Les évangéliques se rallient aux autres chrétiens

Code de conduite pour les conversions en question à Toulouse

Toulouse, 15 août 2007 (Apic) Un théologien de l’Alliance évangélique mondiale (AEM) affirme que son mouvement est prêt à apporter son soutien à un code de conduite pour les conversions au christianisme généralement accepté par les Eglises protestantes historiques, anglicanes et orthodoxes, ainsi que par les catholiques romains.

«Les chrétiens ’évangéliques’ et ’oecuméniques’ n’ont jamais été aussi proches qu’aujourd’hui sur cette question. Ainsi, quelque chose qui n’aurait pas pu être possible il y a 30 ans s’avère réalisable», a déclaré Thomas Schirrmacher, théologien allemand et directeur de l’Institut international de l’AEM pour la liberté religieuse. «Ce serait la première fois qu’un soutien aussi large de la part des chrétiens serait donné à un accord de ce type.»

Thomas Schirrmacher intervenait au cours d’une consultation qui a eu lieu du 8 au 12 août à Toulouse, organisée conjointement par le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux et le programme du Conseil oecuménique des Eglises (COE) Coopération et dialogue interreligieux. Quelque 30 théologiens et représentants d’Eglise catholiques romains, orthodoxes, protestants, pentecôtistes et évangéliques ont assisté à cette consultation, qui a présenté les grandes lignes d’un code de conduite commun pour les conversions religieuses. La finalisation de ce code est prévue pour 2010.

Pour Thomas Shirrmacher, ce code devrait «établir la limite entre les formes acceptables de la mission protégée par la liberté religieuse et les formes excessives de tentatives de conversion.» Le théologien a toutefois reconnu la difficulté qu’il y avait à déterminer «les moyens contraires à l’éthique» dans un code de conduite concret, étant donnés les différents contextes historiques, religieux, culturels et politiques.

«Vol» de brebis

Certains adhérents du pentecôtisme et des membres du christianisme évangélique ont été critiqués par d’autres chrétiens et membres d’autres religions pour avoir pratiqué un prosélytisme agressif. Des tensions se sont également manifestées entre Eglises chrétiennes, notamment entre catholiques, protestants et orthodoxes, concernant ce qui a été appelé le «vol de brebis», c’est-à-dire l’obtention de conversions en empiétant sur des zones ou` une autre Eglise est traditionnellement dominante.

Tout en maintenant le droit à propager une religion, le code de conduite mettrait l’accent sur le respect des croyants de toutes les religions, a indiqué Hermen Shastri, secrétaire général du Conseil des Eglises de Malaisie et co-président de la Commission foi et constitution du COE. «Les prédicateurs religieux doivent savoir qu’aucune religion n’a le monopole de la vérité et qu’il existe de nombreuses manières d’obtenir le salut», a déclaré Hermen Shastri.

Les activités d’évangélisation doivent éviter de «déprécier ou condamner les autres religions», a pour sa part estimé Fiorello Mascarenhas, jésuite indien et ancien président du Conseil du bureau international du renouveau charismatique catholique. Selon lui, l’évangélisation devrait plutôt encourager «le dialogue interreligieux et l’harmonie religieuse, ainsi qu’une coopération sans réserve dans des projets d’amélioration de la condition humaine».

Pour Tony Richie, théologien et pasteur de l’Eglise de Dieu aux Etats-Unis, une dénomination pentecôtiste, le code de conduite doit être établi autour du concept d’»évangélisme dialogique» et non pas celui d’»évangélisme agressif». Cet évangélisme préconisé peut être énergique et enthousiaste sans être coercitif ou manipulateur. Il a également expliqué que l’évangélisme doit adopter une attitude oecuménique et chercher à agir conformément à l’éthique.

Exprimant son «chagrin» en raison de l’utilisation d’une «pression excessive» par les évangéliques, qui ont «violé les droits de la personne au nom des missions», Thomas Shirrmacher a souligné que «toutes les branches du christianisme devaient faire leur autocritique». Le code de conduite prévu «n’aura de sens que s’il ne s’adresse pas uniquement aux évangéliques et aux pentecôtistes, mais s’il est rédigé avec eux.» L’implication et la bénédiction de l’AEM «sont cruciaux pour rallier les ’moutons noirs’ des mouvements évangéliques et pentecôtistes à un évangélisme plus respectueux», a déclaré le théologien allemand.

L’application de ce code de conduite reste toutefois une question ouverte. Ni l’AEM, ni le COE n’ont d’autorité formelle sur leurs membres. Il va par ailleurs de soi que le code de conduite a peu de chance de devenir la politique officielle de l’Eglise catholique, notent les observateurs. En ce qui concerne les pentecôtistes, «personne ne peut forcer chacun d’eux à faire quoi que ce soit», a déclaré Tony Richie. Il a cependant indiqué que «les pressions exercées par l’entourage peuvent être particulièrement efficaces». (apic/eni/pr)

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