Fribourg: Altermondialisme en marche

Apic Interview

Chico Whitaker, l’un des co-fondateurs du Forum social mondial

Propos recueillis par Sergio Ferrari -Traduction H.P. Renk

Fribourg, 1er octobre 2007 (Apic) Titulaire du prix Nobel alternatif 2006, Chico Whitaker sera en Europe durant le mois d’octobre. Il est l’un des co-fondateurs du Forum social mondial (FSM) de Porto Alegre, en 2001. Ce militant de gauche « reconverti » dans le mouvement social défend le FSM comme un « espace ouvert », alimentant par sa réflexion le débat sur les défis de l’altermondialisme.

Apic: Un nouveau FSM centralisé aura-t-il lieu en 2009 ?

Chico Whitaker: Oui. La session 2009 se tiendra à Belem do Para, dans l’Amazonie brésilienne. Et le FSM a déjà commencé le travail d’organisation. Le Conseil international – principale instance du Forum – l’a décidé, lors de sa séance de fin mai à Berlin.

Apic: Y avait-il eu d’autres candidatures ? Pourquoi de nouveau le Brésil ?

Chico Whitaker: Il avait aussi été proposé de tenir la session 2009 du FSM en Afrique. Le choix final est tombé sur Belem do Para. Pas tellement à cause de sa localisation au Brésil, mais surtout parce que c’est un lieu très significatif de cette grande région amazonienne, qui s’étale sur plusieurs pays de la région. Donc porteuse d’une valeur symbolique particulière par rapport au thème du climat. Cela ne signifie pas que le Forum sera consacré seulement à l’environnement. Mais la réalité écologique de la planète est si angoissante qu’elle mérite un traitement particulier. L’idée est de revenir en 2010 ou en 2011 en Afrique et ensuite de penser sérieusement à l’Asie comme continent organisateur.

Apic: L’Amazonie aura-t-elle la force de tenir une rencontre mondiale ?

Chico Whitaker: Sans aucun doute. De nombreuses organisations et mouvements ont commencé à se réunir pour faire avancer les préparatifs. D’autre part, les organisations de cette région ont déjà une riche expérience avec l’organisation des forums panamazoniens. Et pour renforcer la préparation, le Conseil international du FSM tiendra sa prochaine réunion, fin octobre, à Belem.

Apic: Que se passera-t-il lors du FSM 2008?

Chico Whitaker: Ce forum aura une forme très distincte. Une série d’activités est prévue dans le monde entier. L’idée, c’est de convoquer pour le 26 janvier une journée d’action globale pour que toutes ces initiatives puissent être plus visibles. Par exemple, à Sao Paolo (Brésil), une grande foire aux « actions pour changer le monde » est en cours de préparation; à Rio de Janeiro, il y aura un grand festival sur la plage; la Catalogne et le Mahgreb tiendront chacun un forum social; en France, il y aura de nombreux forums locaux. A chacun selon son initiative, sa créativité et ses possibilités.

Apic: Quels sont les thèmes de fond dont débattent les acteurs du FSM, 6 mois après la fin de la dernière édition de Nairobi (Kenya) ?

Chico Whitaker: Le thème de la nature du FSM comme espace ouvert – thèse que je défends avec conviction – ou comme mouvement international. Il ne manque pas de voix au sein même du Forum pour proposer « de lever le camp et de laisser place à des nouveaux modes d’organisation globale de résistance et de transformation », comme l’a suggéré Walden Bello dans un article publié après la session de Nairobi. Avec une seule limite: que personne ne prétende imposer sa propre vision ou conception à tous les autres acteurs, ni parler au nom de tous les autres participants, ni exiger que le FSM assume comme telles les positions d’une partie de ses composantes.

Apic: Au-delà de ce thème essentiel, où se trouve, à votre avis, le « grand » défi actuel du FSM ?

Chico Whitaker: Obtenir que la grande majorité de la population mondiale s’identifie au message que les organisateurs et les participants du FSM répètent depuis 2001, à savoir qu’un autre monde est possible. Il est évident que les minorités au pouvoir ne veulent pas que le monde change. Et il est aussi clair que la majorité voudrait un changement, mais n’est pas toujours persuadée que ce changement soit possible. En ce sens, il y a deux défis fondamentaux: d’une part, améliorer la communication du FSM vers l’extérieur, quant à la nécessité du changement ; d’autre part, nous devons activer l’espérance: renforcer cette conviction pour que d’autres y croient aussi.

Apic: Continuez-vous d’être optimiste, sur le futur de ce processus ?

Chico Whitaker: Sans doute, le processus en marche « colle » bien. Il se multiplie en forums nationaux, régionaux, locaux, thématiques. A Nairobi, en Afrique, en janvier passé, le FSM a permis aux organisations de la société civile, dans tous les pays de ce continent, de se réunir pour la première fois dans l’histoire, pour mieux se connaître, échanger des expériences, découvrir des convergences. En juin, s’est tenu le premier Forum social nord-américain; fin août un autre forum s’est tenu au Québec, et ainsi de suite. Des initiatives similaires existent dans de nombreux pays, régions et continents. Il s’agit de pouvoir s’organiser effectivement comme espaces ouverts, incubateurs de nouvelles actions et de campagnes articulées à l’échelle mondiale, pour dépasser la logique hégémonique mondiale qui postule l’empire de l’argent. (apic/sf/e-changer/pagesdegauche/vb)

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