Amérique latine: Journée de l’indigène
Brasilia, 22 avril 2007 (Apic) Plus de ressources pour protéger les terres ancestrales face à l’avancée de l’agrobusiness et garantir l’accès à l’assistance sanitaire ont demandé au président Luis Inácio Lula da Silva 1’500 indigènes provenant de tout le pays, installés en campement sur l’esplanade des ministères de Brasilia, à l’occasion des célébrations de la Journée panaméricaine de l’Indigène.
Les représentants de ces peuples indigènes brésiliens ont accueilli avec satisfaction au Palais présidentiel de Brasilia les six décrets signés lors de ce rendez-vous par le président Luiz Ignácio Lula da Silva – à l’occasion de la Journée panaméricaine de l’Indien -. Ces décrets délimitent et légalisent leurs terres ancestrales.
«Le gouvernement prêtera plus d’attention aux problèmes des indigènes et il fera ce qu’il n’a pas réussi à réaliser au cours du premier mandat (2003-2006, ndlr): améliorer la qualité de vie des tribus en respectant leur culture et en leur donnant les conditions de vivre dignement» a dit Lula. Les décrets en question concernent un total de 978’000 hectares de terres dans les régions amazonienne, au nord-est et au sud du Brésil, et dans certains cas les communautés attendaient depuis plus de 30 ans la signature du président. Comme prévu par la Constitution de 1988, les mesures adoptées reconnaissent formellement aux indigènes la possession permanente de six territoires: Apyterewa, au peuple Parakana, dans l’État amazonien du Pará; Entre Serras et Pankaratu, appartenant aux Pankararu, dans l’État nord-oriental de Pernambuco; Itixi-Mitari, du peuple Apurina, dans l’État d’Amazonas; Las Palmas, du peuple Kaingang, entre les États sud-orientaux du Paraná et de Santa Catarina; Wassu Cocal, du peuple Wassu, dans l’État nord-oriental d’Alagoas. «Les indigènes ne sont pas les intrus sur cette terre, mais c’est nous qui le sommes» a ajouté Lula. Selon le ministère de la Justice, sans compter les terres régularisées par ces derniers décrets, le gouvernement Lula a déjà délimité 71 territoires indigènes pour un total de 16 millions d’hectares.
Spoliation
Au Brésil, la Journée des indigènes s’insère dans le cadre de celles du mois d’avril consacrées aux indigènes. Les Guaraní-Kaiowá du Mato Grosso do Sul – l’un des 241 peuples autochtones brésiliens recensés par le Conseil indigéniste missionnaire (Cimi) sont ceux qui subissent le plus dramatiquement la spoliation de leurs terres d’origine. Le taux de malnutrition est particulièrement élevé parmi les enfants. Les conflits avec les «posseiros» (possédants illégaux) et les «fazendeiros» (grands propriétaires fonciers), ont fait 50 victimes en 2006.
Dans un document remis le 19 avril à Lula, les représentants de tous les peuples autochtones du Brésil – au total 734’131 individus parlant 180 langues – ont exigé du président un engagement plus ferme pour le respect de leurs droits inscrits à la Constitution de 1988, en particulier sur la question de la démarcation des terres ancestrales, territoires dont les ressources naturelles attirent les intérêts de grands propriétaires et industriels brésiliens et étrangers.
La Constitution brésilienne reconnaît aux Indiens la possession permanente de ces terres, avec un droit à l’exploitation exclusive des richesses de son sol, des cours d’eau et des lacs qui s’y trouvent. La lutte pour l’autodétermination, le multiculturalisme, la participation sociale et politique lie tous les peuples indigènes latino-américains, comme cela a été rappelé à l’occasion du III ème sommet continental des peuples et des nationalités indigènes des Amériques, tenu en mars à Iximché (»terre du maïs» en langue maya) au Guatemala.
Huit indigènes latino-américains sur 10 – sur un total de 28 millions de personnes – vivent dans la pauvreté, sans accès aux terres fertiles ou à un emploi dignement rémunéré, selon une récente étude de la Banque mondiale qui attribue les causes de cette situation à «l’exclusion sociale historique» des autochtones du continent. «Nous avons suffisamment grandi et mûri pour conduire nous-mêmes nos peuples sur la voie du développement» avait dit à Iximché le ministre bolivien des Affaires Étrangères, David Choquehuanca; depuis la capitale de l’antique royaume Kakchikel, située à 90 kilomètres à l’Ouest de Guatemala ciudad.
Rappel: le 19 avril 1940, à Pátzauaro, au Mexique, le 1er Congrès indigène interaméricain fut organisé avec pour objectif la sauvegarde et la perpétuation des cultures autochtones continentales. Pour la première fois dans leur histoire, les représentants des populations indigènes se réunirent et illustrèrent leur situation sociale, économique et culturelle, élaborant un document commun. Depuis lors, le 19 avril a été choisi comme date pour célébrer la Journée panaméricaine de l’indigène. Les communautés autochtones du continent déclarent se battre pour «ne pas être identifiées comme un monument du passé mais comme des acteurs d’un présent fort».
Depuis, juste avant et après la date du 19 avril, nombre de pays d’Amérique latine organisent des événements et des manifestations qui, comme dans le cas du Brésil, peuvent durer tout le mois.
Selon Misna, contrairement aux prévisions les plus pessimistes, qui prévoyaient son extinction d’ici l’an 2000, la population indigène brésilienne est passée de 294’000 individus en 1991 aux 734’131 actuellement, répartis en 241 peuples parlant 180 langues. Les ethnies indigènes totalisaient de 1 à 3 millions d’individus en 1500, lors de la découverte du Brésil par les Portugais. (apic/misna/pr)
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