Fribourg: De retour du Liban, des Fribourgeois témoignent
Fribourg, 22 juillet 2007 (Apic) «L’accueil fabuleux qui nous a été réservé nous marquera à jamais: même les plus pauvres se sont mis en quatre!». Cette chaleur et cette fraternité, la délégation de l’Unité pastorale (UP) «Bienheureuse Marguerite Bays», dans la Glâne, les a éprouvées à Chlifa, une bourgade chrétienne située dans la vallée de la Bekaa, au Liban. Une poignée de Fribourgeois s’y est rendue du 7 au 18 juillet pour participer à la première messe de Robert Akoury, membre de l’équipe pastorale basée à Romont.
Le jeune abbé âgé de 32 ans avait invité ses amis au Liban pour sa 1ère messe en rite maronite dans son village natal, notamment ceux de l’UP qui l’avaient si bien entouré lors de son ordination sacerdotale, le 24 juin dernier à Siviriez. Les Fribourgeois ont été impressionnés par la foule massée dans l’église et tout autour, pour assister à la cérémonie présidée par Mgr Simon Atallah, évêque maronite de Baalbek-Deir El-Ahmar.
Tour à tour, Marianne Berset, de Villaz-St-Pierre, assistante pastorale et étudiante à l’Institut de Formation aux Ministères (IFM), Jean-Pierre Demierre, de Billens, enseignant au CO de Romont et peintre verrier, et l’abbé Pierre Aenishänslin, supérieur du séminaire diocésain à Villars-sur-Glâne, ont confié leurs impressions à l’Apic.
Leur complicité, ils l’avaient déjà nouée depuis longtemps, et l’ont montrée lors de l’ordination de Robert Akoury. Avec la collaboration de Jean-Pierre Demierre, qui a réalisé le logo, l’Equipe pastorale a élaboré un tapis aux couleurs libanaises qui a servi au moment de la prostration de l’ordinand. Il a été confectionné par les paroissiens de l’Unité pastorale, avec l’aide aussi des Soeurs de la Charité, de celles du Monastère de la Fille-Dieu, et du séminaire.
On y voit la main de Dieu qui fait le lien entre le ciel et la terre. Ce tapis aux 45’000 noeuds, ils l’ont emmené avec eux au Liban, ainsi que le bénéfice de cette démarche originale: 4’500 francs qui ont servi à venir en aide sur place aux personnes âgées de cette région située à l’écart du pays, dans une zone très sèche et pauvre.
Les traces de la guerre sont toujours visibles
Le Liban, il y a tout juste un an, était plongé dans la guerre qui a opposé l’armée israélienne aux miliciens du Hezbollah. Les pèlerins fribourgeois l’ont bien ressenti, en voyant sur leur passage l’ampleur des destructions: cratères de bombes, ponts coupés, usines bombardées. Mais ce qui les a surtout frappés, en se rendant à Chlifa, une bourgade de quelque 500 habitants (officiellement trois fois plus peuplée) adossée à la montagne libanaise au Nord de la Plaine de la Bekaa, c’est le sentiment de peur et d’isolement des habitants. «Ils sont entourés de villages musulmans, et ne voyagent plus dès la tombée de la nuit, ils ont peur des enlèvements et des assassinats sur la route de Baalbek», témoigne Marianne Berset.
Sur place, les visiteurs ont pu recueillir des témoignages: «Les chrétiens doivent avoir des permis pour pouvoir construire, les musulmans aux alentours n’en demandent pas, il y a un sentiment d’encerclement, les chrétiens se sentent menacés». En fait, ont-ils constaté, la région semble morte: plus aucun touriste sur le prestigieux site archéologique de Baalbek, l’ancienne Héliopolis, l’un des plus spectaculaires du Moyen-Orient, avec Palmyre et Pétra. Mais ils ont pu constater la même chose de l’autre côté de la montagne, à Byblos, sur les plages: même les Libanais ont déserté les lieux touristiques.
Quand on va vers Baalbek, dans les rues flottent les bannières du Hezbollah et de son chef, Hassan Nasrallah. Jean-Pierre Demierre a fait l’expérience de la peur qui suinte de partout: sortant du village de Chlifa avec son sac à dos contenant son appareil photographique, il s’est fait rudoyer par un habitant qui craignait la présence d’un kamikaze. On l’avait pris pour un «fanatique», le mot que l’on utilise à Chlifa pour désigner les fondamentalistes islamiques.
Ce qui a frappé les visiteurs suisses, c’est la précarité des personnes âgées, qui n’ont pas de caisse de pension, de retraite ou d’assurance maladie: «Ils doivent être soutenus par leur famille, et nous avons vu une vieille femme à laquelle on a refusé l’injection dont elle avait besoin: elle ne disposait pas des 2000 livres libanaise qu’on lui demandait, l’équivalent de CHF 1,60 !» Alors que cette population pauvre dispose de presque rien, «les gens se sont mis en quatre pour nous recevoir chez eux, même s’ils n’avaient pas de chaise pour tout le monde». A leur retour, les Fribourgeois, secoués par cette expérience inédite, témoignent qu’ils ne sont plus les mêmes. Ils ont désormais «le Liban au coeur». JB
Des photos réalisées par Jean-Pierre Demierre sont disponibles à l’agence Apic. Tél. 026 426 48 01 ou apic@kipa-apic.ch (apic/be)
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