«Les balles ne distinguent pas les religions»
Bagdad, 4 juillet 2007 (Apic) Les balles ne distinguent pas entre les religions, déclare l’archevêque arménien de Bagdad, Avak Asadourian, dans un entretien accordé à Juan Michel, chargé des relations avec les médias au Conseil oecuménique des Églises (COE), cité par l’Agence Misna.
L’archevêque arménien rejoint les propos du Père Saad Hanna Sirop, l’un des premiers prêtres chaldéens à avoir été enlevé à Bagdad, qui relevait il y a quelques jours que tout le monde est persécuté en Irak. Et pas seulement les chrétiens. Ecrire que seuls les chrétiens sont victimes est inexact, estimait-il. Pour l’archevêque arménien de Bagdad, la situation est effectivement la même pour tous les Irakiens, qu’ils soient chrétiens ou musulmans, et elle est tragique. «Les balles ne distinguent pas entre les religions. Chaque jour, des attentats terroristes visent des personnes qui pourraient être des pièces maîtresses d’un nouvel Irak : cadres et membres de professions libérales, médecins, ingénieurs. Il en résulte un exode général des cerveaux, ce qui est une honte si l’on songe qu’il faut des dizaines d’années pour former des gens qualifiés».
Selon lui, les chrétiens ne sont pas visés à cause de leur religion, Sauf, assure-t-il, dans un cas récent où les chrétiens vivant dans un certain quartier de Bagdad ont reçu l’ordre de partir, sans quoi ils seraient tués. La violence vise tout le monde de la même manière, insiste-t-il. «Naturellement, dans un contexte de non-droit intégral, les criminels font ce qu’ils veulent. Ils peuvent vous menacer, vous enlever, vous tuer.
Récemment, deux prêtres chrétiens, un orthodoxe et l’autre chaldéen, ont été tués. Depuis 2003, 27 membres de mon Église sont morts des suites de la violence. Ils n’étaient pas personnellement visés, mais ils se trouvaient simplement au mauvais endroit au mauvais moment. Nous avons aussi enregistré 23 enlèvements. Étant donné que de nombreux chrétiens sont relativement aisés, ils deviennent des cibles pour des rançons possibles, tout comme les musulmans aisés».
Les églises se vident
Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, estime qu’environ 1,2 million de personnes ont fui l’Irak depuis le début de l’année dernière. Qu’en est-il des chrétiens irakiens? «Avant la guerre, les chrétiens constituaient quelque 7 à 8% de la population. Aujourd’hui, ils sont 3 à 4%. Les chrétiens ont tendance à se déplacer vers le nord du pays, dans des zones relativement plus sûres. Les églises se vident. Dans mon Église, nous avions l’habitude d’accueillir 600 à 700 fidèles au service du dimanche. Aujourd’hui, ils sont 100 à 150. Les raisons à cela sont diverses: certains ont peur de sortir, d’autres n’ont tout simplement plus d’essence pour leur voiture – il y a des queues de trois à cinq kilomètres devant les stations d’essence -, d’autres encore ont quitté Bagdad.
Reste que la situation n’a pas toujours été ce qu’elle est aujourd’hui. La faute à la guerre. A ce propos, quelles étaient les relations entre musulmans et chrétiens avant la l’invasion des troupes anglo-américaines, notamment, et que sont-elles devenues aujourd’hui? Mgr Avak Asadourian rappelle que les chrétiens étaient dans le pays avant l’arrivée de l’islam, en particulier dans la partie nord du pays. «Mais les distinctions fondées sur la religion n’ont jamais constitué un problème. Les relations entre sunnites, chiites et chrétiens étaient très amicales. Les différences ne sont devenues un problème que lorsque la guerre a commencé». Et de constater que les ecclésiastiques musulmans de haut rang font des efforts méritoires pour essayer d’empêcher le conflit actuel de dégénérer en totale guerre civile.
Un choc des civilisations? «Non, une guerre malheureuse»
L’archevêque arménien de Bagdad ne vois pas un choc des civilisations, mais une «guerre malheureuse, avec des résultats tragiques pour les deux parties. J’ai le sentiment que les puissances occupantes n’ont pas bien fait leur travail. Une chose est de prendre un pays, une autre de l’administrer correctement afin que ses habitants puissent vivre dans la liberté».
Et Mgr Avak Asadourian de s’interroger: «Je me demande si les Églises hors d’Irak parlent de la situation dans notre pays avec assez d’audace pour être entendues. Si elles savaient plaider efficacement notre cause auprès de leurs gouvernements, elles contribueraient à convaincre les puissances occupantes qu’elles doivent tenir leurs promesses d’une vie meilleure pour l’Irak». (apic/misna/pr)
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