Afrique: Développement croissant du marché de la drogue en Afrique
Kinshasa, 12 août 2007 (Apic) La drogue est désormais «le» problème en Afrique et représente un obstacle supplémentaire du développement du continent, indiquent plusieurs organismes internationaux chargés de la lutte contre le trafic de stupéfiants, cité par Fides à Rome.
Déjà en 2001 un rapport de l’Organe international de contrôle des drogues affirmait que «grâce à leur expérience dans le domaine de la contrebande de haschich et d’héroïne, les cartels de la drogue de l’Afrique occidental cherchaient de nouveaux contacts en Amérique latine pour étendre le trafic de la cocaïne à toute la région de l’Afrique sub-saharienne».
Il s’agit d’un tournant fondamental dans la stratégie du trafic de narcotiques mondial, qui voit l’Afrique devenir une région «pivot» pour la distribution de drogues dans le monde entier. Jusqu’au début des années 90 du siècle dernier, l’Afrique était tenue en marge des routes de la drogue. Le tournant arriva en 1993, quand furent saisis au Nigeria 300 kg d’héroïne provenant de la Thaïlande. C’est le signal d’un changement qui voit la transformation de nombreux petits contrebandiers africains (pour la plupart nigériens) de simples transporteurs pour le compte de tiers, en membres de gang ayant à leur tête des africains, en mesure de traiter d’égal à égal avec des organisations analogues à celles d’autres continents.
La présence de ces organisations criminelles, la forte urbanisation, la perte des valeurs traditionnelles africaines, la diffusion d’une culture hédoniste sont autant de facteurs qui ont créé les prémices pour un marché africain de la drogue. Selon cres ONG, citées par Fides, l’Afrique n’est donc plus seulement un lieu de transit des stupéfiants mais aussi un terrain «vierge» pour l’espace de la drogue.
Saisies en augmentation
Selon une étude critique effectuée par l’association Libera de Don Ciotti, les données présentées par les organismes antidrogues internationaux et de certains Etats ne rapportent pas en effet fidèlement l’entière production mondiale de cocaïne. Selon cette étude (se référant seulement à la cocaïne et non à d’autres drogues), il y a une discordance entre l’estimation sur la production mondiale de cocaïne effectuée par l’ONU et les données relatives aux saisies et à la consommation de cocaïne sur les sols américains.
Les saisies d’opiacées en Afrique ont enregistré une augmentation ces dernières années. Selon des données ONU par exemple 2004 on est arrivé à une augmentation de la saisie d’héroïne de 60% par rapport à l’année précédente.
La plus grande partie de cette augmentation est due aux saisies ayant eu lieu en Afrique centrale et occidentale qui ont plus que doublé entre 2003 et 2004. L’héroïne qui passe par l’Afrique est destinée en premier lieu aux marchés européens et en deuxième lieu à celui du Nord de l’Amérique. L’héroïne provient des pays d’Asie du Sud-ouest et du Sud-est.
Le montant total des opiacées saisis en Afrique reste encore modeste (0,3% du total des saisies au niveau mondial). Il faut tenir compte cependant qu’il n’existe pas de statistiques fiables et que le niveau des saisies ne reflète pas le frai flux de narcotiques qui passent par l’Afrique à cause de la faiblesse des forces de police locale qui ont du mal à intercepter les charges illicites.
En ce qui concerne l’utilisation d’opiacées en Afrique, selon les données du Bureau des Nations Unies pour la lutte contre la criminalité (UNODC), on remarque une augmentation de leur consommation sur le continent africain, en particulier en Afrique orientale, en Afrique australe et dans plusieurs pays de l’Afrique occidentale. Selon les experts des Nations Unies, la croissance de la consommation d’héroïne dans ces régions vient du fait qu’elles sont utilisées comme lieux de transit par les narcotrafiquants, lesquels ne dédaignent pas cependant de créer un marché local.
Plaque tournante
En Afrique du Sud, l’un des quelques pays africains disposant de données fiables, jusqu’au début du nouveau millénaire la demande de soins pour abus d’héroïne représentait seulement 1% du total des demandes de soins pour dépendance de substances (incluant l’alcool). En 2005 ce pourcentage était monté à 7%.
Selon le rapport de l’UNODC sur le trafic de stupéfiants de 2007, le marché de l’héroïne est partagé de cette façon : l’héroïne afghane est destinée aux marchés d’Asie centrale, de l’Europe, du Moyen-Orient et de l’Afrique ; celle produite dans le ’triangle d’or’ alimente le marché chinois, des autres pays asiatiques et de l’Océanie ; celle provenant l’Amérique Latine dessert le marché américain.
Le rapport note cependant qu’une «partie petite, mais en croissance, de la production d’opiacées afghanes, est envoyée en Amérique septentrionale, soit par l’Afrique orientale et l’Afrique occidentale, soit par l’Europe».
Le document affirme afin que la demande globale d’héroïne est restée stable «malgré d’importantes augmentations dans les pays se trouvant le long des principales routes du trafic de narcotiques».
Les dernières données de l’UNODC montrent une forte augmentation de l’usage d’héroïne dans certains pays africains comme le Mozambique, la Zambie, le Kenya, la Tanzanie et la Côte d’Ivoire, tandis que d’autres pays ont eu une augmentation plus contenue. Parmi ceux-ci il y a l’Afrique du Sud, Madagascar, le Ghana, le Libéria et le Sénégal.
La donnée la plus préoccupante est cependant celle de la cocaïne qui transite par l’Afrique en direction principalement de l’Europe et en seconde position de l’Amérique septentrionale, estiment encore les ONG citées par Fides
Nouvelle route
L’importance de l’Afrique, et en particulier de l’Afrique occidentale, comme point de transit de la cocaïne vers les riches marchés occidentaux est démontrée par le niveau des saisies enregistrées ces dernières années. Les saisies de cocaïne dans toute l’Afrique ont été multipliées par trois entre 2003 et 2004, tandis que pendant la même période, les saisies en Afrique occidentale et centrale ont été multipliées par six. Les prises les plus importantes dans cette période 2003-2004 ont été enregistrées à Cap Vert, suivi par l’Afrique du Sud, le Kenya, le Ghana et le Nigeria. Reste que l’Afrique ne représente qu’un pourcent du total mondial des saisies de cette substance..
Selon les rapportes, les trafiquants de cocaïne tendent dans une mesure croissante à se servir de l’Afrique comme point de transit pour deux raisons. La première vient de l’amélioration des systèmes de surveillance déployés par les autorités locales et par les autorités américaines dans les régions des Caraïbes et de l’Amérique du centre, route traditionnelle utilisée par les trafiquants. Le second facteur est lié à la diminution de la consommation de cocaïne aux Etats-Unis face à une augmentation de la demande en Europe.
L’Afrique, aux dires des auteurs du rapport, est donc une route commode et sûre pour atteindre un marché en croissance. Un simple calcul économique montre le fort pouvoir d’attraction de la production; déjà en 1995, en Guinée, un sac de 20-25 kilos de marijuana avait une valeur égale au revenu annuel moyen d’une famille de huit personnes consacrée à la production de cultures licites. Sur le marché de Kinshasa en République Démocratique du Congo (RDC), un sac de 25 kilos de marijuana se vend pour mille dollars, tandis qu’un sac de 80 kilos de manioc vaut à peine 10 dollars.
«On comprend ainsi que la culture de cette substance stupéfiante ait de sérieuses répercussions sur l’autosuffisance alimentaire de plusieurs pays africains». Selon l’association pour la lutte contre la toxicodépendance de Kinshasa, LIPILDRO, à cause de l’abandon des cultures légales pour celles du cannabis, d’ici 2010 la plupart des villes congolaises subiront une crise alimentaire. (apic/fides/pr)
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