Fribourg: La cloche Sainte-Barbara de la cathédrale Saint-Nicolas auscultée
Apic, Jacques Schouwey
Fribourg, le 16 août 2007 (Apic) L’Union européenne finance un projet consacré à l’étude scientifique des cloches dans les édifices historiques. En Suisse, deux cloches sont inspectées par l’équipe du projet: la cloche Sainte Barbara de la cathédrale Saint-Nicolas à Fribourg fondue en 1367, et la plus grande cloche de Suisse, le Bourdon du Münster à Berne.
Andreas Krupp, professeur de mécanique à l’Université de Kempen (Allemagne), et René Spielmann, directeur de l’entreprise Ruetschi à Aarau, ont présenté jeudi, au clocher de la cathédrale Saint-Nicolas à Fribourg, les nouvelles technologies dans ce domaine. Ils ont aussi dressé un premier bilan de leur recherche
Le projet de recherche de l’Union européenne «Probell – Maintenance an Protection of Bells» vise à détecter et à prévenir la détérioration des cloches. Doté de 1,6 million d’euros, il a pour objectifs la conservation des cloches historiques particulièrement précieuses, mais aussi l’amélioration du son propre à des cloches récentes. Composée de 14 partenaires – fonderies de cloches, universités, experts en cloches et en marteaux – l’équipe chargée du projet présente un premier bilan provisoire après une année de recherches. L’entreprise H. Rüetschi Sa à Aarau, fondeur de cloches et spécialiste pour l’automatisation des cloches et horloges d’édifice, représente la Suisse dans cette équipe de recherche. C’est elle qui s’occupe de l’entretien des cloches de la cathédrale Saint-Nicolas
La «Sainte Barbe»
C’est dans les ateliers d’Aarau que la plus ancienne cloche encore en service, dédiée à Sainte Barbara, a été fondue en 1367. D’un poids d’environ 2,2 tonnes, elle porte cette inscription: «Coulée en l’an de grâce 1367/au mois d’octobre/par le maître Walter Reber d’Aarau». L’intérêt de l’analyse de cette cloche, aux yeux des chercheurs, réside dans le fait que c’est un vieil instrument. Dans leur étude, les chercheurs étudient des cloches provenant d’ateliers et d’époques différentes, pour les comparer et expliquer les variations dans les traitements qui ont été donnés à ces instruments.
Le bilan dressé par les experts est étonnant. Les tentatives de définir la méthode de mesure idéale pour détecter la détérioration ont révélé des «aspects secondaires» qui s’imposent comme des paramètres importants sur la voie de la découverte de «l’empreinte digitale du son». Grâce à ce procédé, l’équipe Probell espère mettre au point, d’ici la fin de l’année, un précédé de mesure unique dans l’histoire des cloches. A l’instar d’un fichier de police, «l’empreinte digitale» doit permettre de démontrer qu’une cloche est intacte ou, si le son est altéré, de détecter très tôt l’emplacement exact de la détérioration, voire le facteur qui l’a provoquée. A partir du son, il est possible de représenter des images sonores en couleurs et en trois dimensions, de comparer les enregistrements et de détecter les défauts et détériorations à temps – à condition que la cloche soit régulièrement soumise à cette procédure de mesure.
De nombreuses questions techniques guident la recherche dans ce domaine: Comment obtient-on le meilleur son de cloche? Quelle influence ont le degré des aigus et le degré d’angle sur la qualité et la durabilité d’une cloche? Quel rôle jouent la dureté du marteau, sa forme, son poids ou la surface d’impact? Quelle signification ont à cet égard la température au moment de la fonte ou les temps de refroidissement lors de la fabrication de la cloche? Apic
Encadré
Ue cloche: qu’est-ce que c’est?
Initialement c’est un instrument de musique, composé de 78 à 79% de cuivre et de 21 à 21% de zinc. La cloche doit sa sonorité au savoir-faire du fondeur, à la qualité du matériau utilisé, à sa forme, à sa grandeur. Sa sonorité, son intensité et son timbre sont déterminés par l’épaisseur de la paroi. Lorsqu’on la frappe, la cloche produit une multitude de tons qui se succèdent et se mêlent pour générer un son vibrant de vie. Au ton principal (ton mélodique) vient s’ajouter toute une série de tons partiels de longue durée. Une cloche doit avoir une tonalité pure dans le domaine principal (mi bémol pour «Sainte Barbara») et présenter des tons partiels (tierce, quinte, octave) d’une intensité parfaitement équilibrée.
C’est aussi une oeuvre d’art, dont les inscriptions sont de précieux témoins historiques. Le ciselage minutieux des inscriptions fait partie de l’art du fondeur, ces «documents» restant des témoins pour de longs siècles.
La mise en place de la cloche exige encore des préparatifs importants à la fonderie: l’équipement. Celui-ci se constitue du joug, en bois de chêne ou en fer, et du battant en fer malléable forgé. La suspension de la cloche au beffroi (en chêne ou en acier) exige un travail artisanal de précision, les rapports de poids devant être parfaitement équilibrés pour générer une frappe régulière du battant. Aussi l’équilibre de la suspension est-il assuré par un dispositif d’ajustage réglable en tous sens.(apic/js)
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