Les partis politiques craignent un conflit avec l’Eglise orthodoxe
Corfou, 2 août 2007 (Apic) Mgr Yannis Spiteris, archevêque catholique de Corfou, Zante et Céphalonie, en Grèce, a déclaré que son Eglise était confrontée à une «situation assez désespérée», après s’être vu refuser la reconnaissance juridique et l’égalité des droits dans ce pays majoritairement orthodoxe.
«Nous ne sommes pas persécutés, nous n’avons simplement pas les mêmes droits que la majorité orthodoxe», affirme ce responsable de la minorité catholique. «L’Etat grec ne reconnaît pas l’Eglise catholique, donc officiellement, nous n’existons pas», relève Mgr Spiteris. «Bien que je sois né ici, je suis considéré comme un étranger ou, au mieux, un citoyen de seconde zone. C’est une situation assez désespérée», lance l’archevêque catholique.
Dans une interview accordée au correspondant de l’agence oecuménique ENI, le religieux franciscain souligne que son archevêché, fondé en 1310, avait fourni à l’Eglise trois cardinaux parmi ses 64 prédécesseurs, mais qu’il ne comptait aujourd’hui que sept prêtres, trois moines et neuf religieuses, et que seuls 3’500 fidèles étaient recensés dans ses six paroisses, sur une population de quelque 1,2 million d’habitants.
Mgr Spiteris ajoute que son Eglise n’a aucun contact officiel avec l’Eglise orthodoxe de Grèce, qui revendique la loyauté spirituelle de 98 % des 10,7 millions d’habitants du pays. «Bien que les gens d’ici soient pacifiques et respectueux des lois, ils ne sont pas très religieux. Même s’ils ne rejettent pas l’Eglise, ils y sont généralement indifférents». Et de relever qu’il avait cherché à susciter un nouvel enthousiasme pour la foi catholique en travaillant avec les jeunes et en lançant d’autres initiatives, «mais nous dépendons de l’énergie et de la générosité des touristes, qui nous encouragent et nous rassurent».
Les minorités religieuses se plaignent de discriminations
En Grèce, membre de l’Union européenne et de l’OTAN, les minorités religieuses se sont souvent plaintes de discriminations. La Constitution grecque déclare l’orthodoxie «religion dominante» et demande aux titulaires de fonctions officielles de prêter serment devant un prêtre orthodoxe.
En juin 2006, les députés grecs ont adopté une loi privant l’Eglise orthodoxe de Grèce, dont le clergé est payé par l’Etat, de son droit à approuver la construction des lieux de culte non orthodoxes, suite aux appels demandant une révision de son statut constitutionnel.
L’archevêque Spiteris déclare toutefois que la minorité catholique ne bénéficie toujours pas de la reconnaissance officielle ou de l’accès aux financements publics. Le clergé catholique est confronté à des problèmes pour entretenir les bâtiments historiques de son Eglise et pour obtenir une couverture maladie et l’accès au gaz et à l’électricité.
«Nous ne voulons pas les privilèges d’une Eglise nationale, simplement un traitement égal et l’arrêt de la discrimination», insiste le religieux franciscain. L’’Eglise catholique en Grèce revendique 50’000 fidèles grecs et 150’000 étrangers. Lors d’une visite au Vatican en décembre 2006, l’archevêque Christodoulos, chef de l’Eglise orthodoxe grecque, avait signé une déclaration commune avec le pape, promettant une «féconde collaboration» ainsi qu’un «dialogue dans la vérité en vue de rétablir la pleine communion de foi dans le lien de l’amour.»
Cependant, l’archevêque Spiteris a déclaré dans son interview que les appels visant à créer des liens avec les catholiques avaient été critiqués par d’autres évêques orthodoxes de Grèce. Il a ajouté que «Nouvelle démocratie», parti de centre-droit au pouvoir, et le PASOK, parti socialiste, craignaient «de risquer le conflit avec l’Eglise orthodoxe» en soutenant de nouvelles réformes du droit et de la Constitution.
«Depuis le Concile Vatican II, même sans être en communion, les catholiques ont reconnu les sacrements orthodoxe et ont changé leur attitude», a-t-il déclaré. «Mais les orthodoxes n’ont tout simplement pas renvoyé l’ascenseur. Ils insistent pour vivre à part et parler seulement entre eux.» (apic/eni/be)
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