Est-ce le livre d’un professeur ou d’un pape?

Rome: Le cardinal Martini jette un regard relativement critique sur le livre du pape

Rome, 24 mai 2007 (Apic) A l’occasion de la présentation du premier livre du pape à l’Unesco, à Paris, le 23 mai, pour sa publication en français, le cardinal Carlo Maria Martini a porté un oeil relativement critique sur le livre de Benoît XVI, Jésus de Nazareth.

La présentation en français du livre du pape Jésus de Nazareth dans les bureaux de l’Unesco à Paris était placée sous le haut patronage de la Conférence des évêques de France et de Mgr Fortunato Baldelli, nonce apostolique à Paris. L’archevêque émérite de Milan et exégète, jésuite, aujourd’hui retiré à l’Institut biblique de Jérusalem y est intervenu avec Mgr Joseph Doré, sulpicien et théologien, archevêque émérite de Strasbourg.

Parlant du « très beau » livre signé ’Joseph Ratzinger – Benoît XVI’, le cardinal italien s’est cependant tout d’abord arrêté son « ambiguïté ». « Est-ce le livre d’un professeur allemand et chrétien convaincu, ou est-ce le livre d’un pape, avec son poids magistériel ? » s’est-il interrogé. En rappelant que dans sa préface, le souverain pontife indiquait que son livre « n’est en aucune manière un acte du magistère », mais « uniquement l’expression de (sa) quête personnelle » et que chacun était libre de (le) contredire.

« Nous sommes prêts à faire ce crédit de bienveillance, mais nous pensons qu’il ne sera pas facile pour un catholique de contredire ce qui est écrit dans ce livre », a relevé le cardinal. Pour lui, « peut-être aurait-il été mieux d’omettre totalement la mention du pape dans la première page du livre » et de ne le signer que du nom de Joseph Ratzinger.

L’archevêque émérite de Milan et ancien papable a alors expliqué qu’il tentait de considérer ce livre « dans un esprit de liberté ». Il n’a pas hésité à rappeler que « l’auteur n’est pas exégète, mais théologien, bien qu’il se meuve avec aisance dans la littérature exégétique de son temps » et qu’il « n’a pas fait d’études de première main par exemple sur les textes bibliques du Nouveau Testament ».

Des faits sur Jésus à son importance pour les siècles suivants

« Je vois que tous ne vont pas se reconnaître dans la description qu’il donne de l’auteur du quatrième Evangile », quand Benoît XVI écrit « l’état actuel de la recherche nous permet tout à fait de voir en Jean le fils de Zébédée, ce témoin qui répond solennellement de son témoignage oculaire en s’identifiant aussi comme le véritable auteur de l’Evangile », a-t-il dit.

Pour le cardinal Martini, le vrai titre du livre devrait être « Jésus de Nazareth hier et aujourd’hui », car « l’auteur passe avec facilité de la considération des faits concernant Jésus à l’importance de ce dernier pour les siècles suivants et pour notre Eglise ». Le haut prélat a alors relevé avec plaisir que les allusions aux questions contemporaines contenues dans l’ouvrage lui donnaient « une ampleur et une saveur que d’autres livres sur Jésus, centrés sur la discussion méticuleuse des seuls événements de sa vie, n’ont pas ».

Le jésuite, qui a fêté ses 80 ans en février dernier, a avoué avoir pensé « vers la fin de (sa) vie, à écrire un livre sur Jésus comme conclusion de (ses) travaux. Or le livre de Joseph Ratzinger correspond à ses désirs et à ses attentes, a-t-il dit. En conclusion, il a jugé que le premier livre de Benoît XVI était « un grand et ardent témoignage sur Jésus de Nazareth et sur sa signification pour l’histoire de l’humanité et pour la perception de la vraie figure de Jésus ». Il a par ailleurs noté avec plaisir que certaines fautes, dans l’édition italienne (publiée le 16 avril dernier, ndlr), sont corrigées dans l’édition française.

Lancé en Italie le 16 avril 2007 à l’occasion des 80 ans de Benoît XVI, Jésus de Nazareth est un immense succès de librairie. Il s’en est arraché 50 000 exemplaires en 24 heures dans la péninsule lors de sa publication.

20 maisons d’édition dans le monde ont été chargées de publier le premier livre de Joseph Ratzinger en tant que pape. En France, les éditions Flammarion ont attendu l’imprimatur du Vatican pour le publier. Il est présenté ce 24 mai à Athènes avec une postface du patriarche de Constantinople Bartholomé Ier. (apic/hy/ami/vb)

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