Bâle: La direction du diocèse et le comité de la diète en chiens de faïence
Georges Scherrer, Apic / Traduction: Bernard Bovigny
Soleure, 1er mai 2007 (Apic) Elle prône un «dialogue constructif dans l’Eglise», mais n’arrive pas à le trouver avec l’évêché. La 3e session de la «Diète du diocèse de Bâle» ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices. La rencontre se déroulera du 17 au 19 mai à Allschwil (Bâle-Campagne) et compte actuellement 125 inscrits.
C’est avec déception que la présidente de la Diète, Brigitte Durrer, a pris connaissance du fait que la direction du diocèse a décidé de ne pas participer à l’événement. Elle a cependant confié à l’Apic qu’elle pouvait comprendre ce retrait. Ce qui serait nécessaire, par contre, c’est que le comité de la Diète et la direction du diocèse expriment publiquement leurs divergences dans une prise de position commune.
Depuis juin 2005, aucun dialogue direct n’a eu lieu entre eux. On s’est exprimé par écrit ou à travers des communiqués de presse. Que les dialogues et échanges de lettres n’aient pas été fructueux, comme le souligne l’évêché de Bâle, Brigitte Durrer le confirme également. Mais il y a des motifs clairs qui ont amené à cette situation.
La direction du diocèse a pris ses distances depuis longtemps face à la Diète de Bâle. Elle reproche notamment la forme qu’ont prises les deux premières sessions, en 1998 à Lucerne avec 350 participants et en 2001 à Berne avec 150 participants. A la suite de ces deux manifestations a été créée l’organisation «Perspectives dans le diocèse de Bâle», dont l’assemblée de 2005 à Baden a réuni 70 personnes et qui a reçu un meilleur accueil de la part de l’évêché de Bâle. Ce dernier a même qualifié cette rencontre de «communion critique». L’évêché à imposé à «Perspectives» de ne débattre que de thèmes qui soient «négociables et changeables» au niveau du diocèse, affirme Brigitte Durrer. La diète, par contre, s’engage dans tous les problèmes urgents, y compris au niveau universel.
La Diète, une association privée pour le diocèse
Les contacts avec la direction de la Diète de Bâle ont été jusqu’à présent infructueux, avait expliqué l’évêché en novembre dernier. La direction du diocèse, dans plusieurs prises de position, a clairement considéré la Diète comme le rassemblement d’une association privée, a précisé à l’Apic le porte-parole du diocèse, Hans Ellenberger. Le diocèse mise maintenant sur l’expérience avec les «Perspectives», et propose différentes formes de «dialogue de base» avec l’évêque, Mgr Kurt Koch.
Le responsable régional diocésain Urs Corradini signale dans le bulletin «Kirchenschiff», de l’Eglise catholique du canton de Lucerne, différentes possibilités de communiquer avec l’évêque. Mgr Koch est l’auteur d’une riche correspondance. Et lors de sa tournée de visites pastorales dans les paroisses et communautés, qui démarre en automne, Mgr Koch aura à coeur de dialoguer avec les fidèles, soutient Corradini, en se référant notamment aux rencontres avec les conseils diocésains.
Un récent article de la «Basler Zeitung» est revenu sur les difficultés entre l’évêché et le comité de la Diète de Bâle. Walter Ludin, membre du comité, y a même parlé d’une «liste noire» des participants à la diète tenue par la direction du diocèse, ce que celle-ci dément de façon virulente. Walter Ludin explique cependant qu’il ne faut pas prendre son accusation à la lettre. Mais il a appris lors de plusieurs discussions que des personnes engagées en vue d’une réforme dans l’Eglise ou qui s’expriment de façon critique face à elle sont considérées comme des moutons noirs par la direction du diocèse. «Et cela a des effets sur leurs perspectives d’avenir, qui ne sont pas forcément positifs pour certains agents pastoraux».
Résignation et lassitude chez certains
Une autre affirmation est exprimée dans la «Basler Zeitung», que la présidente de la Diète de Bâle, Brigitte Durrer, aimerait corriger. Jusqu’au délai officiel, peu de personnes se sont inscrites à la prochaine session. Et cela serait notamment dû aux pressions exercées par la direction du diocèse auprès des intéressés, selon le journal. «Le bourrage de crâne négatif» à l’encontre de la Diète n’est qu’un aspect de la question, affirme sa présidente. Plusieurs intéressés ont expliqué que l’Ascension n’était pas une date favorable. Et beaucoup se sont lassés ou ont été résignés, et ne veulent plus discuter de certains thèmes tout en sachant que «cela n’apportera rien».
Mgr Kurt Koch avait accueilli la première diète, en 1998 à Lucerne, comme «une contribution à l’animation de la foi et des communautés ecclésiales». Mais la question de l’intégration de la direction du diocèse dans la structure de la Diète a engendré des réactions de mauvaise humeur. L’évêché attendait davantage de droit d’intervention.
Les divisions ont surpassé la discussion
On peut parler de la place de l’évêque dans ce forum de dialogue qu’est la Diète, affirme Brigitte Durrer. Mais elle regrette que les divisions étalées dans la presse entre le comité de la Diète et la direction du diocèse aient surpassé la discussion. La Diète est une plateforme de discussion pour toutes celles et ceux qui, dans le diocèse, souhaitent une discussion ouverte sur des thèmes en lien avec les réformes dans l’Eglise. Brigitte Durrer en est convaincue: «Même s’il l’on n’est pas du même avis, il est plein de bon sens que des gens qui ont des points de vue différents parlent de sujets délicats».
Le professeur de théologie pastorale à l’Université de Fribourg Leo Karrer, membre fondateur de la «Diète de Bâle», l’a décrite au début 2007 à l’Apic comme une contribution à un «dialogue constructif sur l’avenir de l’Eglise». La Diète, a-t-il ajouté, n’est pas une institution à côté de la direction de l’Eglise, mais «l’institutionnalisation de rencontres régulières», dans lesquelles «toutes les forces vives de l’Eglise» peuvent discuter de questions et de pistes pastorales en tenant compte de la situation sociale actuelle. La Diète souffre de «polarisations», affirme le professeur Karrer, car la direction du diocèse refuse d’y participer dans les conditions actuelles. Il ajoute que le personnel pastoral de l’Eglise s’est diversifié d’une façon qui n’était pas imaginable il y a quelques décennies. (apic/gs/bb)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse