Rome: Le cardinal Tauran analyse les suites du discours du pape à Ratisbonne

Apic Interview

Il a permis de «revaloriser le dialogue islamo-chrétien»

Rome, 3 septembre 2007 (Apic) Le discours du pape à Ratisbonne en septembre dernier – qui avait provoqué un tollé dans le monde musulman et attisé la haine des fondamentalistes islamiques – a permis de «revaloriser le dialogue islamo-chrétien», estime le cardinal Tauran, qui préside depuis samedi le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux à Rome.

Depuis le 1er septembre 2007, le cardinal français Jean-Louis Tauran dirige le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux. Dans une interview accordée à l’agence de presse I.MEDIA à Rome et à l’hebdomadaire catholique français «Famille Chrétienne» (à paraître le 8 septembre 2007), le prélat réaffirme que le dialogue interreligieux est une «nécessité vitale».

Pas de dialogue avec les terroristes

A ses yeux, le discours de Benoît XVI à Ratisbonne l’automne dernier et la crise qui a suivi ont fait figure de «détonateur pour revaloriser le dialogue avec l’islam». Un dialogue qui, cependant, ne peut avoir lieu avec les terroristes.

Q: Le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux retrouve son autonomie après avoir été en partie intégré à celui de la culture. Le pape a-t-il donc évolué sur la question du dialogue islamo-chrétien ?

Cardinal Tauran: Oui et c’est ce qu’il m’a dit lorsqu’il m’a convoqué le 2 juin dernier pour me demander si j’acceptais cette charge. Après les événements de Ratisbonne, puis son voyage en Turquie, il a pensé qu’il fallait donner une importance toute particulière au dialogue interreligieux, et spécialement avec l’islam.

Il s’agit d’oeuvrer ensemble pour la paix, comme il l’avait dit dès le 25 avril 2005, en recevant des délégations des autres religions. Ce dialogue n’est pas temporaire, il est une «nécessité vitale», selon les termes de Benoît XVI.

Q: Le discours prononcé à Ratisbonne a-t-il profondément marqué les rapports entre l’Eglise catholique et le monde musulman ?

Cardinal Tauran: Il ne faut pas s’arrêter à la première réaction du monde musulman, qui a été extrêmement violente. Beaucoup n’avaient pas lu le texte, qui était d’ailleurs très condensé. Moi-même, il m’a fallu une après-midi pour le lire ! Il s’agissait d’une conférence d’un professeur allemand.

Le pape a été frappé par une citation, qu’il a exposée avec son grand sens de la dialectique. Mais cela a été mal compris, car il y a une toute autre approche dans la mentalité orientale. Cependant, cet événement est assez providentiel car il a fait figure de détonateur pour revaloriser le dialogue avec l’islam.

Q: Quel est le rôle du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux ?

Cardinal Tauran: Nous devons apprendre à connaître les non-chrétiens, et leur donner la possibilité de nous connaître. Ensuite, nous devons promouvoir la formation de ceux qui oeuvrent pour le dialogue interreligieux sur le terrain. Enfin, il s’agit d’encourager les initiatives qui sont prises ça et là dans ce sens.

Q: Le dialogue avec les musulmans doit-il se situer à un niveau théologique, culturel ou diplomatique ?

Cardinal Tauran: Pour le moment, on ne peut pas dialoguer sur un plan théologique. Le dialogue se situe au niveau de la personne et des droits humains. De même qu’on ne peut pas demander à un chrétien de renoncer à la foi en la Sainte Trinité, ou en Jésus, Verbe incarné, on ne peut pas empêcher un musulman de croire que Mahomet est le dernier prophète et que le Coran est le livre saint. Nous ne disons pas que toutes les religions se valent, mais nous croyons que tout ce qu’il y a de bon, de vrai et de bien chez l’autre vient de Dieu et est une préparation évangélique.

Q: Ce dialogue est-il possible avec tous les musulmans ?

Cardinal Tauran: Non, on ne peut pas discuter avec les terroristes: ils tuent pour tuer. Le martyr, lui, offre sa vie pour que les autres aient la vie. Dans une société occidentale pluraliste où la religion en général fait peur à cause d’un mauvais islam, c’est malheureusement par l’islam violent que la jeune génération aborde la religion. Mais il y a plusieurs manières de vivre l’islam. Au Liban, j’ai rencontré des musulmans capables de dialogue, et sensibles à la réciprocité, qui sont devenus de vrais amis.

Q: Tout baptisé a le devoir d’évangéliser. Comment l’accomplir sans entraver le dialogue ?

Cardinal Tauran: Il ne faut pas avoir peur de dire qui nous sommes, en quoi nous croyons. Ne pas le faire serait une démission de notre part. D’ailleurs, certains musulmans ont du respect pour cela. La difficulté, c’est que la majeure partie d’entre eux ignorent ce qu’est le christianisme et se laissent guider par des slogans. Mais, dans la mesure où les chrétiens sont cohérents et contagieux, ils ne doivent pas avoir peur de l’islam.

Q: Que fait le Saint-Siège pour soutenir les communautés chrétiennes persécutées dans les pays musulmans ?

Cardinal Tauran: Il est vrai que les deux communautés cohabitent très mal dans les pays islamiques. Il n’y a qu’au Liban que les chrétiens sont des citoyens à part entière. Dans tous les autres pays, ils sont des citoyens de seconde zone. On ne peut pas nier la dimension conquérante de l’islam, puisqu’un bon musulman doit vivre dans un pays régi par la loi islamique. La récente création d’une nonciature aux Emirats arabes unis est un exemple de ce que fait le Saint-Siège pour apporter son aide à la communauté chrétienne sur place.

Propos recueillis par Antoine-Marie Izoard et Sophie le Pivain pour I.MEDIA et Famille Chrétienne.

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