« Terrain miné » sur sol français
Paris, 8 juillet 2007 (Apic) Le motu proprio libéralisant l’usage du missel dit « de saint Pie V » inquiète « fortement l’Eglise de France », écrit le quotidien catholique « La Croix », dans son édition publiée à la veille de la publication du document.
A l’origine, rappelle le dossier de « La Croix », seul le texte du motu proprio devait être publié. Mais la pression des évêques français, notamment lors de l’assemblée de Lourdes à l’automne dernier où ils avaient signé un « message de soutien » au cardinal Ricard, ainsi que des épiscopats allemand et américain, si elle n’a pas fait reculer Rome sur le fond, l’a beaucoup fait réfléchir. Au point de reporter de plusieurs mois la publication du motu proprio et de laisser le temps à Benoît XVI de rédiger cette lettre expliquant l’esprit de sa décision.
Car, en France, assure le quotidien français, le terrain est miné, et le pape le sait désormais. Même s’il faut attendre la fin de cette année 2007 pour savoir combien de nouvelles messes « tridentines » (selon la forme du concile de Trente) seront célébrées dans les diocèses (probablement une petite cinquantaine, sur les 20’000 messes dominicales ?), beaucoup d’évêques redoutent la portée symbolique de ce geste du pape. Il pourrait être perçu par certains prêtres et fidèles comme une remise en cause de Vatican II – ce qui est tout le contraire de l’intention de Benoît XVI.
Vive préoccupation dans l’épiscopat
« Summorum pontificum » mettra fin aux dispositions du précédent motu proprio sur ce sujet, Ecclesia Dei adflicta, qui réservait aux évêques le pouvoir d’autoriser des prêtres à célébrer la messe selon le missel de 1962.
Désormais, tout prêtre pourrait donc célébrer en privé selon l’ancien rite. Quelques sondages dans l’épiscopat français montraient dès mercredi 4 juillet une vive préoccupation face à ce nouveau dispositif. Non pas tant sur son application, écrit « La Croix », car les deux tiers des diocèses pratiquent déjà ce système de dispense qui permet l’usage de cette liturgie. Mais plutôt sur ses effets potentiellement diviseurs dans les diocèses : cette libéralisation, même si elle ne concerne qu’une minorité, risque en effet d’aiguiser des antagonismes ecclésiaux.
L’autre préoccupation épiscopale est plus technique: déjà confrontés à la pénurie de prêtres, la plupart des évêques voient mal où trouver des prêtres disponibles. Selon « La Croix », Ils envisagent donc de « gérer » ces mesures à un niveau diocésain plutôt qu’à l’échelle paroissiale. « D’autres se sentant déjà « harcelés » par des groupes traditionalistes, minoritaires mais très actifs en matière de pétitions et de réactivité sur Internet, et redoutent une mise en oeuvre conflictuelle de cette nouvelle mesure ».
Selon Jean-Marie Guenois, auteur du dossier publié par « La Croix, tous les évêques interrogés s’accordent, notamment dans les diocèses ruraux ou semi-urbains, sur le fait que cette mesure ne concerne chez eux que quelques dizaines de personnes au maximum. Et tous sont vigilants pour ne pas laisser se constituer, au sein des Églises diocésaines, des « chapelles » qui, une fois acquise cette libéralisation du recours à l’ancien missel, demanderaient de plus une catéchèse spécifique, des groupes scouts idoines, bref, une vie d’Église parallèle. (apic/jmg/cx/pr)
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