Le Crédit Suisse doit dédommager les peuples des forêts tropicales

Suisse: Le Fonds Bruno Manser et la Société pour les peuples menacés montent au front

Bâle, Berne, Zurich, 3 mai 2007 (Apic) Le Bruno-Manser-Fonds et la Société pour les peuples menacés réclament à la banque Crédit Suisse (CS) 10 millions de dollars US en dédommagement des gains boursiers suite aux déboisements énormes de la multinationale Samling, lésant les autochtones de multiples manières.

Lors d’une conférence de presse à Zurich le 3 mai le Bruno-Manser-Fonds et la Société pour les peuples menacés ont déclaré que le Crédit Suisse (CS) devait restituer aux populations lésées le gain de la mise en bourse du consortium malaisien de bois Samling. «Les populations lésées» précise le communiqué des deux associations se trouvent en Guyane, au Cambodge, en Malaisie et en Papouasie Nouvelle Guinée. Au cours de la conférence de presse, de graves reproches ont été adressés à la multinationale Samling par des experts et des représentants des autochtones.

Le fait que le Crédit Suisse n’ait pas effectué suffisamment de contrôles indépendants par rapport à son client est particulièrement préoccupant, affirme Christoph Wiedmer, directeur de la Société pour les peuples menacés. Ces contrôles devaient être faits lors de l’examen des risques liés à la mise en bourse de Samling, une multinationale de l’abattage du bois. Le Bruno-Manser-Fonds (BMF) et la Société pour les peuples menacés (SPM) accusent le CS d’avoir violé ses propres principes de développement durable, formulés dans sa «Sustainability Policy», l’esprit des «Equator Principles», ainsi que le «Global Compact» de l’ONU, signé par la banque.

Destruction des dernières forêts tropicales du Sarawak et déboisement illégal

Le groupe Samling exploite 3,9 millions d’hectares de forêts tropicales dans l’Etat malaisien du Sarawak et en Guyane sud-américaine (pour comparaison : la superficie actuelle des forêts de Suisse se chiffre à 1,2 millions d’hectares). «Dans le Sarawak, Samling détruit depuis des années l’environnement vital des Pénans pour lesquels Bruno Manser s’était engagé et a laissé sa vie» a dit Lukas Straumann du Bruno-Manser-Fonds. «Si rien ne se passe, les derniers restes de forêts tropicales disparaîtront à leur tour.»

L’anthropologue de la School of Forestry and Environment Studies à Yale, Janette Bulkan, explique qu’»il ressort du prospectus boursier distribué par le Crédit Suisse que la filiale de Samling, Barama, exploite plus de 400’000 hectares de forêts tropicales hors de ses concessions. Cette pratique est illégale, car elle enfreint la législation forestière de Guyane». De même, Samling enfreint aussi la loi par une surexploitation des forêts et par ses activités de déboisement sur la terre des villages indiens Akawini, situé au nord-ouest de Guyane, et St.Monica.

Les indiens se voient interdire l’abattage de leurs propres forêts

Parmi les conséquences dévastatrices du déboisement pour les Indiens, les habitants du village d’Akawini souffrent de pollution d’eau potable, et ont même eu à lutter récemment contre une épidémie de typhus. Le contrat d’une des sociétés-écran de Samling stipule que les habitants du village, qui vivaient jusqu’alors d’une exploitation forestière à petite échelle, se voient interdire l’abattage des arbres de leurs propres forêts, et en sont réduits à observer comment leur subsistance vitale est détruite par les bûcherons malaisiens.

Il manque au Crédit Suisse des «standards» environnementaux

Pour Andreas Missbach, coordinateur des banques à la Déclaration de Berne et membre du réseau Bank Track, les relations d’affaires du Crédit Suisse avec le consortium controversé de bois tropical ne sont pas surprenantes : «Le cas Samling est symptomatique, car il manque au Crédit Suisse des standards environnementaux et des droits humains précis. Nous attendons du nouveau directeur exécutif Brady Dougan, qu’il remédie enfin à cette situation»

Un ami proche de Bruno Manser et ancien militant du Sarawak, Mutang Urud, a demandé à la banque de retirer incessamment tout soutient à Samling. «J’admire l’indépendance et l’intégrité de peuple suisse. Nous les indigènes, nous espérons pouvoir également poursuivre notre vie de manière autodéterminée, sans que notre culture et notre histoire, ancrées dans la forêt vierge, soient effacées par les bulldozers». Bruno-Manser-Fonds. www.bmf.ch. Société pour les peuples menacés www.peuples-menaces.ch. (apic/com/vb)

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