Chine: Un évêque «clandestin» dénonce l’ingérence de l’Etat dans les affaires de l’Eglise

Mgr Jia Zhiguo réagit à la lettre du pape aux catholiques de Chine

Zhengding, 2 juillet 2007 (Apic) Mgr Julius Jia Zhiguo, évêque «clandestin» du diocèse de Zhengding, dans la province du Hebei, près de Pékin, dénonce une nouvelle fois l’ingérence de l’Etat dans les affaires de l’Eglise. Libéré après 17 jours de détention – il a été arrêté le 5 juin dernier -, l’évêque non officiel fait montre tout à la fois d’espérance et de pessimisme concernant les effets qu’aura la lettre que le pape a envoyée samedi aux catholiques de Chine.

Interrogé par l’agence de presse catholique italienne AsiaNews à Rome, le prélat, qui a passé plus de 20 ans dans un camp de prisonniers, estime que le gouvernement chinois n’a pas encore changé. «Il utilise les mêmes stratégies qu’au temps de Mao, et l’Association Patriotique (des catholiques de Chine, nda) lui sert toujours à diviser l’Eglise. Mais pour l’Eglise, la lettre du pape indique une direction importante».

En interpellant début juin Mgr Jia Zhiguo, les autorités chinoises chercheraient à réduire au silence un évêque que les agences de presse internationales à Pékin sont susceptibles de contacter pour lui demander de commenter l’actualité sino-vaticane. Agé de 73 ans, Mgr Jia Zhiguo est une figure bien connue de l’Eglise catholique non officielle (qui ne fait pas partie de l’Association patriotique des catholiques de Chine, APCC). Après vingt ans de prison, il a été ordonné évêque en 1980 et est depuis surveillé de près par la Sécurité publique.

Il fait partie de ces personnalités de l’Eglise de Chine que les autorités prennent régulièrement pour cibles, les soustrayant à la circulation pour des «sessions d’éducation» de plusieurs jours, semaines ou mois. Depuis janvier 2004, Mgr Jia a ainsi été arrêté à dix reprises. Il est aujourd’hui affaibli par la maladie et vit en isolement.

Le prélat relève que la manière de faire des autorités chinoises dure depuis plus de 50 ans (depuis la fondation de l’APCC, nda). Il dit craindre que la lettre du pape ne puisse pas changer grand-chose à la situation.

Certes, a-t-il estimé, la lettre précise clairement ce qu’est l’enseignement de l’Eglise et pour ceux qui cherchent la vérité, c’est un grand encouragement. «Par contre, pour toutes les personnes athées que l’on a parmi les hommes politiques, tout ceci ne veut rien dire: ils ne changeront pas d’idée à cause de ces déclarations. Un profond changement de mentalité est nécessaire au niveau du gouvernement et il faut une plus grande ouverture pour aboutir à une véritable liberté religieuse».

Pour l’évêque non officiel, l’Association Patriotique est sans aucun doute «un instrument du gouvernement (.); le problème est que l’APCC ne peut décider toute seule: elle n’est pas indépendante, mais sert le gouvernement et est sous son contrôle». Mgr Jia Zhiguo estime que «sans une intervention divine, la situation de l’Eglise catholique en Chine ne pourra s’améliorer».

Concernant l’effet qu’aura cette lettre de Benoît XVI sur les relations entre l’Eglise officielle (reconnue par le gouvernement) et l’Eglise non officielle (dite «souterraine»), l’évêque «clandestin» de Zhengding estime que le vrai problème est de dépasser et de vaincre toute la pression venant de l’Etat: «Divers évêques officiels ont peur de communiquer de façon active avec les évêques souterrains, ils manquent souvent de courage parce que eux aussi vivent dans une situation de contrôle étroit. Leurs téléphones, par exemple, sont toujours contrôlés par le gouvernement. Même s’ils sont reconnus par le gouvernement, ils ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent». (apic/asian/be)

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