Il aimerait son aide pour lutter contre l’évasion fiscale

Rome: Polémiques après la demande de Romano Prodi à l’Eglise italienne

Rome, 3 août 2007 (Apic) Les polémiques se poursuivent en Italie après que le Premier ministre Romano Prodi ait demandé à l’Eglise italienne son aide contre l’évasion et la fraude fiscale. La lettre qu’il a envoyée pour expliquer son appel fait toujours des vagues: si la majorité prend sa défense, l’opposition, au contraire, ne mâche pas ses mots. Et pourtant, le manque à gagner provoqué par cette grave tricherie représente, selon certaines sources, plus de 100 milliards d’euros par année.

Le chef du gouvernement italien Romano Prodi a en tous cas provoqué un vif débat dans la Péninsule pour avoir laissé entendre que l’Eglise catholique devrait faire davantage pour appuyer la lutte contre l’évasion fiscale, fort répandue en Italie. Et de citer l’apôtre Paul, qui exhortait à l’obéissance aux autorités.

Les démocrates-chrétiens s’en prennent aussi à Prodi

Dans une interview accordée à l’hebdomadaire catholique «Famille chrétienne», Romano Prodi se demande pourquoi, quand il va à la messe, «ce thème qui a pourtant une forte connotation éthique, n’est quasiment jamais évoqué dans les homélies.» Un tiers des Italiens pratiquent l’évasion fiscale, relève-t-il, «c’est inadmissible!». Pour changer les mentalités, poursuit-il, «il faut que tout le monde, notamment les éducateurs, joue son rôle, y compris l’école et l’Eglise». La lutte contre la fraude fiscale est une pomme de discorde entre la gauche et la droite en Italie, mais elle divise semble-t-il aussi au sein de l’Eglise.

Dans l’opposition, le chef des démocrates-chrétiens de l’UDC, Pier Ferdinando Casini, a estimé «très singulier» que le président du Conseil dise à l’Eglise ce qu’elle devait faire dans le domaine fiscal. «Prodi devrait s’occuper de ses affaires, et non pas expliquer aux prêtres ce qu’ils doivent dire à l’église». Plusieurs prêtres ont toutefois approuvé les déclarations de Romano Prodi.

Mais Don Gianni Baget Bozzo, un prêtre controversé et militant politique originaire de Savone, a expliqué que la fraude fiscale «n’est pas un vol». C’est que le Père Baget Bozzo sait de quoi il parle: il a travaillé pour le Parti socialiste de Bettino Craxi – condamné à la prison pour corruption – avant de se ranger aux côtés de Silvio Berlusconi et de s’enrôler dans son parti Forza Italia…

Le prêtre, fidèle du richissime Berlusconi, qui ne passe pour un ami du fisc italien, estime que serait une sorte d’acte d’autodéfense «pour ne pas être volé» par l’Etat. Berlusconi avait multiplié les amnisties fiscales durant son mandat (2001-2006).

«Il ne me semble pas que Prodi ait attaqué l’Eglise», a estimé pour sa part la ministre italienne de la Famille Rosy Bindi. Mais l’»Avvenire», le quotidien de la Conférence des évêques italiens, rappelait dans son édito de jeudi que l’on ne pouvait pas se souvenir de l’Eglise seulement quand quelque urgence la réclame, et l’oublier, quand cette même Eglise «proclame et défend les principes moraux plus importants qui concernent la vie, de son tout début à sa fin naturelle, la structure familiale de la société, la formation des nouvelles générations».

D’un autre côté, le Père Bartolomeo Sorge, directeur de la revue jésuite «Aggiornamenti sociali», a rappelé que payer les impôts est un «devoir de solidarité», mais il faut que l’Etat aussi «se rende crédible», en destinant les ressources qui lui reviennent «effectivement de manière utile». (apic/corr/be)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/rome-polemiques-apres-la-demande-de-romano-prodi-a-l-eglise-italienne/