Londres refuse de dédommager les guerriers mau-mau tués lors de la révolte de 1952
Nairobi, 23 mai (Apic) La Grande-Bretagne a refusé de verser des compensations pour les «atrocités» commises contre les mau-mau du Kenya lors de violentes répressions de 1952 à 1960, rapporte l’Agence de presse africaine (APA).
Selon un bilan officiel, lors de l’intervention musclée des troupes britanniques pour rétablir l’ordre à cette époque, 7811 personnes, membres de cette tribu ont été tuées et entre 80’000 et 100’000 survivants furent internés dans des camps.
Les mau-mau étaient entrés en rébellion pour réclamer une redistribution équitable des terres cultivables, dont l’essentiel était occupé par les blancs.
Une demande de dédommagement d’une dizaine de Kenyans pour violations des droits de la personne avait été remise le 11 octobre 2006 au gouvernement britannique par la Commission kenyane des droits de l’Homme (KCRH), au nom des mau-mau. L’affaire devrait être désormais portée devant la Haute Cour de Londres.
En 1952, la Grande-Bretagne avait déclaré l’état d’urgence afin d’éliminer un groupe mau mau, qui avait pris les armes pour lutter contre les colons blancs installés au Kenya et qui s’en étaient aussi pris aux Africains accusés de collaborer avec la puissance coloniale.
Un rapport officiel de 1961 a déterminé que plus de 11’000 Africains, pour la plupart des civils, ainsi que 32 Blancs, sont morts au cours de l’insurrection.
Caroline Elkins, professeur d’histoire à l’Université d’Harvard et auteur d’un ouvrage sur l’insurrection récompensé par le prix Pulitzer, a toutefois estimé que jusqu’à 100’000 Kenyans ont trouvé la mort à cause de la torture, des abus et de la négligence dans les camps imposés par les autorités coloniales.
Selon Gitu wa Kahengeri, porte parole de l’Association des vétérans de guerre mau mau, les Eglises missionnaires avaient collaboré avec les autorités coloniales pendant l’insurrection. «Ils se sont comportés comme des espions. Ils étaient très dangereux, mais aujourd’hui nous voulons leur soutien,» a-t-il dit.
Le combat pour la justice ne s’arrête pas
Dans sa réponse à la KCRH, publiée mardi 22 mai par la presse kenyane, Londres a rejeté la requête de dédommagement des mau-mau. Elle a prétexté le fait qu’à cette époque, «les présumés auteurs de ces crimes n’agissaient pas pour leur compte». De ce fait, a-t-elle poursuivi, même si la Grande-Bretagne est traînée devant la justice, elle pourrait ne «pas bénéficier d’un procès juste car les preuves ont été pour la plupart égarées ou détruites».
Malgré ce rejet, la KCRH va poursuivre le combat. Elle a annoncé que des combattants mau-mau, porteraient en novembre prochain devant la justice britannique, le dossier des «atrocités commises» contre leurs ancêtres pendant les huit ans d’Etat d’urgence décrété au Kenya entre 1952 et 1960.
Une équipe de militants pour la cause des mau-mau s’est envolée mercredi pour le Royaume-Uni, afin de rassembler de la documentation qui serait utilisée lors du procès.
«Le gouvernement de Sa Majesté doit savoir que les crimes contre l’humanité commis contre les mau-mau et les Kenyans étaient très répandus et revêtaient diverses formes de cruauté dont la justice internationale doit se saisir indépendamment de la date ou de l’endroit où ils se sont passés», a affirmé le président de la KCRH, Mwambi Mwasaru. (apic/arch/ibc/pr)
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