Québec: On recycle les églises à tours de bras, conséquence de la baisse de la pratique
Québec, 20 juillet 2007 (Apic) Si l’on pouvait encore dans les années 50 parler du Québec comme de « la fille cadette de l’Eglise » (après la France, fille aînée!) tant l’influence du clergé se faisait sentir dans la société, le paysage religieux de la Belle Province a complètement changé. C’est que la sécularisation, dans le sillage de la « Révolution tranquille » des années 60, est passée par là. De manière très brutale: en moins d’une décennie, les églises se sont vidées, et on les vend désormais à tours de bras.
Aujourd’hui, conséquence d’une baisse drastique de la pratique religieuse (*) durant les dernières décennies, on « recycle » les églises. Pour en faire des bibliothèques, des centres de loisirs, des « condos » (appartements en co-propriété), voire même des bars ou discothèques, comme à Shawinigan (Christ-Roi) et à Hull (Our Lady of the Annunciation).
Ainsi, à Rimouski, dans le Bas Saint-Laurent, trois des neuf églises paroissiales seront fermées au culte dès le 2 janvier 2008. Il s’agit de celles de Saint-Yves, de Sainte-Odile et de Nazareth. A Joliette, capitale de la région de Lanaudière, près de Montréal, la municipalité vient de transformer l’église Saint-Pierre-Apôtre en bibliothèque. Le chantier a débuté en août 2006 et a duré un an, représentant un investissement de six millions de dollars canadiens. Ce projet a permis de donner une seconde vocation à l’église et au presbytère, qui n’étaient plus utilisés à des fins de culte, et de préserver ainsi un élément du patrimoine de Joliette. D’autres lieux de culte qui n’étaient plus utilisés, comme l’église St. Matthew à Québec, ont également été transformés en bibliothèque (Bibliothèque Saint-Jean-Baptiste).
Depuis quelques temps, les questions religieuses sont à nouveau à l’ordre du jour au Québec, à propos notamment de l’enseignement religieux à l’école ou de la préservation du patrimoine religieux (églises, monastères, archives, bibliothèques).
« Une terre littéralement colonisée par le ciel »
Avec la création de la Fondation du patrimoine religieux du Québec en 1995, le gouvernement du Québec a fait un pas en avant afin d’assurer la conservation et la mise en valeur des biens mobiliers patrimoniaux par la restauration et l’entretien préventif. Cette Fondation agit en partenariat avec les collectivités locales, les propriétaires de biens et immeubles et le ministère de la Culture et des Communications.
Le Québec compte au moins 4000 bâtiments cultuels et ensembles institutionnels à vocation religieuse et sociale, selon la Commission des biens culturels du Québec.
De ce nombre, l’on compte environ 2800 lieux de culte, dont plus de 40 % auraient une forte valeur patrimoniale (architecturale, artistique, historique) comme point de repère dans le paysage urbain ou rural. Mais, remarquent les spécialistes et les personnes intéressées au sauvetage du riche patrimoine religieux québécois (le pays profond apparaît comme « une terre littéralement colonisée par le ciel », pour reprendre une célèbre expression), l’accent doit être mis sur la jeunesse. En effet, la sauvegarde de ces monuments ne peut se réaliser que si la population québécoise, et en particulier les jeunes, montrent leur attachement à ce patrimoine.
Lors d’une conférence à Montréal en octobre 2005, Mario Dufour, président de la Commission des biens culturels du Québec, le soulignait déjà: pour sauver les églises, il faut transmettre « l’amour du patrimoine aux générations futures ». Devant la baisse marquée de la pratique religieuse, la sensibilisation des jeunes au patrimoine religieux revêt en effet une importance particulière. Un volet de sensibilisation au patrimoine religieux devrait ainsi être introduit dans le programme d’éthique et de culture religieuse qui sera offert dans les écoles québécoises dès l’an prochain. JB
(*) Les quatre cinquièmes des Québécois continuent cependant, recensement après recensement, de se dire catholiques (82 % en 2001), les grands lieux de pèlerinage sont toujours aussi fréquentés, une majorité de parents, surtout à l’école primaire, continuent d’inscrire leurs enfants aux activités religieuses, constate le spécialiste en histoire religieuse, Guy Laperrière, qui enseigne depuis 1971 l’histoire contemporaine à l’Université de Sherbrooke, au Québec. De 85 % qu’il était en 1965, le taux d’assistance régulière à la messe dominicale chute à 35 % au début des années 1990, et a encore continué de baisser. On estime que seulement 10 % des Québécois qui se déclarent catholiques sont de véritables pratiquants, estime dans le quotidien « Le Devoir » de Montréal (7-8 avril 2007) Jacques Racine, professeur de théologie à l’Université Laval. « Sans compter que cette pratique n’est plus la même qu’avant. Pour de nombreux catholiques, elle se limite souvent aux grands événements de la vie ». (apic/be)
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