Bâle-Ville: Réflexions de Xaver Pfister sur l’Eglise catholique en crise

«Personne ne vit cela comme une vision d’avenir»

Par Josef Bossart / Traduction Jacques Schouwey/ Apic

Bâle, 13 avril 2007 (Apic) L’Eglise catholique en Suisse ferait bien de suivre avec attention ce qui se passe actuellement à Bâle. Sur fond de sorties d’Eglise massives, l’Eglise catholique romaine de Bâle-Ville (RKK) cherche dans la douleur de nouvelles voies. L’agence de presse Apic en a parlé avec le théologien Xaver Pfister (60 ans), responsable de l’information de la RKK.

«Fermé pour cause de transformation», tel est le panneau placé devant le grand chantier, dissimulé par des pans de tissu. Le jour du dévoilement est pourtant dégrisant: n’apparaît alors qu’une simple petite cabane en bois. C’est cette vision d’effroi personnel à laquelle songe Xaver Pfister, lorsqu’il pense au concept de «Vision 2015» de l’Eglise catholique romaine à Bâle. Dans ce document, l’Eglise de la ville rhénane tire les conséquences de la diminution galopante de ses membres.

Le parlement de l’Eglise catholique romaine de Bâle-Ville a voté, le 27 mars dernier, le concept cadre qui définit les conditions de la planification financière de l’Eglise jusqu’en 2015. Selon ce plan, les dépenses doivent baisser de 30%. Chaque secteur devra participer à cette mesure d’économie: les paroisses de langue allemande, les paroisses d’autres langues et les missions linguistiques, les services de l’Eglise cantonale (enseignement religieux, aumôneries d’hôpitaux, etc.) et les services centraux (administration, information).

En 1975, Il y avait 90’000 croyants catholiques à Bâle-Ville. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 31’000. La diminution incombe pour une part importante aux sorties d’Eglise. Dans les années 80, ce sont en moyenne et par année 5% des membres qui ont quitté l’Eglise. La tendance fléchit légèrement. L’année passée, on a compté «seulement» 1,5% de sorties. Une étude de l’Office de la statistique du canton de Bâle-Ville arrive cependant à la conclusion qu’en fonction du développement démographique, l’Eglise catholique romaine de Bâle ne comptera en 2020 plus que 20’000 membres.

Vision? Un «trompe-l’oeil»

Pour l’Eglise bâloise, la constante baisse des membres signifie qu’il faut faire des économies. «Dans les 8 années à venir, on disposera de 50% de moyens financiers en moins qu’avant la première vague d’économies, dit Xaver Pfister. Cela a des conséquences massives sur l’actuelle transformation de l’Eglise. Ce ne sont pas des considérations spirituelles ni des analyses sociologiques qui ont fait pencher la balance en faveur de l’élaboration de «Vision 2015″, mais la pression financière.»

Vu sous cet angle, le discours sur une «vision» est un «trompe-l’oeil», selon X. Pfister. On fera simplement désormais des économies de 30% de manière linéaire dans les quatre secteurs (paroisses, services cantonaux, enseignement religieux, administration). «Personne ne perçoit cela comme une «vision d’avenir». Mais d’un point de vue réaliste, il n’est pas possible de faire autrement», commente notre interlocuteur. La direction du décanat (l’organe directeur de la pastorale à Bâle-Ville) pense tout de même pouvoir mettre des accents à l’intérieur des quatre secteurs concernés. Dans la concrétisation du plan de développement pastoral du diocèse de Bâle (PEP), la «Vision 2015» voit la création d’unités pastorales et ainsi une collaboration plus étroite des paroisses.

Collaborer, mais pas fusionner

La fusion de paroisses proposée dans les mesures précédentes d’économies se heurtait à une opposition acharnée à deux exceptions près. Le Conseil de l’Eglise (l’organe de direction de la RKK à Bâle) voudrait cependant poursuivre dans la voie des fusions de paroisses.

Cette question soulève justement, pour le responsable de l’information de l’Eglise, un problème de fond. Les pouvoirs de décision de l’Eglise à Bâle s’accrochent, à son avis, encore fortement à l’image d’une Eglise orientée vers les paroisses. Mais cette image n’est pas partagée par la grande majorité de la population ni par bon nombre de membres de l’Eglise, si l’on compte aussi parmi eux les «membres passifs» qui ne sont pas engagés dans le cercle des paroisses.

Paroisses ou refuges temporaires?

Les paroisses sont, à vrai dire, dans le christianisme comme un «archétype religieux» et symbolisent la maison. Mais le développement contemporain va à l’encontre de cette conception. Toujours plus d’êtres humains font, dans leur chemin de vie, le tour d’horizon des «possibilités de refuge» temporaires, et entretiennent un rapport à l’Eglise simplement épisodique.

Aux yeux du théologien bâlois, il y va d’une décision de principe: «Essayons-nous d’être une Eglise qui demeure présente dans les champs de communication de la société? Ou sommes-nous en train de créer une propre subculture, auquel cas l’Eglise retourne à la sacristie?»

Ne pas prendre congé de l’école

Pour X. Pfister, l’Eglise ne doit pas, par exemple, renoncer à l’enseignement religieux dans les écoles publiques. «Si l’on regarde cela de manière intelligente, on a à l’école un environnement où l’on peut sensibiliser la jeunesse aux questions religieuses.» A Bâle-Ville, où l’Eglise et l’Etat sont séparés, cet enseignement est depuis quelques années perçu de manière oecuménique. Il est aussi financé de manière oecuménique. L’Etat met à disposition les salles de classe et le temps nécessaire dans le calendrier scolaire. Aussi bien le Conseil de l’Eglise que l’assemblée des décanats tiennent à ce modèle.

Ce que désire une partie des croyants, à savoir la réalisation d’un enseignement religieux confessionnel dans les paroisses, ne fonctionne plus aujourd’hui. Seuls quelques «enfants pieux» fréquenteraient encore un tel enseignement. Mais une telle solution conduirait, selon le théologien, à la disparition progressive de la religion comme thème à l’école. D’autres champs importants de communication sociale existent, affirme X. Pfister, comme par exemple l’université, l’industrie ou l’hôpital, qui ont besoin d’aumôniers compétents et bien intégrés au milieu.

Pas de discussions ouvertes

Ouverture aux contextes de communication de la société ou recentrage de l’Eglise dans les paroisses: ces deux modèles s’élèvent maintenant l’un contre l’autre, aux yeux du théologien bâlois. Mais, comme souvent dans l’Eglise, aucune discussion ouverte n’a lieu à ce sujet, déplore-t-il.

Au lieu de cela, on en vient à biaiser et à faire jouer les coudes. Les économies sont naturellement toujours douloureuses, parce que des personnes sont aussi concernées. Malheureusement le dialogue sur le plan concret n’est qu’embryonnaire. Il est encore plus déplorable qu’actuellement, entre les diverses tendances à l’intérieur de l’Eglise à Bâle, il n’y ait pas de «base spirituelle commune», selon Xaver Pfister.

Il est vrai qu’il est difficile de parler, dans la situation actuelle, d’une chance, mais on devrait pouvoir se dire: «Nous traversons cette crise. Et l’Esprit de Dieu est peut-être aussi présent dans une telle situation.»

Le responsable de l’information comprend certes que les croyants aient vraiment à coeur leurs paroisses. Certains, par exemple, ont, suite à un voeu émis lors de la dernière Guerre mondiale, rendu possible par leur contribution personnelle la construction de l’église Saint-Michel. Mais il estime que dans le contexte social actuel, une paroisse ne peut plus être «tout pour tous», selon l’expression de saint Paul. C’est pourquoi il faut avoir le courage de davantage emprunter des voies de recherche et de faire de nouvelles expériences dans l’Eglise, des expériences où l’échec doit être permis.

Des centres d’Eglise spécifiques au milieu

Dans le contexte urbain de Bâle, où les gens ne vivent presque plus dans leurs quartiers, il est nécessaire d’augmenter le nombre de centres d’Eglise qui soient spécifiques au milieu dans lequel elles se trouvent. Ici, une paroisse avec une «grande liturgie» et beaucoup de musique classique, là une Eglise plutôt populaire ou plus intellectuelle. Ici une paroisse à la teinte charismatique, là une paroisse avec des offres spécialement destinées aux familles. Et l’Eglise doit aussi naturellement offrir quelque chose aux personnes qui ne peuvent s’identifier à 100% avec elle, mais qui voudraient peut-être s’engager dans le diaconat ou participer à la vie monastique.

Même un tout petit peu membre de l’Eglise?

La question de l’appartenance à l’Eglise est pour Xaver Pfister une question centrale aujourd’hui. Peut-il y avoir différentes formes de communauté ecclésiale? L’étude sur l’image de l’Eglise à Bâle (1999) a révélé le fait étonnant que 25% des membres de l’Eglise ne lui accordent aucun intérêt particulier, mais restent membres de l’Eglise. Ce sont des gens qui soutiennent l’Eglise, mais qui ne revendiquent pas ses services ni ne veulent appartenir à une communauté. «Il est faux de dire, selon Pfister, que nous constituons aujourd’hui l’Eglise avec des personnes qui s’identifient à 100% avec elle. Comme formateur d’adultes, je fais l’expérience, dans mes cours de religion, que beaucoup de personnes se sentent appartenir à l’Eglise, mais si l’on devait appliquer la norme de la croyance correcte, il n’y aurait presque plus personne qui pourrait vraiment appartenir à cette Eglise.» La déduction qu’en tire Pfister: L’Eglise ne peut se construire aujourd’hui que si l’on prend vraiment au sérieux la pluralité de la réalité. JOB/JS

Encadré

Motifs de sortie d’Eglise

Dans le canton de Bâle-Ville, l’impôt ecclésiastique relève d’un acte volontaire. Il n’est pas inclus dans les impôts cantonaux, mais est demandé séparément au mois de mars. Celui qui sort de l’Eglise n’en donne la plupart du temps pas la raison, selon Xaver Pfister. La cause en est cependant souvent le budget financier personnel. Mais il y a aussi des cas où le cap pris par l’Eglise est donné comme motif. A Bâle, ce sont environ 35 personnes qui sont sorties de l’Eglise lors de l’élection du pape Benoît XVI. Et le cas de l’abbé Sabo à Röschenz, qui a fait beaucoup de bruit, a eu pour conséquence jusqu’à aujourd’hui la sortie de 50 personnes. JOB/JS

Encadré

Apprendre du cas de Bâle

La situation difficile de l’Eglise à Bâle devrait assurément être une leçon pour l’Eglise des autres régions de la Suisse, affirme Xaver Pfister. Les temps encore – pour la plupart – propices qui y règnent devraient être utilisés à la création d’un bon climat de communication à l’intérieur de l’Eglise. En cas de ressources financières serrées, les conflits et les luttes d’intérêt deviennent rapidement inévitables. Plus les décisions peuvent être discutées et portées par une majorité, plus elles peuvent être mises en pratique. Cela suppose cependant que le personnel de l’Eglise, et plus particulièrement les ecclésiastiques, soient mieux formés à ces processus de changement. JOB/JS

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