Fribourg: Caritas, un nouveau souffle pour un service indispensable

Apic interview

Une institution totalement engagée pour les plus démunis

Jacques Berset et Jacques Schouwey, agence Apic

Fribourg, 30 avril 2007 (Apic) Caritas canton de Fribourg à la rue du Botzet – à ne pas confondre avec Caritas Suisse, également présente à Fribourg avec un bureau de consultation juridique et un service d’aide aux réfugiés – est dirigée depuis novembre dernier par la Tessinoise Petra Del Curto. Notre interview.

Caritas est dès ses origines le service social de l’Eglise catholique et l’on trouve, outre la Caritas cantonale, des sections actives dans les districts de la Gruyère, de la Veveyse et de la Broye, grâce à l’investissement de nombreux bénévoles.

Née dans le prolongement du Bureau de Charité aux dimensions cantonales et diocésaines créé par Léon Genoud en 1919, Caritas-Fribourg allait devenir en 1943 une section de Caritas-Suisse. L’oeuvre d’entraide, qui avait fait sa traversée du désert il y a une bonne décennie (elle avait été dissoute en 1994 après une débâcle financière mémorable), a aujourd’hui redressé la barre.

Apic: Quels sont les services offerts par Caritas Fribourg ?

Petra Del Curto: Trois secteurs constituent notre activité: la consultation sociale, la coordination des réseaux et bénévolat, et la gestion des dettes et désendettement. Ce dernier service (SD) est géré par des professionnels formés à cette problématique. Il a suivi en 2006 des personnes endettées pour un montant global de plus de 10 millions de francs, dont près de 3 millions de dettes fiscales.

Le SD est le seul service public spécialisé en matière de gestion de dettes et de désendettement actif dans le canton de Fribourg. Ses services sont gratuits, contrairement aux services privés de ce type.

Apic: Quelle est la place de Caritas dans le domaine social, alors qu’existent déjà les services sociaux régionaux gérés par les communes?

PDC: Notre service de consultation sociale joue un rôle de complémentarité avec les autres services sociaux publics et privés. Il intervient notamment pour les personnes en difficultés financières mais qui sont tout de même dans une situation qui ne leur donne pas droit à un complément d’aide sociale.

Caritas joue alors un rôle subsidiaire: elle intervient par un accompagnement social individuel et prend en charge des personnes qui ne peuvent plus entrer dans le cadre des institutions sociales officielles. Ces personnes nous sont en partie envoyées par ces services, par les Conférences de Saint-Vincent-de-Paul, et en partie viennent d’elles-mêmes nous voir. Nous offrons une aide d’urgence et ponctuelle. Nous donnons également des conseils. Il nous appartient enfin de réorienter ces personnes vers les réseaux de services sociaux existants.

Apic: Quelle est votre clientèle?

PDC: A la permanence du samedi matin, à nos bureaux ouverts de 10h00 à 11h30, de la nourriture est distribuée aux personnes dans le besoin qui se présentent. Notre garde-manger est essentiellement fourni par les congrégations religieuses de Fribourg, qui nous mandatent pour servir de «guichet» pour toutes les personnes dans le besoin.

12 bénévoles travaillent à ce service, à raison de 2 personnes par matinée. Les bénéficiaires sont avant tout des hommes: 107 contre 31 femmes en 2006. L’âge des demandeurs va de 31 à 45 ans. Ce sont soit des gens sans travail, des saisonniers, ou encore des gens travaillant à temps partiel ou sur mandat. Beaucoup de célibataires ou de personnes vivant seules viennent à la permanence. Suisses ou étrangers dans une proportion presque égale, ils sont domiciliés à Fribourg ou sans domicile fixe.

On dénombre 378 visites à la permanence pour 2006, mais elles varient de 2 à 15 selon les samedis, les fins de mois étant les moments où les gens viennent le plus. Pour pallier les difficultés de certains, notamment en ce qui concerne le logement ou la nourriture, des bons pour «La Tuile» ou «Banc public» sont distribués. Il faut noter que les gens qui viennent nous voir doivent présenter leurs papiers, ceci afin d’éviter tout abus.

Apic: Y a-t-il de nouvelles formes de pauvreté?

PDC: Oui. Nous assistons à un appauvrissement de la classe moyenne inférieure, de nombreuses personnes n’arrivant pas à boucler les fins de mois. La précarisation des conditions de travail (par ex. le travail temporaire ou sur appel) a pour conséquence que de plus en plus de familles doivent vivre avec des revenus non seulement faibles, mais également très irréguliers ou incertains. De plus, la précarisation marque de nombreux jeunes qui s’endettent et ne savent comment s’en sortir. Des familles avec enfants se trouvent aussi dans cette situation.

Apic: Comment fonctionne la consultation sociale ?

PDC: Pour mener à bien le suivi des situations sociales difficiles, Caritas Fribourg bénéficie de tout un réseau de partenaires: le Réseau Caritas, les services sociaux régionaux, le service social cantonal, les services administratifs cantonaux, les fondations, diverses organisations privées. Pour l’année 2006, il y a eu 311 consultations de personnes de tous âges, mais essentiellement de la tranche des 25-50 ans. Caritas joue un rôle complémentaire aux côtés des autres services sociaux publics et privés.

Apic: Caritas fait appel au bénévolat, qu’est-ce à dire?

PDC: En partenariat avec Caritas Fribourg, des Caritas régionales poursuivent les objectifs de l’institution: Caritas Veveyse avec 5 bénévoles, Caritas Gruyère qui compte 28 bénévoles, et le Relais de Tours, dans la Broye, avec 10 personnes bénévoles. Ces bénévoles recourent à Caritas Fribourg, de manière différenciée et selon leurs besoins. Pour l’Accueil du samedi à Fribourg, nous pouvons compter sur 12 personnes, et en outre 3 autres bénévoles travaillent directement dans nos locaux.

Caritas veut promouvoir la collaboration avec les institutions religieuses (paroisses, couvents et les autres oeuvres d’entraide), créer des réseaux de bénévoles pour la réalisation des objectifs de Caritas, créer et renforcer des organismes d’entraide dans les paroisses ou les secteurs pastoraux afin de coordonner et promouvoir les activités de diaconie de l’Eglise, viser l’indépendance financière des groupes.

Elle cherche aussi à proposer des formations aux bénévoles du milieu de l’Eglise et à promouvoir le bénévolat dans le canton en collaboration avec d’autres organismes sociaux travaillant avec des bénévoles.

Apic: Combien de personnes travaillent-elles à Caritas Fribourg?

PDC: Actuellement, Caritas Fribourg, l’équivalent de 5 OE postes à plein temps constitue le personnel salarié de notre institution, réparti de la manière suivante: la directrice (90%), une secrétaire comptable (40%), un assistant social (80%) pour la consultation sociale et le bénévolat; quatre assistants sociaux (60%, 75%, 50%, et 40%), un avocat (30%) et une secrétaire (50%) pour la gestion des dettes et le désendettement. En plus, nous avons l’appui régulier d’une assistante sociale bénévole.

L’ouverture d’une nouvelle prestation d’aide à la gestion de budget dès septembre 2007 a nécessité l’engagement d’une assistante sociale à 60%. Avec cette aide à la gestion de budget, Caritas Fribourg veut offrir un accompagnement et des outils aux personnes afin qu’elles puissent garder la maîtrise de leur budget et faire face aux difficultés financières qui peuvent surgir. Il s’agira de les aider à éviter de tomber dans une situation d’endettement.

Apic: Quelles sont les sources de revenus de Caritas Fribourg?

PDC: Comme institution rattachée à l’Eglise catholique, nous recevons des subventions de la Corporation ecclésiastique cantonale (CEC), à hauteur de 145’000 francs pour 2007. Les dons individuels viennent aussi alimenter notre caisse. Les collectes officielles sont importantes, 47’230 francs en 2006. Mais il y a aussi des collectes spontanées (27’000 francs) et les cotisations des paroisses membres et des membres individuels qui ont rapporté 16’000 francs l’an passé. Nous effectuons aussi des campagnes par mailing, mais elles n’ont pas encore eu le succès espéré.

Le plus grand soutien dont nous bénéficions vient de l’Etat de Fribourg qui, par la Direction de la santé et des affaires sociales, nous verse 350’000 francs. En effet, l’Etat reconnaît Caritas canton de Fribourg comme service spécialisé aux termes de la LASoc dans la question du désendettement. Grâce au soutien important de la Loterie Romande, Caritas Fribourg a pu développer les années passées ses compétences en matière de gestion de dettes et de désendettement, avant que l’Etat ne l’inclue dès 2007 dans son budget ordinaire. En tout, le budget global de l’institution tourne autour d’un million de francs.

Apic: Arrivez-vous à financer votre service avec ces recettes?

PDC: Nous avons un déficit structurel et nous devons, pour couvrir nos charges, puiser dans les réserves..

Apic: Mais elles ne sont pas inépuisables..

PDC: Non, mais en donnant une image nouvelle de Caritas et en faisant connaître notre engagement au service des plus pauvres, nous sommes convaincus que nous trouverons les moyens financiers nécessaires pour l’accomplissement de notre mission. JB/JS

Encadré

Petra Del Curto, de multiples cordes à son arc

La Tessinoise Petra Del Curto, originaire de Bellinzone, est entrée en fonction comme directrice de Caritas Fribourg en novembre 2006. Titulaire d’une licence en lettres de l’Université de Fribourg, elle a poursuivi ses études par l’obtention en 2003 d’un master en administration publique de l’IDHEAP, à Chavannes-près-Renens, voisine de Lausanne. Elle a travaillé durant 3 ans à l’Administration fédérale des finances. Petra Del Curto a été durant 4 ans déléguée à la prévention des dépendances et promotion à la santé au Département de la santé et des affaires sociales du canton de Fribourg. Elle est mère d’une fille de 14 ans. JS

Encadré

Caritas, l’oeuvre d’entraide des catholiques de Suisse

Caritas Suisse est une oeuvre sociale autonome des catholiques de Suisse. Elle procure son aide sans tenir compte de la religion, des convictions ou de la nationalité. Comme elle le précise dans ses documents de base, Caritas recherche «la collaboration de tous les êtres de bonne volonté».

Caritas Suisse est une association soutenue par de nombreuses organisations et mouvements qui pratiquent un engagement social et chrétien. Elle est l’office central de 16 Caritas Régionales: Argovie, Bâle, Berne, Fribourg, Genève, Grisons, Jura, Lucerne, Neuchâtel, Soleure, St-Gall, Tessin, Thurgovie, Valais, Vaud et Zurich. Ces Caritas Régionales accomplissent le travail social dans leur région.

Caritas Suisse est membre actif de Caritas Internationalis, un réseau de plus de 160 organisations catholiques d’aide, de développement et de service social actives dans le monde entier, travaillant pour construire un monde meilleur, spécialement en faveur des pauvres et des opprimés. L’action de Caritas représente ainsi l’une des chaînes les plus étendues d’organisations non gouvernementales (ONG) dans le monde. (apic/be/js)

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