Apic Reportage
Jappements et bonne humeur pour ces « êtres de la Création »
Par Valérie Bory
Lausanne, 8 octobre 2007 (Apic) Pour la 4e année, la paroisse Saint-Nicolas de Flüe dans le quartier de Chailly à Lausanne, bénit les animaux qui se présentent avec leurs maîtres, sur les traces de saint François d’Assise. « Une nouveauté pour le canton de Vaud », admet le curé Hervé Mas, mais une pratique courante en Italie.
Un jeune capucin originaire de Sardaigne, Don Fabrizio, a donné l’homélie dimanche 7 octobre et béni les animaux dans la belle église contemporaine saint-Nicolas de Flüe, où ces « paroissiens » à 4 pattes étaient tout vibrants d’attention. Le curé de la paroisse Saint-Nicolas de Flüe à Lausanne, Hervé Mas et Don Fabrizio, qui tenait le goupillon, avaient tout prévu pour accueillir les animaux domestiques en ce dimanche de bénédiction des animaux, même les gamelles d’eau en cas de grosse soif.
A l’origine de cette initiative peu courante, le curé Mas a suivi la proposition d’un confrère prêtre, particulièrement intéressé par la place théologique de l’animal dans la vie de l’Eglise. « C’était il y a 4 ans. Je ne savais pas du tout dans quelle direction on allait, mais j ai accepté ».
Devant le succès de la démarche, la tradition s’est instaurée dans la paroisse. La fête de saint François d’Assise, patron des animaux, a lieu le 4 octobre et le dimanche qui suit cette date est consacré à la bénédiction des animaux. « En disant bien que cette bénédiction n’est pas un geste magique, et que l’on donne sa place propre à l’animal, dans la Création ». Le curé Mas ajoute que « certains paroissiens sont un peu gênés par ce genre de choses; c’est une question de sensibilité. Je leur dis souvent, la bénédiction des animaux, ça se faisait déjà au Moyen Age. Sans parler de la bénédiction des alpages en Valais, à Fribourg. En Italie, c’est un geste courant. Il ne faut pas y voir une nouveauté. Tout au plus pour le canton de Vaud! ». Il fait remarquer que les prêtres catholiques bénissent également des objets, que ce soit des motos ou des bannières de fanfare.
L’initiative du curé de la paroisse de Saint-Nicolas se déroule en collaboration avec la Société protectrice des animaux (SPA) qui a mis à disposition des brochures pour bien traiter son animal domestique.
L’homme qui parlait aux oiseaux, saint François d’Assise
« Les capucins accordent une place importante à St François d’Assise, très sensible à la place de l’animal aux côtés de l’homme », rappelle le curé Mas, qui se réjouit: « Nous avons une majorité de gens qui ne viennent pas habituellement dans cette église, et qui sont là pour cette bénédiction. Deo Gratias, je trouve ça très bien! ».
« Il n y a rien de changé à la messe, on la fait comme d’habitude, pas trop longue, c’est vrai (une petite quarantaine de minutes) et durant la messe, on laisse la possibilité aux animaux d’être là. Vous avez remarqué, pendant le sermon, il n’y a pas eu un seul aboiement. Ils sentent que quelque chose se passe. Même pendant la consécration c’était calme. Et à la fin, avec la grande bénédiction, il y a un sourire sur les lèvres des gens, une gentillesse ».
Alors que résonne l’Ave Maria de Schubert, interprété par un organiste, les chiens et les quelques chats présents, plus d’une vingtaine d’animaux domestiques, se tiennent coi. L’eucharistie célébrée, quelques aboiements insolites dans un tel lieu, ne troublent pas un recueillement amusé pendant le Notre Père, murmuré par l’assistance. Notre voisine de banc chuchote fermement un « arrête Princesse » à sa chienne, tandis que des jappements discrets accompagnent le Kyrié. Don Fabrizio, en français, rappelle que saint François, un homme à l’idéal chevaleresque qui s’opposait à un système social injuste, aurait voulu voir sur sa chair ce qu’avait vécu Jésus Christ, « ce signe d’amour le plus grand ». Le prêtre capucin qui a procédé à la bénédiction des animaux, portés par leurs maîtres ou menés au bout de leur laisse, vient de Cagliari et étudie à Rome. Il a tout juste une année de sacerdoce.
C’est presque la fin de la messe, la communion est donnée, puis le curé annonce la bénédiction des animaux, en rappelant que bénir signifie dire du bien de tous et de la création, et qu’à la suite de l’homme est l’animal. « A l’exemple de Saint François et du Seigneur qui nous invitent à accueillir la création comme un don ».
Luna, cocker espagnol, est blotti dans les bras de sa maîtresse, « catholique, pratiquante à ma manière ». « Du moment qu’elle partage ma vie, je trouve juste de l’emmener dans la maison du Seigneur pour une bénédiction ». Elle ajoute « Les animaux ont un coeur, des sentiments, aucun animal n’est nuisible. L’animal ne connaît pas la cruauté. Lorsqu’il chasse c’est pour se nourrir ».
Le gros labrador crème couché au premier rang n’a pratiquement pas bougé durant la célébration. Sa maîtresse, Joëlle, de Savigny, dans le Jorat, « agnostique », était venue il y a 2 ans par curiosité. Elle apprécie ce « signe d’ouverture de l’Eglise ». Elle a même apporté cette fois la photo de son chat pour la bénédiction. « Même aux animaux, cela leur amène un peu de paix ».
Jean-Louis, thérapeute, la cinquantaine, « catholique pas très pratiquant », trouve que l’Eglise « ouvre là une dimension extraordinaire ». « Elle nous dit que la création ne touche pas que l’homme et qu’elle est universelle. Les catholiques parlent de la communion des saints, je pense que cela en fait partie ». Pourquoi? « Parce que la communion des saints, c’est la force de la prière universelle. Tout ceux qui prient vont aider ceux qui en ont besoin. Cela touche toutes les communautés religieuses. La force de la prière en direction du Bien ».
A mesurer l’intérêt de ce genre de service religieux, à la fois chaleureux et familier, on se demande si les animaux domestiques ne finiront pas par ramener les brebis égarées à l’autel. (apic/vb)
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