Rapport 2007 d’Amnesty International: la Suisse pas épargnée par les critiques

Embargo mercredi 23 mai à 12 heures

La politique de la peur crée un monde dangereusement divisé

Londres/Lausanne, 23 mai 2007. La peur est devenue un moteur de la politique internationale, constate Amnesty International (AI) à l’occasion de la publication, à Londres, de son rapport annuel 2997. La Suisse n’est pas épargnée par les critiques dans ce nouveau rapport.

Selon l’organisation humanitaire, des gouvernements puissants, des régimes répressifs et des groupes armés suscitent délibérément la peur afin de porter atteinte aux droits humains et de créer un monde de plus en plus divisé et dangereux. En Suisse, l’organisation de défense des droits humains dénonce notamment le durcissement des lois sur l’asile et sur les étrangers.

«Rien n’a mieux décrit la mondialisation des violations des droits humains» que la «guerre contre le terrorisme» menée par les États-Unis et leur programme de «restitutions extraordinaires», auquel ont participé les gouvernements de pays aussi éloignés les uns des autres que l’Italie et le Pakistan, l’Allemagne et le Kenya, a estimé Irene Khan, secrétaire générale d’AI.

Amnesty International a recensé en 2006 dans 102 pays des cas de torture et de mauvais traitements par des membres des forces de sécurité, par la police ou par d’autres agents de l’État, alors que 144 pays ont ratifié la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

Le nouveau rapport d’Amnesty International détaille la situation des droits humains dans 152 pays. Amnesty International a effectué en 2006 120 visites dans 77 Etats et publié 473 rapports et synthèses sur les violations des droits humains.

«De nos jours, trop de responsables politiques foulent aux pieds les libertés et agitent une multitude de spectres effrayants : l’invasion des migrants, la différence inquiétante avec « l’autre », la perte d’identité, le terrorisme, les « États voyous » dotés d’armes de destruction massive», a commenté Irene Khan dans l’avant-propos du Rapport annuel d’Amnesty International. Selon elle, cette politique de la peur crée une situation où les atteintes aux droits humains se multiplient, où aucun droit n’est sacré et où plus personne n’est en sécurité.

Trop souvent, insiste AI, la communauté internationale, méfiante et divisée, s’est révélée impuissante ou a manqué de volonté devant les grandes crises des droits humains qui se sont déroulées au cours de l’année 2006, qu’il s’agisse des conflits en Tchétchénie, en Colombie ou à Sri Lanka, déjà relégués au second plan, ou des crises très médiatisées du Moyen-Orient. Il n’y a toujours aucune protection efficace de la population civile au Darfour par des Casques bleus de l’ONU, parce que des membres puissants du Conseil de sécurité de l’ONU soutiennent le régime militaire soudanais. Entre-temps, ce conflit qui a déjà fait plus de 200’000 morts, s’étend maintenant au Tchad et à la République centrafricaine.

Dans de nombreux pays, dit encore le rapport, un programme politique basé sur la peur renforce les discriminations, élargit le fossé entre les possédants et les démunis, et laisse sans aucune protection les personnes les plus touchées par la marginalisation.

Rien qu’en Afrique, des centaines de milliers de personnes ont été expulsées de chez elles sans aucun respect de la procédure – souvent au nom du progrès et du développement économique – et sans qu’aucune indemnisation ou aucun autre logement ne leur soient proposés. Selon AI, des millions de personnes fuyaient la misère, le manque de perspective, la torture et la répression, souvent en courant de grands risques. Ces risques, relèvent l’organisation, augmentent d’autant plus que des dirigeants politiques en Europe ont joué sur la peur d’une immigration incontrôlée pour justifier de nouvelles restrictions du droit d’asile. Dans leur tentative désespérée de rejoindre l’Europe, près de 6000 Africains et Africaines ont péri en mer en 2006.

La Suisse pas épargnée

Dans le chapitre consacré à la Suisse, Amnesty International constate de nouvelles restrictions des droits des requérants d’asile et des migrants. La critique porte notamment sur le fait que les étrangers ne disposant pas de papiers d’identité valables peuvent se voir refuser l’accès à la procédure d’asile et que les dispositions prévues dans les lois sur l’asile et sur les étrangers en matière de détention «ne soient pas conformes aux engagements internationaux souscrits par la Suisse». (apic/com/pr)

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