de chômeurs ayant des lacunes en lecture s’élevait à 48’000, soit 36% du total des chômeurs. Sans leurs difficultés de lecture, ces personnes auraient une probabilité de chômage conforme à la moyenne, et leur nombre s’élèverait dans ce cas de figure à « seulement » 24’000 environ.

Il faudrait encore tenir compte des personnes à l’aide sociale

« Il y aurait donc théoriquement 24’000 chômeurs de moins. Ce surplus de chômage génère des coûts sous la forme d’indemnités de chômage, de perte de revenu (= différence entre salaire et indemnité de chômage) et de perte de recettes fiscales », a expliqué l’économiste Jürg Guggisberg, du bureau BASS. Le coût global de ce manque à gagner oscille entre 1,1 et 1,3 milliard de francs par an. C’est une estimation prudente, a-t-il souligné, car elle ne prend pas en compte le cas des personnes illettrées relevant de l’aide sociale ou s’étant complètement retirées du marché de travail.

Aux yeux de la Fédération suisse « Lire et Ecrire », un engagement plus déterminé des pouvoirs publics pour lutter contre l’illettrisme est absolument indispensable. Outre le renforcement de l’acquisition de ces compétences à l’école obligatoire, la Fédération estime qu’il faut clairement augmenter l’effort de formation des adultes en situation d’illettrisme. « Le jeu en vaut la chandelle sur le plan strictement économique, puisqu’un tel rattrapage coûte généralement entre 2000 et 6000 francs par personne selon les compétences à acquérir, d’après le coût effectif moyen des cours à « Lire et Ecrire », a insisté Roger Nordmann. Pour qui l’enjeu dépasse évidemment les simples considérations économiques, « car l’accès et la maîtrise de l’écrit sont importants pour l’intégration des individus dans la vie sociale et culturelle ainsi que pour l’exercice des droits civiques ».

Ces prochaines années, la Fédération suisse « Lire et Ecrire » revendiquera la mise en place d’une politique globale de lutte contre l’illettrisme, tant pour informer et sensibiliser le public que pour augmenter l’offre de formations de base pour adultes, en écriture et en lecture. Pour consulter l’étude et les résumés: www.lire-ecrire-suisse.ch (apic/be)

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