Quinze années de conflits ont coûté 300 milliards de dollars

Afrique: Rapport de trois ONG sur le coût de la guerre

Dakar, 12 octobre 2007 (Apic) Selon trois ONG internationales, l’Afrique a perdu 300 milliards de dollars (354,8 milliards de Frs) au cours des années 1990-2005 à cause des conflits dans 23 pays. Oxfam international, le Réseau d’action international sur les armes légères (RAIAL) et Saferworld, ont publié jeudi 11 octobre à Dakar un rapport sur cette question.

Intitulé «Les milliards manquant de l’Afrique», il analyste pour la première fois l’impact global des conflits sur le PIB (Produit intérieur brut) à travers le continent. Il décrit aussi «certains des impacts économiques dévastateurs du commerce international des armes et le niveau choquant de souffrance humaine que cela cause». «Cette somme de 300 milliards de dollars représente l’équivalent du montant total de l’argent reçu dans le cadre de l’aide internationale sur la même période», souligne le document, publié à l’occasion d’une conférence internationale à l’ONU sur un Traité sur le commerce des armes.

«En moyenne, un conflit armé, une guerre civile ou une rébellion entraîne une chute de 15% de l’activité économique», déplore le rapport, ajoutant que l’Afrique perd «une moyenne de 18 milliards de dollars (21,2 milliards de Frs) par année» en raison des guerres.

L’enquête des trois ONG ne tient pas compte des conséquences économiques des conflits sur les pays voisins, qui peuvent souffrir de l’insécurité politique ou d’un afflux de réfugiés. Par ailleurs, elle ne couvre que les périodes de guerre. Mais certains effets, comme la hausse des dépenses militaires et le recul de l’économie, se développent bien après la fin des combats. «Dans les pays affectés par la guerre, les coûts directs de la violence -comme les dépenses militaires ou la destruction des infrastructures- font pâle figure comparés aux coûts indirects et aux opportunités perdues», ajoute le rapport. Il précise que ces coûts indirects comprennent l’inflation, la dette et un fort taux de chômage.

Des conséquences encore plus dévastatrices

En outre, les revenus provenant des ressources naturelles profitent «à des individus» au lieu d’être investis au bénéfice de la nation. Il s’y ajoute que «plus de personnes, des femmes et des enfants en particulier, meurent du fait des conséquences du conflit plutôt que des combats en eux-mêmes».

Les armes les plus utilisées dans les conflits africains sont les fusils d’assaut Kalachnikov dont une grande majorité provient de l’extérieur de l’Afrique, fait remarquer l’étude, tout en se félicitant de la prise de conscience des gouvernements africains face à cette situation. D’ailleurs, ils sont convaincus de la nécessité de contrôler les flux d’armes et ont déjà pris des initiatives «encourageantes» au niveau régional, souligne le texte qui considère ces initiatives comme «des pas importants», même s’il reconnaît que les états africains «ne peuvent résoudre à eux seuls le problème» du commerce des armes de guerre qui est une «industrie globale ayant besoin d’un traité global et juridiquement contraignant».

Oxfam, le RAIAL et d’autres ONG mènent une campagne pour un Traité sur les armes qui interdirait le transfert des armes dans les cas où elles pourraient être utilisées pour commettre de sérieuses violations du droit humanitaire ou des droits humains ou mettre en péril le développement durable. Ce traité n’interdirait cependant pas le transfert des armes dans le cadre des opérations de défense, de police ou de maintien de la paix.

Des coûts choquants

Pour Irungu Houghton, conseiller en politique africaine d’Oxfam, la violence armée est «l’une des plus grandes menaces» pour le développement de l’Afrique. «Les coûts sont choquants. Nos chiffres sont sûrement en deçà de la réalité, mais ils montrent que les conflits armés coûtent en moyenne 18 milliards de dollars à l’Afrique chaque année», fait-il remarquer. Cet argent perdu lors des conflits aurait dû permettre à résoudre la crise du sida, prévenir la tuberculose et le paludisme ou faire face aux besoins en matière d’eau potable, d’hygiène et d’éducation dans le continent.

«En tant qu’Africain, j’implore tous les gouvernements africains et ceux des pays producteurs d’armes de soutenir un Traité sur les armes solide et efficace», a déclaré pour sa part, l’un des auteurs du rapport, Joseph Dube, coordonnateur Afrique du RAIAL. A son avis, l’état dont les usines produisent les fusils est «autant responsable que celui qui permet à ses bateaux de les transporter». De la même manière, «les Etats qui chargent les cargos doivent assurer le suivi pour voir entre quelles mains les armes vont tomber. Sans cette réglementation, le coût de la souffrance endurée par les africains va continuer d’être énorme». (apic/ibc/bb)

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