Genève: Derrière la Grande Mosquée de Genève, La Ligue islamique mondiale
Genève, 19 avril 2007 (Apic) La Ligue islamique mondiale, basée à La Mecque, en Arabie Saoudite, tire les ficelles derrière l’incident de la Grande Mosquée de Genève, dont la direction vient d’être licenciée. C’est ce qu’affirme Samir Amghar, chercheur de l’Ecole des Hautes études en sciences sociales à Paris, cité par le quotidien romand « Le Temps » du jeudi 19 avril.
La Ligue islamique mondiale (LIM) fonctionne « un peu comme le Vatican », en étant au centre d’un réseau mondial chargé de défendre l’orthodoxie religieuse de la foi musulmane », écrit Samir Amghar, cité par « Le Temps du 19 avril ». Lequel? L’islam sunnite. L’organisation, qui possède 140 représentations dans le monde et une cinquantaine de mosquées, a un statut d’observateur aux Nations Unies et dans d’autres organismes de l’ONU.
Selon ce chercheur, la Ligue est financée par Ryad. Ce qui explique sans doute que le changement de têtes à Genève ait été exécuté par le consulat général d’Arabie saoudite à Genève. Il ajoute qu’à son sens, on peut parler d’ »organisation infra étatique » en ce qui concerne la Ligue islamique mondiale.
Ses ramifications en Europe remontent à la fin des années 70, avec l’arrivée de communautés musulmanes immigrées. Ce qui lui fait choisir Genève et Bruxelles comme lieux de premières mosquées. Le chercheur rappelle la vision fondamentalement antagoniste de la société entre les cultures musulmane et chrétienne. « L’Europe défend la séparation de l’Eglise et de l’Etat alors que la Ligue islamique mondiale rejette totalement cette idée ».
Il précise que « la foi défendue par l’organisation est inspirée – entre autres – par le wahhabisme d’Arabie saoudite (Ndlr. le wahhabisme désigne la doctrine du salafisme, forme rigoriste de l’islam sunnite).
Derrière la nomination brutale d’un nouveau directeur à la Grande Mosquée de Genève et les quatre limogeages qui ont suivi, fin mars, on voit la main de La Ligue islamique mondiale, et derrière elle, de l’Arabie saoudite.
Les chancelleries occidentales devenues prudentes
Le Département fédéral de justice et police lui-même a refusé une demande de permis de travail qui illustre une certaine méfiance en général des chancelleries occidentales vis-à-vis de la Ligue islamique mondiale. Cette dernière, par le biais de la Mosquée de Genève, souhaitait nommer son représentant auprès des organisations internationales à Genève, Ismet El-Bahiti. L’office de la Confédération a donné un préavis défavorable au permis de travail demandé. Après avoir beaucoup tardé à répondre à la demande de permis de séjour et de travail, elle a notifié son opposition le 6 décembre 2002, dans une lettre de l’Office des migrations.
Selon le quotidien « Le Temps » du 12 avril, l’Office fédéral aurait justifié son opposition arguant du fait qu’ Ismet El-Bahiti représente officiellement la Ligue islamique mondiale à Genève, alors que cette organisation n’est rien d’autre qu’ »un instrument saoudien de campagne internationale visant à propager le salafisme d’Arabie saoudite ». Un instrument, dont le site internet contient des affirmations allant « à l’encontre de l’ordre juridique et de principes démocratiques ». Selon le quotidien de Genève, la note se basait sur « des documents au contenu anti-occidental, anti-pluraliste, hostile à l’intégration, antisémite ou assimilable à une théorie du complot ».
Liens étroits avec la Ligue islamique mondiale
La Fondation culturelle islamique dirige à Genève, dans le quartier du Petit-Saconnex, un complexe composé de la plus grande mosquée de Suisse romande, d’une école et d’un centre culturel. Inaugurée en 1978 par le roi d’Arabie saoudite lui-même, en présence des autorités et du chef du Département fédéral des affaires étrangères, Pierre Aubert, elle est régie par le droit suisse. Elle reste très étroitement liée à l’organisation qui l’a créée, la Ligue islamique mondiale, basée à La Mecque et chargée de financer, d’ouvrir, d’entretenir de par le monde des lieux de culte sunnites orthodoxes.
Pour sa part, le très médiatique ex-porte-parole de la Grande Mosquée, Hafid Ouardiri affirme ne pas vouloir croire que « la Ligue islamique mondiale comme institution, ou l’Arabie saoudite comme Etat, soient derrière l’opération ».
Récemment, dans le procès fait au magazine satirique français Charlie Hebdo sur les retombées de l’affaire des caricatures de Mahomet, et après la « relaxe » accordée en faveur du magazine, une organisation musulmane a fait appel: la Ligue islamique mondiale. Dans un communiqué, elle déclarait: « Il s’agit d’une question de principe et la Ligue islamique mondiale (LIM) pense que les juridictions supérieures ne pourront faire deux poids et deux mesures dans les questions touchant aux injures raciales (…). La LIM se ménagera, dit-elle, l’accès à la Cour européenne des Droits de l’Homme, en cas de déboutement généralisé par les Cours françaises ». (apic/temps/ag/monde/vb)
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