Russie: Querelle sur l’influence grandissante de l’Eglise orthodoxe dans les rouages de l’Etat
Moscou, 25 septembre 2007 (Apic) Le président russe Vladimir Poutine s’est mêlé à la querelle qui oppose l’Eglise orthodoxe russe à dix des plus éminents académiciens du pays, dont des lauréats du prix Nobel, qui affirment que l’Eglise est aujourd’hui trop présente dans la vie publique, en particulier dans l’éducation.
« La Russie est un pays multiconfessionnel », a déclaré Vladimir Poutine sur le site Internet présidentiel, www.kremlin.ru, le 20 septembre, cité par l’Agence ENI. « Et son bien être – économique et socio-politique – dépend en grande partie de la façon dont nous établissons les relations entre les différentes religions ».
Les propos du président font suite à une lettre qui lui a été adressée fin juillet par dix membres de l’Académie des sciences, qui ont exprimé leur profonde préoccupation concernant les efforts visant à introduire un enseignement orthodoxe obligatoire dans les écoles primaires publiques, ainsi qu’à créer un diplôme universitaire en théologie.
Le 13 septembre, dans un discours prononcé à Belgorod, dans le sud du pays, lors d’une réunion gouvernementale consacrée aux projets nationaux, dont la réforme de l’éducation, le président Poutine a déclaré que toute introduction à grande échelle de l’orthodoxie dans les écoles nécessiterait des modifications constitutionnelles pour lesquelles la Russie n’est pas prête.
« La Constitution stipule que l’Eglise et l’Etat sont séparés », a déclaré le président, selon les agences de presse russes. « Si nous décidons d’agir autrement, nous devons alors changer la Constitution. Je ne suis pas certain que c’est ce que nous devrions faire maintenant ».
Vladimir Poutine, ancien lieutenant-colonel du service de renseignement de l’époque soviétique, le KGB, est un fidèle de l’Eglise orthodoxe. Il a joué un rôle clé dans la réunion, en mai, de l’Eglise orthodoxe russe et d’une Eglise émigrée qui avait fait sécession à la suite de la révolution bolchevik.
Violation de la Constitution?
Dans leur appel, les académiciens russes, dont Jores Alfyorov et Vitaly Ginzburg, tous deux lauréats du prix Nobel de physique, ont fait part de leur inquiétude vis-à-vis de l’influence grandissante de l’Eglise orthodoxe russe.
« La pénétration de l’Eglise – réd orthodoxe – dans les organes de l’Etat est une violation manifeste de la Constitution du pays », peut-on lire dans la lettre. « L’Eglise s’est déjà introduite dans l’armée et les mass-médias se font l’écho des cérémonies religieuses organisées pour bénir le nouveau matériel militaire. Il est désormais obligatoire de bénir les nouveaux navires et sous-marins, mais hélas, cela n’est pas toujours d’une grande aide ».
La lettre ajoute : « Les cérémonies religieuses auxquelles participent de hauts représentants de l’autorité sont largement couvertes par les médias, et ainsi de suite. Tous ces faits sont des exemples de la ’cléricalisation’ du pays. »
La lettre critique également les efforts visant à exclure la théorie de l’évolution de l’enseignement dans les écoles Russes.
Le patriarche Alexis II de l’Eglise orthodoxe russe a qualifié la lettre d’ »écho de la propagande athée du passé ». D’autres scientifiques ont pris la défense de l’Eglise. Vitaly Ginzburg affirme être athée, mais il déplore les destructions d’églises de l’époque soviétique.
Jores Alfyorov est membre du Parti communiste de la Fédération de Russie. Lors du congrès du parti, tenu le 22 septembre, il fut désigné pour figurer en bonne position sur la liste que présente le Parti communiste aux élections législatives de décembre. (apic/eni/pr)
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