Les critiques d’un missionnaire adressées au G8
Ouagadougou, 10 juin 2007 (Apic) « Aux leaders du G8 réunis à Heiligendamm, en Allemagne, les agriculteurs africains veulent dire: nous ne voulons pas d’aide sans justice », commente pour Misna le Père Maurice Oudet, missionnaire d’Afrique (Père Blanc) au Burkina Faso.
« Il est inutile de nous proposer de l’aide si en parallèle on adopte des mesures commerciales inéquitables, qui anéantiront la souveraineté alimentaire. On fait semblant d’aider, mais en réalité c’est de l’hypocrisie organisée », déclare celui qui se veut la voix des paysans et producteurs agricoles de l’Afrique de l’Ouest.
Le Père Oudet expose à Misna les préoccupations liées aux nouvelles règles du commerce mondial, avec en perspective la signature, d’ici la fin de l’année, des Accords de partenariat économique (Ape) entre les pays de la zone Acp (Afrique-Caraïbes-Pacifique) et l’Union européenne (Ue). « Les Ape sont encore plus dangereux et contraignants que les règles imposées par l’Organisation mondiale du commerce (Omc), car le principe est de mettre en concurrence directe une économie forte, celle des pays avancés, avec des économies faibles : c’est purement criminel » poursuit le missionnaire parisien, responsable du Sedelan, un organisme, fondé en 1997, d’appui à l’information et la formation du monde rural.
Arrivé au Burkina Faso (à l’époque Haute-Volta) en 1965 en tant que jeune coopérant, le Père Oudet connaît bien la réalité agricole de la sous-région et les mécanismes enclenchés par les politiques de libre-échange mondial. « Comme le font les agriculteurs dans pays riches, les Africains demandent eux aussi des mesures protectionnistes à l’importation. Le problème, c’est que les gouvernements n’ont pas les moyens de subventionner leurs producteurs, c’est même parfois le contraire, à savoir que le gouvernement taxe à l’exportation.
Subventions salvatrices
Selon le missionnaire, aux Etats-Unis, le gouvernement donne 4 milliards de dollars aux 25’000 producteurs de coton. Ici, assure-t-il, les millions de familles qui vivent de l’agriculture n’ont aucune subvention. Quant aux droits de douane à l’importation, ils sont de 10% ici, de 150% en Europe. « Comment voulez-vous que les produits africains soient concurrentiels ? » D’autant plus, souligne encore le missionnaire, que la baisse du dollar par rapport à l’euro (le Franc CFA est rattaché à l’euro) a fait chuter encore davantage les cours des produits, comme par exemple ceux du coton, le fer de lance des économies burkinabé et malienne, déjà tombés au plus bas en 2002.
Les journaux du Burkina annonçaient il y a quelques jours qu’un groupe de producteurs de coton de la zone de Bakata a décidé de cesser la culture de « l’or blanc »: « Je me demande comment ils ont fait pour résister jusque là » commente le Père Oudet, compte tenu que « les producteurs ne gagnent quasiment rien ». Et cette année, s’il ne pleut pas beaucoup, s’inquiète-t-il, leurs revenus seront nuls et ils devront même d’endetter. Les associations paysannes demandent à leurs gouvernements africains de repousser d’au moins 3 ans la signature des Ape ; « les gouvernements savent bien que la libéralisation comporte des risques, mais ils font semblant de ne pas savoir. Ils se laissent en quelque sorte corrompre.parce que soumis à un chantage, un cercle vicieux: si les pays Acp ne signent pas les accords avec l’Europe, l’Europe commencera à diminuer les Fonds de développement destinés à ces pays. Sans ces fonds, les gouvernements ne pourront plus payer leurs frais, les salaires des fonctionnaires, les salaires des militaires.Et tout le monde sait que les militaires impayés sont une poudrière ».
Et les Eglises d’Europe?
Au terme d’une réunion à Dar es-Salaam (Tanzanie) les chefs et représentants de sept conseils des Eglises de l’Afrique méridionale et orientale et de l’Eglise catholique ont rédigé une déclaration: « Après avoir étudié et analysé les négociations actuelles des Ape, nous en venons à la conclusion qu’ils ne sont pas conformes à nos principes. Au contraire, ils sont une menace pour le bien-être de nos peuples et de notre développement économique » lit-on dans le document. « Les Églises du Sud ont fait entendre leur voix sur la question » note en conclusion Maurice Oudet, « mais on aimerait que la voix de l’Église d’Europe se lève aussi. Que pensent les conférences épiscopales d’Europe ? Que pense le Conseil Pontifical Justice et Paix ? Nous attendons leur message ». (apic/céline camoin/misna/pr)
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