Apic reportage
«Elle était simplement là, elle saluait et bénissait
Anne-Katrin Gässlein*, Apic /Traduction: Bernard Bovigny
Calcutta, 22 août 2007 (Apic) Mère Teresa est décédée il y a 10 ans, le 5 septembre 1997. Plus de 3’000 soeurs et 500 frères, dans 710 communautés et 133 pays, font aujourd’hui partie de sa congrégation des «Missionnaires de la Charité». Visite sur les lieux, à Calcutta, où la religieuse était déjà considérée comme une sainte de son vivant.
«On pourrais penser qu’au cours des années elle avait acquis une aura pleine de vénération, presque intangible. Mais notre «mère» était très humaine, elle était toujours en prise avec la réalité». Soeur Christie s’exprime dans un anglais parfait, sans le moindre accent, dans la Maison-mère de la congrégation. Cette Japonaise vit à Calcutta depuis 15 ans. Elle a donc connu personnellement la fondatrice des «Missionnaires de la Charité».
«Dans tous ses actes – qu’elle prie ou signe des cartes – elle était orientée vers Jésus. Cela, chacun l’a ressenti». Une anecdote au sujet des cartes, justement, est assez significative. Un homme d’affaires lui avait demandé son adresse, afin de lui imprimer des cartes de visite. En lieu en place de sa rue, de son numéro de téléphone ou encore de son numéro de compte, Mère Teresa a décidé de faire imprimer une prière.
La Maison-mère de la congrégation, dans laquelle Mère Teresa a vécu jusqu’à sa mort, est aujourd’hui un centre administratif. Mais son animation fait davantage penser à une ruche. Des religieuses renseignent les visiteurs sur les heures d’ouverture, les guident auprès de la tombe de Mère Teresa et à travers le petit musée qui lui est consacré, là où sont exposés ses sandales, son sari et même sa chaise roulante.
«De son vivant, tant de personnes affluaient qu’elle devait descendre dans la cour intérieure pour leur parler», se rappelle Soeur Christie. «Elle était simplement là, elle saluait et bénissait».
Des bénévoles issus du monde entier
La fascination pour Mère Teresa fonctionne toujours, dix ans après sa mort. C’est à la Maison-mère que sont coordonnés les activités des nombreux bénévoles, désireux de s’engager dans un des établissements de la congrégation. Ce sont en majorité des jeunes, issus de toutes les régions du monde. Après une introduction en anglais, chinois ou japonais, ils peuvent collaborer à l’accompagnement des malades, jouer avec des enfants ou parler avec des personnes âgées. «Quelques-uns ne restent que quelques jours, d’autres travaillent 6 mois ou même plus longtemps dans nos communautés», raconte Soeur Christie. Parmi eux, on trouve souvent des jeunes qui proviennent de Suisse.
Dans la lumière voilée de cette fin d’après-midi, qui traverse les fenêtres, les ventilateurs tentent d’éloigner la chaleur qui tape sur les rues poussiéreuses environnantes. Trois rangées de brancards sont installées. Plus de 100 patients se trouvent actuellement dans «La Maison des malades ou des mourants». Rien qu’aujourd’hui, six arrivées ont déjà été enregistrées.
«Les gens sont amenés chez nous soit par leur parenté, soit par des passants qui les ont trouvés dans la rue», raconte Soeur Glenda. Elle est surveillante dans cet établissement des «Missionnaires de la Charité» et dégage une certaine autorité avec sa stature solide et sa forte voix. «Oui, nous avons aussi un médecin. Il vient trois fois par semaine, ainsi que sur demande en cas d’urgence», affirme-t-elle d’un ton net. Et les trois religieuses qui travaillent ici? «Elle ont aussi une formation médicale, mais partielle.»
Des médecins réticents
Le fait que les soins au mouroir de Calcutta soient régulièrement administrés par des religieuses disposant d’une formation médicale insuffisante est un reproche souvent adressé aux «missionnaires de la Charité». La congrégation rend attentive au fait que de nombreux médecins refusent de venir soigner les patients, surtout ceux qui sont près de mourir, mais aussi ceux qui sont atteints d’une maladie contagieuse. Beaucoup refusent également les malades qui ne peuvent pas payer leur traitement.
Mais la congrégation s’efforce de promouvoir à l’interne la formation médicale. Une des premières religieuses de la congrégation, Soeur Andrea, a même entrepris des études de médecine peu après son entrée dans les ordres et acquis un doctorat. Par ailleurs, les Missionnaires de la Charité n’ont pas que les soins apportés au corps en vue, mais également l’accompagnement spirituel.
Un autre reproche régulièrement essuyé par les Soeurs de Mère Teresa est l’utilisation des dons. Dans certains établissements, des dons auraient été exclusivement attribués à l’évangélisation des pauvres, ce qui est en contradiction avec les lignes directrices de la congrégation.
La réponse est venue de Mère Teresa elle-même. «Il n’y a qu’un Dieu. Et il est le Dieu de tous. Nous voulons aider un hindou à devenir un meilleur hindou, un musulman à devenir un meilleur musulman, et un chrétien à devenir un meilleur chrétien.» Ce qui est certainement un défi passionnant pour des religieuses chrétiennes. Car leurs patients à Calcutta sont «à 90% des hindous et 10% des musulmans», comme l’affirme de façon péremptoire Soeur Glenda.
* Anne-Katrin Gässlein est rédactrice responsable des bulletins paroissiaux «forumKirche» de Schaffhouse et Thurgovie.
Indication aux rédactions: Des photos des Soeurs de Mère Teresa à Calcutta sont gratuitement à disposition à : kipa@kipa-apic.ch
Encadré:
Mère Teresa – une vie pour les pauvres
Mère Teresa – Agnes Ginxha Bojaxhiu au civil – est née le 27 août 1910 à Skopje en Macédoine sous occupation turque, dans une famille catholique d’origine albanaise. A l’âge de 12 ans, elle est convaincue de devenir religieuse. A 18 ans, elle entre chez les Soeurs de Notre-Dame de Lorette en Irlande. Elle se retrouve enseignante d’histoire et de géographie dans leurs écoles à Darjeeling et Calcutta. Après avoir prononcé ses voeux, elle est nommée à la tête de Sainte-Marie, une école pour les enfants bengalis à Calcutta. Le 10 septembre 1946, alors qu’elle est en retraite, elle ressent ce qu’elle décrit ultérieurement comme «un deuxième appel»: aller dans les taudis de Motijhil à Calcutta et travailler auprès des plus pauvres et plus déshérités de la ville. Cette date est célébrée comme le Jour de l’inspiration par les Missionnaires de la Charité, ordre religieux qu’elle a fondé pour promouvoir cette vocation. Deux ans plus tard, elle quitte les soeurs de Notre-Dame de Lorette et fonde, avec l’approbation de son évêque et du pape Pie XII, une nouvelle congrégation, approuvée par Rome en 1950.
(apic/akg/ak/bb)
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