Rwanda: Protestations de Kigali après la libération en France de deux accusés de génocide

Libération du Père Munyeshyaka: «Choqués mais pas trop surpris»

Kigali, 2 août 2007 (Apic) Kigali a protesté jeudi après la libération en France de deux accusés de «génocide», l’abbé Wenceslas Munyeshyaka et l’ancien préfet de Gikongoro Laurent Bucyibaruta. Suite à un mandat d’arrêt du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) émis le 20 juin 2007, les deux accusés ont été arrêté en France le 20 Juillet 2007. Ils ont été remis en liberté par la Cour d’appel de Paris le 1er août 2007.

Laurent Bucyibaruta est accusé d’avoir été l’un des auteurs présumés du génocide rwandais de 1994. Selon l’acte d’accusation du TPIR, le prévenu a notamment pris la parole en 1993 lors d’un rassemblement public pour encourager l’assistance à contribuer financièrement à l’achat d’armes pour combattre l’ennemi tutsi. Laurent Bucyibaruta aurait, à plusieurs reprises, ordonné aux militaires, aux gendarmes, aux milices hutues «interahamwe» et aux civils armés qui étaient sous ses ordres de commettre plusieurs massacres contre les tutsis, dans divers endroits.

A l’époque des faits, Laurent Bucyibaruta occupait la fonction de préfet de Gikongoro, et il avait par conséquent autorité sur les fonctionnaires de l’administration publique. En tant que chef du comité préfectoral du mouvement «interahamwe», il exerçait son autorité et son contrôle sur ces milices. L’abbé Wenceslas Munyeshyaka, âgé aujourd’hui de 49 ans, était à la tête de la paroisse de Sainte Famille à Kigali lors du génocide de 1994. Entre avril et mai 1994, l’abbé Munyeshyaka est accusé d’avoir contribué au génocide mené par milices hutus et des membres des forces armées rwandaises. Selon le TPIR, il aurait à plusieurs reprises participé à la sélection de réfugiés tutsis choisis pour être massacrés.

Le Père Wenceslas, après sa remise en liberté mercredi par la Cour d’appel de Paris, va reprendre après ses vacances son ministère à la paroisse de Gisors, dans l’ouest de la France, a indiqué jeudi l’abbé Michel Morin, curé de Gisors, où le prêtre rwandais travaille depuis 2001.

Ils restent sous contrôle judiciaire

«On est choqués mais pas trop surpris», a dit pour sa part le ministre rwandais des Affaires étrangères, Charles Murigande, à l’annonce de la remise en liberté décrétée par la Cour d’appel de Paris pour deux Rwandais arrêtés en France pour implication présumée dans le génocide de 1994. Les deux prévenus ont «bénéficié pendant des années de réseaux très bienveillants en France qui se sont probablement manifestés», a ajouté le ministre sur les ondes de Radio France Internationale (RFI). L’avocat de l’abbé Munyeshyaka a fait savoir que les deux hommes restaient accusés et sous contrôle judiciaire, mais que leur détention, telle que requise par le TPIR était «arbitraire».

La remise en liberté des deux Rwandais recherchés pour crimes contre l’humanité intervient à un moment où semblaient en cours des efforts vers un rétablissement des relations entre Paris et Kigali, officiellement rompues en novembre 2006 suite à l’émission de mandats d’arrêt par le juge français Jean-Louis Bruguière contre neuf membres de l’entourage du président rwandais Paul Kagame. Ces personnes sont recherchées pour leur responsabilité présumée dans l’attentat qui coûta la vie en avril 1994 au président Juvenal Habyarimana, événement considéré comme le détonateur du génocide.

Le ministre Murigande a toutefois assuré que les tentatives de recoudre les rapports avec Paris n’étaient pas remis en question et a invité son homologue français Bernard Kouchner à se rendre à Kigali. (apic/misna/triaw/be)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/rwanda-protestations-de-kigali-apres-la-liberation-en-france-de-deux-accuses-de-genocide/