Rome: Le Père Brian Kolodiejchuk, auteur d’un ouvrage décalé sur Mère Teresa

Apic interview

Les doutes sur l’existence de Dieu de la «Sainte de Calcutta»

Ludwig Ring-Eifel, Apic / Traduction: Bernard Bovigny

Rome, 2 septembre 2007 (Apic) Juste avant le 10e anniversaire de sa mort, un ouvrage décalé sur la vie de Mère Teresa fait la une de la presse dans le monde. Son auteur, le Père Brian Kolodiejchuk, révèle que la «Sainte de Calcutta» a connu des doutes sur l’existence de Dieu durant sa vie.

L’auteur de «Viens, sois ma lumière» est également postulateur de la cause de canonisation de Mère Teresa. Interviewé par l’Apic, il a exprimé son étonnement de voir les doutes de la religieuse faire la une du Magazine «Time».

Apic: Les «heures d’obscurité» dans la vie de foi de Mère Teresa ont fait les gros titres lors de la parution de votre ouvrage. De quoi s’agit-il au juste?

Brian Kolodiejchuk: La plupart des documents qui apparaissent dans mon livre proviennent de la correspondance de Mère Teresa avec des évêques et accompagnateurs spirituels. Afin de comprendre les passages sur «l’obscurité», qui se trouvent avant tout dans la deuxième partie du livre, il faut d’abord voir ce qui vient avant, en particulier son rapprochement de Jésus et ses voeux. En 1942, elle promet solennellement de ne jamais rien refuser à Dieu. En 1946 débute la phase de l’inspiration, et cela, on le remarque dans ses lettres qui prennent la forme d’un dialogue entre Jésus et elle. Il s’ensuit une extraordinaire et très sensible union avec Jésus.

Le livre présente Mère Teresa comme une femme qui a acquis une union mystique avec Jésus – et ensuite ressenti d’autant plus douloureusement un sentiment d’absence de Dieu.

Apic: Pouvez-vous citer un exemple?

BK: Prenez le texte sur l’année 1959, qui a pour titre «Dans l’obscurité». Il débute en ces termes: «Seigneur, mon Dieu, qui suis-je pour que tu puisses me laisser tomber?» Et, plus loin: «Où est ma foi? Même au plus profond de moi-même, il n’y a rien que le vide et l’obscurité.»

Il convient de remarquer qu’il n’est pas question là d’avoir perdu la foi. Elle croit, mais elle ressent la douleur de la perte, elle éprouve un sentiment d’absence de Dieu. Et ce sentiment de perte est d’autant plus grand qu’elle avait auparavant fait l’expérience de la proximité de Dieu. D’une certaine manière, elle s’est unie à Jésus par cette expérience, et ensuite elle a ressenti l’abandon de Dieu de la même façon que Jésus sur la croix et juste avant au Jardin de Gethsémani.

Apic: Vous êtes-vous senti mal à l’aise lorsque vous avez examiné puis publié des documents qui auraient dû rester secrets selon la volonté de leur auteur?

BK: Non, car déjà les destinataires des lettres avaient décidé de ne pas respecter cette volonté et de ne pas détruire ces textes, car ils pensaient que leur contenu avait de l’importance pour les autres. Finalement, l’expérience d’une fondatrice de congrégation n’est pas simplement une affaire purement privée. Comme l’a affirmé le théologien Hans Urs von Balthasar: La vie d’un saint est personnelle, mais pas privée. Il en est de même, par exemple, avec Jean Paul II, qui a voulu supprimer certains documents. Son secrétaire ne l’a pas fait, car il est important pour l’Eglise qu’ils subsistent.

Apic: quel rôle joue la parution de votre livre dans la procédure de canonisation de Mère Teresa?

BK: J’ai déjà publié entre autres les documents qui montrent certains traits de sa sainteté, qui étaient peu connus jusqu’à maintenant. Et ça ne la rend pas moins importante, au contraire, ça l’agrandit. Ces textes montent Mère Teresa comme une personne qui n’était pas seulement proche des pauvres matériellement, mais aussi de ceux qui avaient une soif spirituelle.

Apic: Où en est le processus de canonisation?

BK: Le principal travail est déjà accompli depuis longtemps. C’était durant la phase de béatification. Ce qui manque maintenant, c’est un deuxième miracle, ce qui est une condition requise pour la canonisation. Il y a certes quelques rapports qui nous sont parvenus sur des guérisons, mais ils étaient insuffisants du point de vue médical.

En outre, l’intercession lors d’un miracle doit toujours être clairement adressé au candidat ou la candidate à la sainteté, sinon cela ne compte pas comme preuve dans une procédure de canonisation. (apic/lre/bb)

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