Rome: Benoît XVI estime pas suffisantes les théories de Darwin

Elles «ne suffisent pas à expliquer les origines de la vie»

Rome, 12 avril 2007 (Apic) Le pape Benoît XVI a estimé que les théories de Charles Darwin (1809-1882) sur l’évolution humaine n’étaient pas suffisantes pour expliquer les origines de la vie. C’est ce qu’il a écrit dans l’introduction à la publication des interventions prononcées lors du séminaire à huis clos organisé par le «Ratzinger-Schuelerkreis», à Castel Gandolfo, du 1er au 3 septembre 2006, sur le thème de «la création et l’évolution».

Le pape lui-même avait demandé que les conclusions de cette rencontre soient rendues publiques. C’est la maison d’édition allemande Suv qui a publié ce volume intitulé «Schoepfung und Evolution» (Création et évolution), le 11 avril.

La science «seule n’est pas en mesure d’expliquer les origines de la vie», a ainsi écrit le pape dans son introduction. L’origine de la vie, a-t-il expliqué, «ne peut pas avoir une explication scientifique parce que la science, malgré les ouvertures et les progrès acquis est toujours limitée». Quant à Darwin, «sa théorie sur l’évolution n’est pas totalement démontrable en laboratoire, parce que des mutations sur des centaines de milliers d’années ne peuvent pas être reproduites en laboratoire».

La science a ouvert tant de nouvelles voies à la raison, et nous a portés vers de nouveaux approfondissements, écrit le pape. Avant d’ajouter: «Mais dans la joie de l’expansion de ses découvertes, la science tend à porter, au-delà de nous, des dimensions de la raison même dont nous avons encore besoin». Pour le pape, les résultats de la science soulèvent des questions qui vont au-delà de ses règles méthodiques. Et les origines de la vie réclament toujours plus une dimension de la raison que nous avons perdue.

Promouvoir un dialogue entre la foi et la science

En septembre dernier, les quatre intervenants principaux de ce séminaire étaient Peter Schuster, le président de l’Académie autrichienne des sciences, un non catholique expert en biologie moléculaire évolutive, Robert Spaemann, philosophe en sciences politiques, l’un des grands spécialistes allemands de la modernité, le jésuite Paul Erbrich, professeur de philosophie de la nature à Munich, et le cardinal Schönborn, archevêque de Vienne. Leurs interventions, en allemand, ont été suivies de discussions avec les quelque 39 participants au congrès.

Si «aucune conclusion» n’a été tirée de cette réflexion de trois jours, comme l’avait confié à l’agence Reuters le père Joseph Fessio, un jésuite ayant pris part aux discussions, le groupe avait décidé de publier ses textes afin de montrer que les théologiens catholiques ne voient pas de contradiction entre leur croyance en la création divine et la théorie scientifique de l’évolution. Selon les participants au congrès, il s’agit en effet de promouvoir un dialogue entre la foi et la science sur les origines de la vie.

Le jésuite avait aussi rapporté que Benoît XVI avait pris part aux discussions, mais n’avait rien dit de différent par rapport à ses déclarations publiques sur la question, dans lesquelles il reconnaissait l’évolution comme un fait scientifique, mais argumentait sur le fait que Dieu a créé le monde et toute vie en lui.

Si le débat n’a fait qu’effleurer l’Europe ces derniers temps, aux Etats-Unis la polémique entre ’darwinistes’ et ’créationnistes’ fait rage. Ces derniers, qui prennent au pied de la lettre le récit biblique de la création du monde, contestent la théorie de Charles Darwin établissant que l’espèce humaine est le fruit d’une longue évolution.

Au-delà de l’Atlantique, ces mouvements fondamentalistes chrétiens cherchent à imposer dans l’enseignement scolaire la théorie de ’l’intelligent design’ (le dessein intelligent de Dieu).

Pas incompatible

Après avoir longtemps combattu Darwin, l’Eglise catholique considère aujourd’hui, avec quelques réserves, que la théorie de l’évolution n’est pas incompatible avec son enseignement. Elle s’inquiète pourtant de l’influence du darwinisme social et des théories sur l’évolutionnisme économique en matière d’éthique sociale et médicale. La «sélection naturelle» est inacceptable pour la doctrine sociale de l’Eglise.

Dès la première messe de son pontificat, en avril 2005, Benoît XVI avait abordé ce sujet. Les hommes ne sont pas «le produit accidentel et dépourvu de sens de l’évolution», avait alors expliqué le nouveau pape, précisant que «chacun de nous est le fruit d’une pensée de Dieu». Un an plus tard, en avril 2006, devant les jeunes du diocèse de Rome, le pape avait expliqué en quoi le christianisme avait fait «l’option de la priorité de la raison créatrice au début de tout et principe de tout». Il avait ainsi rejeté la seconde option possible, celle de «la priorité de l’irrationnel selon laquelle tout ce qui fonctionne sur la Terre et dans nos vies serait seulement occasionnel et un produit de l’irrationnel». APIC

Encadré

Le «Ratzinger-Schuelerkreis»

Les rencontres entre le professeur Ratzinger et ses anciens élèves remontent à 1970, lorsque ce dernier enseignait à Ratisbonne (Allemagne) et voulut, selon ses propres termes, organiser «une communauté informelle de jeunes gens». Le professeur de théologie avait alors proposé un cours d’été d’une semaine, durant lequel, chaque jour, la vie de communauté, joyeuse et décontractée, fécondait aussi la discussion théologique et la prière commune. Ces rencontres se sont poursuivies lorsqu’il a été nommé archevêque de Munich (1977), puis lorsqu’il a pris la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi (1981). Le cercle des anciens élèves de Joseph Ratzinger est coordonné par le père Stephan Horn, ancien professeur de théologie fondamentale à l’université de Passau (Allemagne).

Lors de la rencontre de 2004, le groupe de travail estival s’était donné rendez-vous un an plus tard pour parler du «concept de Dieu dans l’Islam». Elu pape en avril 2005, Joseph Ratzinger avait alors maintenu cette rencontre, invitant ses anciens élèves à le retrouver à Castel Gandolfo au début du mois de septembre 2005. Une expérience renouvelée en septembre 2006 sur le thème de la «création et évolution». (apic/imedia/hy/pr)

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