Un choix contestable

Rome: Le Vatican fait part de ses craintes sur le projet de loi français sur l’immigration

Propos recueillis à Rome par Antoine-Marie Izoard

Rome, 17 septembre 2007 (Apic) Le Vatican fait part de ses craintes concernant le projet de loi français sur l’immigration. Il rejoint ainsi les associations de défense des immigrés, qui jugent «inacceptable» l’amendement récemment adopté par la Commission des lois de l’Assemblée. «Intégration» ne signifie pas «assimilation», ce qui est plutôt la tendance en France, estime Mgr Agostino Marchetto. Qui critique le choix français: l’immigration professionnelle plutôt que le regroupement familial.

Le texte controversé autorise le recours aux tests ADN lors de la délivrance des visas de plus de trois mois «en cas de doute sérieux sur l’authenticité de l’acte d’état civil».

Mgr Marchetto, secrétaire du Conseil pontifical de la pastorale pour les migrants et les personnes en déplacement, fait lui aussi part de ses craintes concernant le projet de loi français sur l’immigration qui sera présenté par Brice Hortefeux, ministre de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du co-développement, le 18 septembre à l’Assemblée nationale. Ce projet de loi relatif à «la maîtrise de l’immigration, à l’intégration et à l’asile» durcit, entre autres, les conditions du regroupement familial.

Dans une interview accordée à I.Media – Agence romaine partenaire de l’Apic – et à l’hebdomadaire catholique français «Famille Chrétienne» (à paraître le 22 septembre), le prélat invite la France à ne pas entraver «la réunion des véritables familles», à ne pas confondre «intégration» et «assimilation», et fait part de ses doutes quant au concept «d’immigration choisie».

Q.: Quelle est la vision générale du Saint-Siège en matière d’immigration?

Mgr Marchetto: Il existe un droit des personnes à ne pas émigrer. Il convient ainsi de créer des situations, dans les pays en développement, qui permettent un développement intégral des personnes. Mais il y a aussi un droit, dans certaines conditions, à émigrer. Pour autant, cela ne veut pas dire qu’un Etat n’a pas le droit d’établir des règles.

Q.: En France, particulièrement, ces règles deviennent plus fermes avec un test préalable à l’immigration sur la langue française, l’identité nationale et les valeurs de la République.

Mgr Marchetto: La question de l’intégration est fondamentale. Là-dessus, il y a des idées et des pratiques différentes selon les pays, mais il est en effet important que les immigrés connaissent la langue et l’identité d’un pays. Nous pensons même que les immigrés ne doivent pas avoir seulement une sympathie avec le pays d’accueil, mais doivent être prêts à le défendre. Mais «intégration» ne signifie pas «assimilation», ce qui est plutôt la tendance en France. Il faut trouver un moyen de faire valoir l’identité nationale légitime et de respecter en même temps les différences, elles aussi légitimes.

Q.: Le nouveau chef de l’Etat entend choisir les immigrés en testant leurs aptitudes, mais aussi en favorisant l’immigration professionnelle plutôt que le regroupement familial. Quelle est votre réaction ?

Mgr Marchetto: C’est le point le plus contestable et qui nous crée des difficultés compte tenu de notre conception de la famille et de l’effort qu’il faut faire pour réunir les familles. Il appartient à l’Etat de savoir s’il s’agit réellement de regroupement familial, mais il ne faut pas entraver systématiquement la réunion des véritables familles. Quant à favoriser l’immigration professionnelle et des compétences, cela va contre le simple droit à l’émigration. Cette discrimination pose des problèmes. En choisissant seulement certains candidats, en pratiquant ce type d’exclusion, on ne tient pas compte du bien commun universel. Bien sûr, on doit regarder le bien de la France, mais il faut savoir s’ouvrir à l’universalité des besoins et à la réalité de ceux qui cherchent quelque chose de juste, même s’ils ne sont pas qualifiés. Il reste cependant à savoir ce que font ou non les pays d’origine pour ces candidats à l’émigration. Ces pays doivent s’investir dans leur formation.

Q.: Autre élément du projet de loi, favoriser le co-développement. Cela semble aller dans le bon sens pour l’Eglise.

Mgr Marchetto: Oui, il faut trouver des solutions sur place. Les gens ont le droit de rester chez eux et de trouver leur propre développement dans leur pays sans avoir à émigrer. Pour cela, il faut travailler au niveau mondial sur les questions du commerce international, de la mondialisation, de la dette extérieure et de l’aide aux pays en développement.

Q.: Dans les pays d’émigration, l’Eglise dissuade-t-elle les candidats au départ?

Mgr Marchetto: Nous recommandons aux Eglises locales d’éclairer et de former les candidats à l’émigration, de les informer sur ce qu’ils trouveront s’ils partent, sans créer de mythes ou de rêve d’Eldorado. Par ailleurs, l’Eglise fait énormément pour le développement local.

Q.: Encouragez-vous aussi le développement de structures d’accueil pour les clandestins de retour dans leur pays ?

Mgr Marchetto: Oui, nous soutenons la construction de structures d’accueil et de formation pour les personnes qui reviennent dans leur pays. Et l’Eglise fait beaucoup, actuellement, pour trouver une solution au trafic des êtres humains. En ce qui concerne les prostitués, par exemple, en Italie, plus de 200 religieuses aident les femmes à se libérer de cette situation. Nous les accueillons ici, mais nous cherchons à les faire rentrer de leur plein gré dans leur propre pays, faisant en sorte qu’elles ne retombent pas dans la même situation. (apic/imedia/ami/pr)

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