Tous malades de l’autorité!

Genève: Session pastorale oecuménique à Genève du 26 avril

Genève, 1er mai 2007 (Apic) Thème «explosif» qu’ont choisi les organisateurs de la session annuelle de formation oecuménique de Genève le 26 avril: l’autorité doctrinale dans l’Eglise. En ont débattu prêtres, pasteurs, diacres et assistants pastoraux laïcs, catholiques et protestants.

Jeudi 26 avril au Cénacle à Genève, près d’une centaine de participants catholiques et protestants – prêtres, pasteurs, diacres et assistants pastoraux laïcs ont participé à la session annuelle de formation oecuménique de Genève.

Qui fait autorité en matière de doctrine, dans l’Eglise ? s’est-on demandé. Si vous êtes catholique, vous aurez plutôt tendance à répondre que c’est le pape. Si vous êtes protestant, que c’est la Bible. Et si vous êtes orthodoxe, que c’est le collège des évêques. Un raccourci révélateur de la «dynamique de séparation» qui entrave la marche des Eglises vers l’unité. Animée par Raphaël Pasquier, responsable du Département de la formation de l’Eglise catholique romaine de Genève (ECR), et Roland Benz, modérateur de la Compagnie des pasteurs et des diacres de l’Eglise protestante de Genève (EPG), la session du 26 avril a été fructueuse. Elle a permis de mieux cerner les enjeux et les défis liés à ce «noeud» oecuménique, grâce à l’éclairage de deux spécialistes, le professeur Gottfried Hammann et l’abbé Claude Ducarroz, tous deux membres du Groupe des Dombes.

Polarisations sur l’une ou l’autre des instances faisant autorité

Le Groupe des Dombes, a expliqué l’abbé Ducarroz, a pour vocation de chercher des chemins de convergence théologique et doctrinale, en vue de la conversion des Eglises, dans une ambiance de prière et de dialogue fraternel. En 2005, les 40 membres – 20 catholiques et 20 protestants – du groupe ont publié un dossier intitulé «Un seul maître, l’autorité doctrinale dans l’Eglise».

Si tous les chrétiens sont d’accord pour dire que l’autorité est un don du Christ à son Eglise, et que les Ecritures sont «la règle et la mesure de nos dogmes», les divergences commencent dès lors que chaque confession, au fil de l’histoire, se polarise unilatéralement sur l’une ou l’autre des instances faisant autorité en matière de foi.

Selon le Groupe des Dombes, le monde réformé met ainsi l’accent sur la conscience intérieure, ce qui aboutit à un émiettement des communautés, tandis que du côté catholique, c’est le magistère papal qui domine, au détriment de la collégialité et du sensum fidei (= le sens de la foi du Peuple de Dieu). Enfin, du côté orthodoxe, le recours à la direction collégiale n’est pas sans danger, puisque on voit tant d’Eglises orthodoxes tomber dans le nationalisme ecclésial, parfois jusqu’à la rupture. «Nous sommes tous malades de l’autorité», résume l’orateur.

Rééquilibrer les trois pôles

Pour le Groupe des Dombes, il faut rééquilibrer les trois pôles communautaire, collégial et personnel. Pour cela, il faut tenir compte non seulement de la souveraineté des Ecritures, mais aussi des confessions de foi personnelles, ainsi que des expressions de foi que sont la prière, la liturgie, les sacrements. Sans oublier le sens de la foi de tous les chrétiens, «qui ont une tâche de vigilance doctrinale et pas seulement d’accueil passif». L’apport des mystiques, des grands saints et même des artistes ne doit pas être négligé. Quant à la collégialité des ministres chargés de réguler la foi, elle doit irriguer nos communautés. Enfin, le Groupe des Dombes croit qu’il faut aussi une présidence personnelle, «laquelle a émergé dans l’histoire autour de l’évêque de Rome».

Pour Gottfried Hammann, se convertir, pour nos Eglises, implique qu’elles fassent passer leur identité ecclésiale (»Nous sommes d’Eglise») avant leur identité confessionnelle séparatrice (»Nous sommes catholiques, protestants, orthodoxes, etc»).

Fruit de l’histoire, cette prédominance de l’identité confessionnelle se manifeste à travers des prises de position tranchées, par exemple dans le domaine de l’hospitalité eucharistique (Eglise catholique), ou alors dans des détails qui peuvent sembler anecdotiques (retour de la robe noire pour les pasteurs), mais qui n’en sont pas moins parlants. Ils témoignent tous, en effet, d’une «dynamique de division» qu’il nous faut casser à tout prix si nous voulons parvenir à l’unité. Démarche d’autant plus problématique qu’elle devra être initiée par les autorités d’Eglise elles-mêmes. En attendant, il nous faut avoir le courage de la désobéissance, préconise M. Hammann. Une recommandation qui ne fait pas l’unanimité parmi les participants !

L’exemple prophétique de Taizé

Tous sont d’accord, en revanche, pour admettre, avec le conférencier, que la Communauté de Taizé est un bel exemple de conversion réussie, sous l’impulsion «prophétique» de Frère Roger. «Taizé a 50 ans d’avance sur nos Eglises, et ce qui se prépare ici à Genève, avec le prochain Rassemblement des jeunes, est un signe qui doit nous interpeller et nous faire avancer dans notre oecuménisme», conclut le professeur Hammann. (apic/com/vb)

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