Suisse: Lettre ouverte de la Conférence des évêques sur la situation oecuménique actuelle
Fribourg, 7 août 2007 (Apic) Il serait absurde de prétendre que les catholiques seraient de meilleurs chrétiens que les protestants, affirme Mgr Kurt Koch, président de la Conférence des évêques suisses (CES), dans une lettre ouverte de 9 pages publiée mardi 7 août. S’il reconnaît que sa longue lettre ne relève pas du « politiquement correct » car il y interpelle la Fédération des Eglises protestantes de Suisse, il précise qu’il le fait par devoir de conscience et dans l’espoir que cela servira l’oecuménisme.
S’adressant ainsi au président du Conseil de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS), le pasteur Thomas Wipf, l’évêque de Bâle prend position au sujet de la situation oecuménique actuelle. Il réfute certaines interprétations protestantes et rappelle également que certaines prises de position protestantes ont également « irrité » les catholiques.
Dans une lettre ouverte publiée mardi sur le site internet de la CES (www.sbk-ces-cvs.ch), Mgr Kurt Koch rappelle le document récemment publié par la Congrégation romaine pour la doctrine de la foi concernant « certains aspects de la doctrine sur l’Eglise ». L’évêque de Bâle fait référence aux prises de position qui ont suivi, exprimant, en partie, de la déception.
Cette déception a notamment été exprimée par des responsables évangéliques réformés, dont le pasteur Thomas Wipf, président du Conseil de la FEPS, mais également de la Communion d’Eglises Protestantes en Europe (CEPE). Cette dernière avait elle aussi fait part début juillet de son « étonnement » et de son « irritation » face au nouveau document de la Congrégation pour la doctrine de la foi affirmant que l’Eglise catholique est « la seule et unique Eglise du Christ ». La CEPE, qui regroupe presque toutes les Eglises protestantes européennes, avait alors déclaré que c’est « l’Evangile (qui) constitue l’Eglise, pas la succession apostolique dans le sacrement de l’ordre ».
Des irritations oecuméniques ont aussi été provoquées du côté réformé
Le document du Vatican a provoqué des irritations dans le camp oecuménique, « que Mgr Koch regrette et qui lui font mal », précise la CES dans son communiqué. Mgr Koch relève que le document de la Congrégation pour la doctrine de la foi n’a jamais eu une quelconque intention de rabaisser ou de discriminer les Eglises et les communautés religieuses issues de la Réforme.
« Le document romain n’a jamais dit que l’Eglise catholique était une meilleure Eglise en matière de foi ou de morale que les autres Eglises ou que les catholiques seraient de meilleurs chrétiens que les réformés », précise-t-il. L’Eglise catholique ne dit pas que les Eglises réformées ne sont pas des Eglises, mais le document romain précise simplement que les Eglises réformées ne sont pas des Eglises dans le sens où l’Eglise catholique se comprend elle-même comme Eglise.
Au-delà de l’oecuménisme vécu au quotidien
Dans le quotidien, les communautés de foi issues de la Réforme sont bien évidemment considérées comme Eglises, note la CES. Il faut toutefois permettre aux catholiques de débattre autour de la compréhension spécifiquement théologique de l’Eglise et ceci au-delà de l’oecuménisme vécu.
« Cette compréhension catholique se distingue en particulier de la vision protestante pour ce qui est des questions concernant le ministère sacramentel de l’ordre et la succession apostolique », peut-on lire dans le communiqué de la CES. Les Eglises évangéliques réformées, quant à elles, ne se comprennent pas comme Eglises dans le même sens que l’Eglise catholique, poursuit-il. Il admet que ce que dit Rome à ce propos a été reçu du côté protestant d’une autre façon que ce qu’avait voulu dire la Congrégation pour la doctrine de la foi. Ce qui a causé de nombreuses blessures « que je regrette beaucoup », écrit Mgr Koch. « Mais ce n’était pas là l’intention du document de la Congrégation pour la doctrine de la foi ».
D’autre part, souligne la CES, « il faut dire que dans certains cas les irritations oecuméniques ont aussi été provoquées du côté réformé », mais souvent, la partie catholique a préféré se taire, ce qui après coup se révèle être une faute.
Mgr Koch relève dans sa lettre que le public a maintenant l’impression qu’au fond tout irait bien dans le domaine oecuménique en Suisse si l’Eglise catholique ne venait pas troubler cette réalité. Pour le président de la CES, cette impression est tout simplement fausse, comme est aussi fausse l’impression que donnent dans le public les Eglises réformées d’être les seules protagonistes de l’oecuménisme, tandis que l’Eglise catholique serait le gros obstacle à l’oecuménisme. Et l’évêque de Bâle, de mentionner ensuite toute une série d’exemples où les catholiques avaient eux aussi matière à être irrités par les positions prises du côté évangélique réformé.
Pour la poursuite du dialogue théologique
L’Eglise catholique mise entièrement sur une poursuite du dialogue théologique nécessaire, fait savoir le président de la CES. Les deux aspects – oecuménisme vécu et débat théologique – sont indispensables. Mgr Koch souhaite par conséquent que les Eglises réformées en Suisse restent en dialogue avec l’Eglise catholique pour poursuivre ensemble le chemin oecuménique jusqu’ici entrepris. La voie de l’oecuménisme, que l’Eglise catholique a empruntée avec le Concile Vatican II, est irréversible, écrit Mgr Koch, « et il n’y a pas, sur ce chemin, d’alternative, parce que ce chemin correspond à la volonté de notre Seigneur Jésus Christ ». (apic/com/ces/be)
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