Dolomites: Rencontre de Benoît XVI avec les prêtres de Belluno-Feltre et Trévise
Auronzo di Cadore, 25 juillet 2007 (Apic) L’héritage positif du Concile Vatican II, le respect de la Création, le débat sur l’évolutionnisme et le créationnisme, le dialogue avec l’islam et le ministère quotidien des prêtres. Tels ont été les thèmes au coeur de la rencontre entre Benoît XVI et le clergé des diocèses de Belluno-Feltre et Trévise, le 24 juillet à Auronzo di Cadore.
Le Bureau de presse du Saint-Siège a publié, le 25 juillet, le verbatim des 10 questions improvisées auxquelles le pape a répondu.
« Le Concile nous a donné une grande indication pour la route à suivre », a ainsi expliqué le souverain pontife. « La grande hérédité du Concile demeure. Il nous a ouvert un nouveau chemin. C’est toujours une grande charte du chemin de l’Eglise, très essentiel et fondamental », a-t-il insisté. « Les temps post-conciliaires sont toujours très difficiles », a poursuivi Benoît XVI. Brocardant « le progressisme erroné » et « l’anti-conciliarisme », il a estimé que « maintenant nous avons trouvé la voie et nous trouvons sur celle-ci le monde nouveau ». Pour autant, « nous devons renoncer au triomphalisme selon lequel naît maintenant la grande Eglise du futur », a-t-il souligné, ajoutant que l’Eglise doit être « humble ».
Mais « il me semble très important que nous puissions maintenant voir, avec les yeux grands ouverts, tout ce qui s’est développé de positif après le Concile, dans le renouvellement de la liturgie, dans les Synodes, dans les structures paroissiales, dans les collaborations, dans la nouvelle responsabilité des laïcs, dans la grande coresponsabilité interculturelle et intercontinentale, dans la nouvelle expérience de la catholicité dans l’Eglise », a insisté Benoît XVI.
Ne pas devenir bureaucrate du sacré
Ainsi, le pape a invité les prêtres à « rester pasteur et à ne pas devenir bureaucrate du sacré », en « déléguant », dans la mesure du possible, des tâches à des collaborateurs. « Il me semble que ceci est un point important et positif du concile: la coresponsabilité de la paroisse ». Le rôle du prêtre reste avant tout de « prier, guérir et annoncer ». Benoît XVI a ainsi été une nouvelle fois interrogé sur la question des divorcés-remariés. « Nous souffrons tous de ce problème », a indiqué le pape, invitant les prêtres à la « prévention » et à « l’accompagnement ».
Face à l’indissolubilité du mariage, « on devrait enseigner et apprendre à vivre avec cette souffrance », a ajouté Benoît XVI. « Nous devons, en général, et à notre époque, dans notre culture, redécouvrir la valeur de la souffrance, apprendre que la souffrance peut être une réalité très positive qui nous aide à mûrir ». « Je dirais que l’amour sans la douleur n’est pas possible », a expliqué le pape. Cette valeur est à redécouvrir dans une société dans laquelle « le concept de conscience s’est transformé profondément depuis deux siècles ». Pour le pape, « notre nature propre porte en elle un message moral, un message divin, qui doit être déchiffré et que nous devons petit à petit mieux connaître ».
Car « aujourd’hui, nous voyons que l’homme pourrait détruire le fondement de son existence, sa terre », a insisté le pape. « Nous devons respecter les lois intérieures de la Création, de cette terre, apprendre ces lois et y obéir, si nous voulons survivre », a-t-il insisté. « Un monde où Dieu n’est plus devient dans tous les cas un monde d’arbitraire et d’égoïsme ».
La doctrine de l’évolution ne répond pas à tout
Reprenant un thème qui lui est cher, le débat entre ’créationnisme’ et ’évolutionnisme’, Benoît XVI a aussi estimé que « croire que le Créateur ne pourrait pas penser à l’évolution et qu’à l’inverse celui qui croit en l’évolution rejette Dieu » est « une absurdité ». « Il y a tant de preuves scientifiques en faveur de l’évolution », a insisté le pape. Mais « la doctrine de l’évolution ne répond pas à toutes les interrogations, surtout à la grande question philosophique: mais d’où vient tout cela ? »
« Cette obéissance à la voix de la terre, de l’être, est plus importante pour notre bonheur futur que les voix et les désirs du moment », a-t-il poursuivi. Benoît XVI a alors expliqué que « l’administration de la création de Dieu » passe par « le respect des lois du corps, de la sexualité et de l’amour, la valeur de l’amour fidèle, de la famille, de la vie et de la vie en commun, du juste partage des ressources de la terre ».
« Non seulement nous devons soigner la terre, mais nous devons respecter l’autre, les autres », a continué le pape. « Soit l’autre en tant que personne, comme mon prochain, soit les autres comme communauté qui vit dans le monde et doit vivre ensemble ».
Eléments communs avec les musulmans
« Il n’existe plus un monde uniforme », a poursuivi le pape. Répondant ainsi à une question sur le dialogue avec les autres religions, en particulier l’islam, il a conseillé aux prêtres confrontés aux nouvelles communautés immigrées, « l’annonce et le dialogue ». Pour Benoît XVI, « les musulmans ont une certaine connaissance du Christ, qui nie sa divinité, mais reconnaît au moins en lui un grand prophète ». « Ils ont de l’amour pour Marie ». « Il y a donc des éléments communs aussi dans la foi qui sont des points communs pour le dialogue », a relevé le pape, même si « passer aux grands Mystères me semble un niveau difficile, qui ne se réalise pas lors des grandes rencontres ». « Ce que nous devons faire est de chercher un consensus sur les valeurs fondamentales, exprimées dans les Dix Commandements, résumés dans l’amour du prochain et l’amour de Dieu », a conclu le souverain pontife.
Le 24 juillet, Benoît XVI s’était entretenu à huis-clos et durant 1h45 avec les quelque 400 prêtres et séminaristes des diocèses de Belluno-Feltre et Trévise, dans l’église paroissiale Sainte-Justine Martyre d’Auronzo di Cadore (Dolomites), à quelques kilomètres de son lieu de villégiature.
Benoît XVI a instauré et apprécie ce type de rencontres informelles avec les prêtres. Outre ses rencontres avec le clergé de Rome, lors de ses premières vacances dans le Val d’Aoste en 2005, il avait aussi rencontré les prêtres du diocèse dans la petite église d’Introd. Il a fait de même avec le clergé du diocèse d’Albano, au sud de Rome, où se trouve Castel Gandolfo, la résidence d’été des papes. (apic/imedia/hy/bb)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse